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La Fraude



La Fraude
Les Algériens aboient les fraudeurs passent !Frauder, frauder, frauder il en résultera toujours quelque chose. Se frauder soi-même, frauder le voisin, frauder l'Etat, frauder Dieu ; Mentir, dissiper, subtiliser, manipuler. Un sport National au sommet de l'Etat, maladie endémique ailleurs. Mode de vie consensuel, ombrageuse cohabitation dans laquelle chacun puise les ingrédients d'une existence de défiance et de suspicion. Chacun y trouve son compte, ses comptes. Nul espace n'échappe à la ruse, la tricherie, la tromperie. Nul lieu dans lequel évoluer sereinement sans exercer une surveillance de tout instant sur ses accotements. Existe ­­­-t-il un sentier balisé de quiétude et de bonne foi, dans lequel cheminer sans la crainte du traquenard, qu'il est immédiatement obstrué. Un sentier digne pour le citoyen digne, en quête d'une vie honnête dans le labeur, dans le respect de la loi et la confiance dans l'altérité ' C'est du domaine du rêve. Rêve que quelques « marginaux » s'évertuent vainement à découvrir mais se rendent vite compte que nulle carte d'état-major n'en donne la trace. Tous les chemins mènent pour l'essentiel à l'arnaque, la duperie, la violence. Tortueux ils donnent de l'Algérie de la rente une triste mosaïque, foire de cueillette, par la fraude, du fruit défendu dont la consommation jouissive et jubilatoire dissuade tout un chacun de se comporter autrement qu'en fraudeur, en prédateur. Macabre scène de félins agglutinés sur la proie ; toutes griffes dehors, chacun y plante ses crocs, le rictus dissuasif et l''il rivé sur le congénère.Quel que soit sa place dans la société, quel que soit sa profession, l'Algérien côtoie la fraude au quotidien. Auteur ou victime il en est confronté au point qu'elle s'impose comme partie intégrante et fatale de son paysage. Employé, il verra sa fiche de paie réduite d'une partie de son salaire, celle que son patron refusera de déclarer pour payer moins de charges. Lui-même s'arrangera chaque fois que c'est possible d'arrondir ses fins de mois par des rentrées occultes. Employeur il dissimulera une partie de son chiffre d'affaire et de ses revenus. Commerçant il exercera dans la clandestinité ou trichera avec le fisc. Fonctionnaire il monnayera son pouvoir. Etudiant il trichera aux examens. Enseignant il distribuera au rabais notes et diplômes. En religion il trichera avec Dieu et ses semblables en essayant, par l'accoutrement et autres signes extérieurs de dévotion, de se faire passer pour plus fidèle qu'il l'est. Mais c'est surtout dans l'exercice de ses relations avec l'Autorité qu'il trouve le terrain d'expression le plus prolifique à son talent de dissimulateur. Il faut reconnaitre à sa décharge qu'il a trouvé en elle « l'Autorité », un maître incontestable dans l'art de faire passer les vessies pour des lanternes.Entre gouvernants illégitimes, inamovibles, et gouvernés dépolitisés et évidés de tout respect de l'intérêt commun, plus enclins à accepter une sujétion servile et intéressée qu'à l'exercice d'une citoyenneté assumée, s'est tissé au fil du temps un compromis où l'argent de la rente commande un marché de dupes dont le mode d'emploi fait de la fraude et la corruption les instruments de régulation privilégiés. Corruption bilatérale et réciproque, réponse du berger à la bergère, les gouvernants et les sujets/citoyen se renvoient une balle trempée dans le mensonge et le simulacre. Ainsi lorsque les premiers organisent des pseudo- scrutins, se font « élire » par le bourrage des urnes et édictent des lois illégitimes, les seconds leur répondent par le mépris du silence en se gardant bien de respecter une légalité d'apparat. La place de l'informelle, « trabendo » pour les initiés, dans l'économie Nationale, l'existence d'une corruption à grande échelle sont précisément