Ces jours-ci, on assiste à une importante chute des prix de la pomme de terre, non seulement en gros, entre 15 et 20 DA, mais aussi, comme répercussion, entre 25 et 45 DA le kg au détail, pour le plus grand bonheur du consommateur. Mais pas du producteur qui ne sait plus quoi en faire, et à qui, et où écouler sa production.Selon la DSA (Direction des services agricoles), l'arrachage a été entamé à la mi-novembre pour la culture d'arrière-saison et à ce jour, sur les
6 000 ha cultivés, la récolte n'a été effectuée que sur une superficie de
1 500 ha et il est prévu , à la fin de la saison, une production de quelque
20 000 tonnes. Par ailleurs, il faut mentionner que la culture de ce tubercule , aliment de large consommation en Algérie, ne se cultive plus depuis quelques années uniquement dans la wilaya de Aïn Defla ,même si celle-ci reste largement en tête des quantités produites, des rendements et des superficies cultivées, et ce, grâce aux conditions favorables dont la région dispose, à savoir de bonnes terres en plaine (haut, moyen et bas Cheliff), de l'eau d'irrigation que fournissent cinq grands barrages et une dizaine de retenues collinaires, en plus d'un savoir-faire que les agriculteurs ont acquis au fil des décennies. Cependant, et alors que la wilaya de Aïn Defla écoulait une partie de sa production vers d'autres contrées, d'autres wilayas du pays se sont mises à produire de la pomme de terre, des wilayas comme Bouira,
El Oued, Tiaret, Mostaganem pour ne citer que ces quelques exemples. A tel point que maintenant, sur les marchés locaux, la pomme de terre des sols sablonneux cultivée dans la wilaya
d'El Oued qui a fait son apparition il y a à peine quelques années, est en train de se faire une place de plus en plus importante. Elle est plus chère, certes, mais relativement appréciée des cuisiniers et des consommateurs pour sa propreté et même sa texture.
Face à cette mévente, les producteurs affirment : «nous ne pouvons plus couvrir les frais engagés.» D'autres producteurs nous ont confié à ce sujet : «il y a des frais que nous ne pouvons pas déclarer, comme la location de plus en plus onéreuse des parcelles, le prix du kg de semence qui passe souvent de 80 à 200 DA, les engrais, lorsqu'ils ne sont pas disponibles, nous les achetons au marché parallèle de 7 000 (prix officiel) à
10 000 DA, une main-d'?uvre payée plus cher, les frais de stockage, le transport, de manutention...»
Selon des spécialistes versés dans l'agriculture, on a beaucoup fait et on a beaucoup investi dans le domaine de la production agricole dans le but de réaliser l'autosuffisance alimentaire, notamment dans ce produit de large consommation. «Cependant, très peu a été fait pour pallier ce genre de situation d'importantes productions sans se soucier de l'écoulement, de la transformation, de la mécanisation et de la conservation», nous dit-on.
D'autres interlocuteurs ajoutent que «dans le domaine de la conservation sous froid, les capacités de stockage accusent un important déficit estimé à plus de 300 000 m3. D'ailleurs, il en est de même pour ce qui est de la collecte des céréales. On moissonne, on récolte, on collecte et on ne sait pas où stocker». D'autres interlocuteurs encore diront : «Dans le domaine de la transformation de la pomme de terre, les investissements privés sont quasiment nuls et les investissements du secteur public encore moins.» La mévente du tubercule s'est traduite par une forte chute des prix enregistrée et a généré une crise qu'on tente de juguler.
Pour ce faire, une réunion a été tenue jeudi dernier au niveau de la Chambre de l'agriculture et a regroupé différents intervenants pour en débattre.et trouver des solutions. Aussi décision a été prise de réactiver le Syrpalac (Système de régulation des produits agricoles à large consommation), un système qui consiste en l'achat des productions par des organismes semi-étatiques tels que Frigo Méditet, et privés à un prix négocié, organismes qui se chargeront ensuite du stockage et du déstockage pour permettre au produit d'être disponible sur le marché et assurer une offre qui assurerait un prix au détail abordable pour le consommateur, pendant la période transitoire. Cependant, font remarquer certains : «La grande majorité des chambres froides réalisées par des privés ont été soutenues dans une importante proportion par le FNRDA et le FNDA. Or, ces chambres ont surtout servi à des moyens de spéculation effrénée au détriment de la régulation des prix». Aussi, affirme-t-on, l'Etat en tant que pourvoyeur des fonds publics de soutien, se doit d'assainir les différents circuits de productions, de soutien, de commercialisation sans toutefois verser dans l'économie dirigée, car seul doit compter le développement de l'agriculture au profit de tous.
Une autre remarque soulevée est que le circuit d'exportation demeure très timide, voire même insignifiant, eu égard aux potentialités d'une part, et comparativement aux dividendes que se permettent de réaliser nos pays voisins qui sont arrivés à se faire une place honorable sur les marchés internationaux.
Karim O.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim O
Source : www.lesoirdalgerie.com