
Dans cette salle Atlas qu'il affectionne tant, Lounis Aït Menguellet est revenu pour deux soirées bonheur avec un public qui n'a jamais été pris en défaut. Le dos dans le ressac et la tête flirtant avec les étoiles, c'est dans ce ventre chaud et palpitant d'Alger que Lounis et les siens avaient, il y a plus de 20 ans, bravé la menace inquisitrice. Ce jour-là, le chant avait vaincu et hier comme avant-hier, il y avait certainement dans la masse de ceux qui sont venus au concert, des femmes et des hommes fidèles pour s'en souvenir. Ils sont encore là et Lounis aussi. Parce que Lounis n'est pas revenu, pour l'évidente raison qu'il n'est jamais parti.Et pour ceux qui nourrissaient quelque appréhension en raison d'une récente épreuve, il a suffi qu'il foule la scène pour qu'ils soient rassurés : Lounis était flamboyant et le rouge écarlate de sa chemise n'y était pour rien. Il était heureux sur les planches et l'onde de choc a été relayée avec un rare enthousiasme, dans une salle ivre de bonheur. Comme toujours, peut-être un peu plus qu'avant. Parce que dans ce nouveau rendez-vous de Bab El Oued, on a poussé la communion avec l'artiste jusque dans ses derniers retranchements.Sensible aux élans du coeur, Lounis a aussi répondu avec générosité aux élans des corps, même si personne ne lui fera l'affront de penser un seul instant que c'est sa marque de fabrique. Heureux hasard ou choix du coeur, Lounis a entamé son concert par cette supplique du soleil qui a été sa préférée à un moment de son parcours d'artiste et de sa vie d'homme.Et il a brillé, le soleil, jusque dans les yeux de Lounis, humides de lucidité, esquissant déjà d'autres horizons sur la trajectoire d'une longue et exaltante chevauchée. Le poème aux cimes, la voix émouvante de sobriété et la mélodie chevillée au corps, Lounis a été encore une fois au bout de son bonheur d'être là. Pour chanter et quelque part pour un peu plus que ça.Un peu plus que chanter comme dans ce sublime hymne à la femme qui a ému et charmé, éveillé et ravi. Des femmes, il y en avait dans la salle. Différentes dans leurs âges et leurs tenues, elles avaient en partage le verbe, la reconnaissance et parfois quelques mouvement naturel du corps libéré. Le poète leur en a fait l'offrande et elles lui ont bien rendu ça. Heureux et reconnaissant, le public a applaudi à tout rompre, accompagné à gorges déployées et écouté dans des silences à couper le souffle de grandiloquence.Si sa sélection pouvait naturellement engendrer quelques frustrations en raison de l'immensité de son répertoire et des préférences de chacun, personne ne s'en est plaint pour autant. Le bonheur, dans la salle comme sur scène était trop intense pour être perturbé. Lounis et ceux qui l'aiment l'avaient spontanément compris et on a laissé faire l'artiste.Alors Lounis a chanté. «Itij» pour conjurer le sort, «arrac neldzaïr» pour rappeler quelques turpitudes à la peau dure, «uritsadja» pour narguer la séparation, «emliyi» pour revisiter un amour perdu, «etas etas» pour secouer le cocotier et puis d'autres titres encore. D'autres rimes et d'autres mélodies, une voix qui n'a pas pris une seule éraflure et un au revoir tout en promesses. Lounis reviendra à l'Atlas comme ailleurs, même s'il n'est pas parti. Pour notre bonheur, pour son bonheur et pour le bonheur tout court.Slimane Laouari
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com