les symptômes qui ne trompent pas. Ils reflètent une société considérablement gangrenée qui s'autodétruit dans le tumulte de la fraude dès lors qu'elle ne peut se reconstruire dans la transparente sérénité.Ce jeu sournois ne date pas d'aujourd'hui mais puise ses racines d'abord dans l'Algérie coloniale. L'Indépendance n'a fait que l'amplifier en donnant un nouveau souffle à une situation connue autant durant la période de colonisation Ottomane que Française. Au lendemain de l'Indépendance, ce n'était donc qu'un retour à la case départ, lorsque le peuple s'était rendu compte que les libérateurs d'hier, longtemps adulés, étaient incapables de trouver un consensus et que le pouvoir a tôt fait de basculer au profit des plus déterminés, c'est-à-dire ceux pour qui l'accomplissement d'un destin personnel surpasse celui du pays. Dès lors, le peuple renoue avec ses anciens reflexes et ressuscite l'image de l'ancien « beylik », synonyme d'exploitation coercitive dont la mémoire collective conserve encore un triste souvenir. Méfiance et défiance vont de pair pour constituer le lit de leurs nouveaux rapports. Méfiance d'un peuple abusé envers des gouvernants sourds et dont le corolaire se manifeste entre autres par son indifférence à l'égard des lois édictées par ces mêmes gouvernants. La fraude en tant qu'ignorance ou contournement des lois retrouve alors sa raison d'être, jusqu'à constituer une sorte de thérapie de groupe face à la farce « Républicaine démocratique et populaire». Doit-on qualifier de viol la transgression d'une loi scélérate ' Quel que soit la réponse à la question il demeure qu'il s'agit là d'un traitement du mal par le mal, un accommodement que les protagonistes ont fini par ériger en modus vivendi.D'aucuns s'étonnent et crient au scandale qu'un examen du BAC ait donné lieu à une fraude d'envergure ; comme s'il s'agissait d'un fait exceptionnel, alors même qu'il rentre dans la « normalité » de pratiques répandues partout ailleurs. Comme si les faux bacheliers, ne côtoyaient pas les faux « moudjahidin », les faux élus, les faux dévots, les faux scrutins, les fausses factures, les faux fuyants, ... L'Algérie pullule de faussaires en tous genres et ceux qui se sont dressés contre une Ministre, dont au demeurant les efforts sont tout à fait louables, ne représentent qu'un symptôme parmi tant d'autre d'un mal profond qui ronge le pays. Soyons sérieux, un pays qui vit de la rente, bâti sur la magouille, qui ne rémunère ni la compétence ni le mérite, peut très bien s'accommoder de diplômes au rabais. Ce qui dérange le plus le pouvoir réside non dans le fait lui-même mais dans la publicité à laquelle il a donné lieu. Quant aux parents : ceux dont les enfants ont reçus les sujets sur les réseaux sociaux, très peu auraient dénoncé la magouille si elle n'avait été éventée.Que peut-il résulter d'une Partie de cache'cache entre gouvernants partisans d'une légitimité de façade et des gouvernés qui n'ont d'autres échappatoires que le recours au braconnage ' Il en adviendra ce qu'il est toujours advenu de tous les fleuves dont le cours s'assèche faute d'affluents : Seuls les galets témoigneront de ce qu'ils furent : « Ma yebka fi el oued ghir hdjarou ». Tout organisme vivant devient nature morte dès lors qu'il perd sa sève nourricière. Tout biologiste l'affirme. Pour l'heure un fleuve dont la source se situe du côté de « Hassi Messaoud » arrose encore le pays d'une rente qui permet au système de financer tous les stratagèmes concourant à l'achat du silence complice et au maintien du statuquo. Silence éphémère et combien trompeur, car si tous les fraudeurs se l'imposent aujourd'hui, c'est uniquement parce qu'il n'est pas séant de parler la bouche pleine. Qu'adviendra-t-il demain quand les mandibules n'auront plus rien à mastiquer 'Rabah Kebdi
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