Liberté : Quel état des lieux dressez-vous sur la filière des dattes en Algérie 'Salim Haddoud : Globalement, la filière des dattes s'est engagée sur la bonne voie depuis les cinq dernières années. Hormis quelques problèmes d'ordre organisationnel, la ph?niciculture s'améliore de plus en plus dans notre pays. Cependant, certaines régions ph?nicicoles, telles qu'El Oued, Ouargla, Ghardaïa?, font face à de sérieux problèmes. Dans ces wilayas, la "Deglet Nour" se vend moins cher que celle de Tolga à Biskra.
Par conséquent, les producteurs ne disposent pas de beaucoup de moyens, notamment financiers, pour prendre en charge leurs palmeraies en termes d'entretien, de traitement des palmiers dattiers, de disponibilité d'eau? Résultats des courses, la datte de ces localités présente quelques insuffisances du point de vue de la qualité. Le produit est un peu plus infesté que la normale. Néanmoins, c'est cette datte qui est exportée et avec laquelle nous arrivons à concurrencer les autres pays exportateurs comme la Tunisie.
Selon vous, la filière a donc besoin d'une meilleure organisation...
Tout à fait, nous aimerions que cette filière s'organise mieux afin de pouvoir trouver des solutions aux problèmes enregistrés dans les autres contrées du Sud. Ce qui nous permettra d'augmenter encore davantage le volume à l'export. L'autre contrainte à laquelle nous sommes confrontés en tant que producteurs et exportateurs a trait à la spéculation. Des spéculateurs, des gens dotés de moyens financiers conséquents, qui n'ont rien à voir avec le métier, s'incrustent en effet dans le marché sans aucun registre du commerce.
Ils achètent des quantités considérables de dattes au début de la campagne qu'ils stockent pendant 4 à 5 mois pour les revendre par la suite à des exportateurs à des prix excessifs. Ainsi, ces revendeurs opportunistes achètent le produit auprès de l'agriculteur à moindre coût pour le céder aux exportateurs à des prix plus élevés. Le seul gagnant dans ce type de transaction reste indubitablement le spéculateur, qui impose en toute liberté sa propre tarification. Pis encore, ces commerçants indélicats commencent à s'organiser à travers toutes les régions du Sud pour fixer à leur guise les tarifs.
Que font les pouvoirs publics pour résoudre toutes ces difficultés '
Il faut reconnaître que nous avons été conviés en tant qu'acteurs du marché à des réunions organisées par les ministères de l'Agriculture et du Commerce. Les responsables de ces deux départements ont été, faut-il le souligner, toujours à l'écoute. Mais cela reste insuffisant. Il faut consentir plus d'efforts pour mieux contrôler le marché et réguler de manière efficiente cette filière. Il faut libérer la filière des dattes des mains des spéculateurs, qui font du mal à cet objet de valeur qu'est la "Deglet Nour". Si on résout ces problèmes, on pourra augmenter le volume des exportations de près de 25%.
Si on aborde avec vous le créneau des exportations, quel bilan tireriez-vous de ces derniers exercices '
En dépit de tous les problèmes rencontrés, les exportations sont passées de 13 000 tonnes en 2013 à 55 000 tonnes en 2018. Des niches de marchés existent bel et bien ; nous enregistrons des demandes, mais quand nous y arrivons avec des prix élevés, nous ne pouvons plus placer notre produit face à une concurrence féroce. Nous avons, tout de même, pu arracher des niches de marchés grâce surtout à nos diverses participations aux foires et salons internationaux programmés de par le monde. Il faut dire aussi que l'on dénombre une cinquantaine d'usines dans cette filière qui emploient plusieurs centaines de personnes.
Quels sont les paramètres qui font que la Tunisie soit classée premier pays exportateur mondial '
La Tunisie est le premier exportateur mondial en termes de valeur et non pas en volume. Il faut le préciser. La raison est que près de 80% de ce qu'ils produisent va à l'export, car ce n'est pas un pays consommateur. La Tunisie, par voie de conséquence, n'a pas de concurrence locale. En Algérie, en revanche, nous faisons face à une concurrence locale à cause d'une forte demande domestique. La consommation dans notre pays est significative quand bien même les prix seraient en hausse.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Badreddine KHRIS
Source : www.liberte-algerie.com