
En mettant les bouchées doubles, les autorités veulent avant tout rassurer et, partant, convaincre les électeurs de se déplacer en masse dans les bureaux de vote, le 4 mai prochain.La peur de l'abstention fait bouger pas mal de monde.Conscient que la tâche liée à la mobilisation des électeurs dans la perspective des élections législatives du 4 mai prochain s'annonce de prime abord complexe au vu de la situation socioéconomique difficile que traverse le pays, le gouvernement n'hésite pas à s'investir dans la campagne électorale pour tenter de prêter main-forte à la classe politique qui ne cache plus sa hantise de l'abstention à l'occasion de ce scrutin. Et ce n'est, visiblement, pas la forte participation des formations politiques et des listes indépendantes à ce rendez-vous électoral qui contribuerait à atténuer cette peur bleue qu'ont les candidats et les autorités d'un probable faible afflux des citoyens dans les bureaux de vote. L'Exécutif tente donc de faire feu de tout bois et de se mobiliser pour la bonne cause en multipliant les sorties sur le terrain, les inaugurations, les promesses d'octroi d'enveloppes budgétaires et de prise en charge des préoccupations des citoyens. On aura presque oublié que nous sommes entrés de plain-pied dans la sphère de l'austérité à la faveur de l'effondrement des recettes pétrolières du pays qui assuraient jusque-là l'essentiel des revenus en devises étrangères. Et c'est le Premier ministre Abdelmalek Sellal qui donne, ainsi, le ton en reprenant son bâton de pèlerin qu'il avait, un moment, lâché. En l'espace de dix jours seulement, il a effectué, flanqué d'une armada de ministres, deux visites "de travail" où le programme se résume en des inspections de sites ou des inaugurations de simples entités économiques locales qui, souvent, ont déjà été mises en marche. Mais l'essentiel est ailleurs. L'un dans l'autre, ces déplacements et ces inaugurations peuvent, en effet, donner l'illusion que tout va pour le mieux et tromper, un tant soit peu, cette lourde atmosphère qui emmitoufle le pays sous le poids d'une crise économique qui n'a pas encore montré toutes ses griffes. En mettant les bouchées doubles, les autorités veulent avant tout rassurer et, partant, convaincre les électeurs de se déplacer en masse dans les bureaux de vote, le 4 mai prochain. Comme ce fut le cas lors de la visite qu'il a effectuée le 1er avril dernier à El-Oued et de tous ses déplacements à l'intérieur du pays, le Premier ministre avait clos son programme par la traditionnelle rencontre avec "la société civile". À l'aune du scrutin législatif qui se profile, une telle cérémonie ne vaut, pour l'Exécutif, que par le message qu'il voudrait passer quant à la nécessité de mobiliser massivement les citoyens pour participer au rendez-vous du 4 mai. Autant dire qu'avec la visite qu'il a effectuée hier dans la wilaya de Djelfa, le discours est déjà rodé pour la circonstance. Et si le Premier ministre a montré la voie, les ministres ne sont pas censés y dévier et, d'ailleurs, ils le font de manière quasi machinale, au vu de leurs dernières sorties sur le terrain. Chacun y met du sien et selon leurs secteurs respectifs. Les opérations de distribution de logements ont toujours constitué un bon argument à faire valoir pour persuader les bénéficiaires d'aller voter. Et comme pour ne pas déroger à la règle, le ministère de l'Habitat a procédé ces dernières semaines à des milliers d'attribution de logements, notamment dans la capitale, une wilaya connue pour être un foyer traditionnel où le taux d'abstention a toujours été élevé. Après l'achèvement de la distribution d'un quota de 3 000 logements AADL, le ministre de l'Habitat, Abdelmadjid Tebboune, a tout de suite renchéri pour affirmer qu'un total de 40 000 nouvelles unités au titre du programme "AADL 2001-2002" seront attribuées à leurs bénéficiaires sur plusieurs étapes d'ici à juin prochain, à Alger. Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, a, visiblement, lui aussi, bien reçu le message des autorités puisqu'à l'issue de sa visite en février dernier à Tizi Ouzou, il vient d'octroyer à la wilaya une enveloppe financière de l'ordre de 130 milliards de centimes, destinée à la prise en charge des opérations d'entretien et de réhabilitation de chemins communaux de plusieurs communes. Simple coïncidence ou décision bien calculée, l'enveloppe a été réceptionnée par la wilaya en question au lendemain du début de la campagne électorale. Le ministre de la Jeunesse et des Sports, El-Hadi Ould Ali, n'a pas été en reste dans cette opération de séduction des électeurs. Il a, en effet, réussi à débloquer récemment un fonds d'aide de pas moins de 195 milliards de centimes au profit de près de 2 020 clubs de football amateurs et des ligues. Cette subvention, décidée pourtant par le gouvernement en 2010, n'a donc été concrétisée que 7 ans plus tard et, comme par enchantement, à la veille des élections législatives. Le gouvernement s'est donc impliqué de manière franche et intensive dans la mobilisation des citoyens et a offert, ainsi, un appui de taille à la classe politique participant aux législatives qui peine, pour le moment, à donner une véritable impulsion à la campagne électorale.Cette générosité du gouvernement, à un moment où les autorités ne cessent de mettre en avant la nécessité pour le pays de se serrer la ceinture et de se remettre au travail, cache mal, à l'évidence, les véritables intentions de l'Exécutif. On saura le 5 mai prochain, au lendemain du scrutin, avec l'annonce des résultats, si cette offensive de charme a réellement pesé sur les événements.Hamid Saïdani
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hamid Saidani
Source : www.liberte-algerie.com