El-Oued - A la une

La nature a bon dos!



La nature a bon dos!
Nous évoquions dans notre précédent texte (L'Expression du 27 août) le déficit de confiance dans les relations entre l'administration et les citoyens, d'une part, entre les démembrements de cette dernière, d'autre part. Ce qui induit la désaffection à l'égard des autorités. Ces dernières ne croient pas en leur implication intrinsèque dans la conduite des affaires de la commune, de la région, voire de l'Etat. C'est dû à l'absence de confiance dans la prise de décision. Or, la confiance est la clé du comportement individuel et collectif des citoyens et des dirigeants. Si, marginalisés, ingénieurs, médecins, informaticiens peuvent prendre le premier avion pour ailleurs, qu'en est-il des responsables locaux tenus d'exécuter leurs obligations' C'est là que le bât blesse: à la tête des mairies algériennes se trouvent des fonctionnaires dont le seul devoir est de faire le travail pour lequel ils ont été désignés, sans se permettre de prendre des décisions inopinées sans consulter la hiérarchie. Aussi, ceux qui peuvent faire le plus, font le moins. Au niveau de la commune, ces fonctionnaires (donc les maires, qu'ils soient désignés ou «élus») se trouvent entre le marteau et l'enclume: déconnectés de leurs administrés et tenus de respecter le «cahier des charges» qui leur est imposé. Ainsi, la marge de manoeuvre du maire [le secrétaire général de l'APC a plus de pouvoir que l'«élu» communal] est strictement contrôlée. Cela induit un manque total de confiance en soi de la part des responsables communaux, des entreprises publiques, ou hiérarchies nommées. Ces restrictions ne touchent pas uniquement les maires, mais également tous les secteurs économiques. Cela se traduit par un détachement vis-à-vis du travail ou mission à accomplir. Ainsi, l'économie est quasi en panne, l'agriculture en peine et le sociétal en stand-by. Quant aux services, c'est la calamité. Cette confiance qui fait défaut aux édiles locaux, leur fait [pratiquement] «expédier» les affaires courantes, annihile toute prise de décision pouvant aller à l'encontre de ce que l'on attend d'eux ou qui puisse être interprétée comme une entrave aux instructions. Quand partout ailleurs, les gens s'adressent au maire pour résoudre les problèmes de la commune, en Algérie, les citoyens écrivent au chef de l'Etat. On ne peut comprendre ce décalage dans la prise de décisions si l'on ne restitue pas la gouvernance communale en Algérie dans le contexte qui lui est propre. Dans les démocraties libérales et socialistes, les maires sont des hommes politiques qui assument les jugements qu'ils prennent pour le bien-être de la commune qu'ils gèrent et de sa population. En Algérie, le maire - même élu - est un fonctionnaire qui ne peut prendre des arrêts à caractère politique, social ou économique si ceux-ci ne sont pas programmés. On dit que l'édile est le mieux placé pour connaître les problèmes de sa commune et leur trouver des solutions. Cela ne se voit guère dans notre pays. Et la pluie a, encore une fois, mis à nu l'incompétence de ceux qui gèrent nos villes et villages. On avait espéré que Bab el Oued «emportée» par les eaux ne se reproduirait plus. C'était un voeu bien pieux. Constantine a montré [après une forte averse d'été] que les leçons n'ont pas été retenues, que le rafistolage reste maître des lieux. Ali-Mendjeli et El Khroub, dimanche dernier, c'est Bab el Oued un matin de novembre 2001. Les deux villes présentaient une vision sortie tout droit de l'enfer: eaux en furie, glissements de terrain, arbres déracinés! Encore une fois, la nature aura bon dos! La réalité, est que les responsables n'étaient pas prêts, ils n'ont jamais été prêts à prendre les décisions appropriées, car ils n'ont jamais été mis en situation d'en prendre. C'est triste à relever, mais c'est celle-là la réalité d'un centralisme excessif qui annihile toute initiative, même pour le bien-être collectif. Par leur incurie et leur incompétence - c'est sous toute réserve que nous l'écrivons, car ces gens n'ont pas été préparés aux missions et services à offrir à la commune et aux citoyens - des édiles sont devenus au fil des années, une calamité pour les communes qu ?ils administrent. Si carence il y a, c ?est parce que les maires de nos villes n'ont pas su être à la hauteur de leurs missions, n'ont pas singulièrement le sens politique de gestion d'une ville. Le président de l'APC, n'a pas la dimension politique inhérente à la mission dont il est investi. Cette exclusion du politique de la gouvernance est un fait établi, même le ministre est un technocrate et n'émane pas d'un parti politique qui défend un projet politique. Est-il curieux que la capitale de l'Algérie n'ait pas de maire à l'instar des grandes villes du monde' Il est vrai qu'ailleurs, le maire est un leader politique, un ministrable - voire un présidentiable - en puissance. Toute la différence est là. Cessons donc d'incriminer le mauvais temps et regardons en face nos propres impérities.


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