Comme chaque Ramadhan, la vie nocturne revient dans les villes algériennes, et même dans les gros bourgs et les villages. Les gens sortent. Seuls ou en familles, ils sont tous dehors dès le f'tour avalé. Mettant à profit cette disponibilité des citoyens, institutions publiques et opérateurs privés montent des scènes là où ils peuvent. Il y en aura dans toutes les infrastructures dédiées à la culture évidemment, mais également dans des restaurants, des cafés, des hôtels et sur des places publiques. Différents spectacles sont proposés. Il y en aura pour tous les goûts et tous les âges. A Alger, il n'y a pas un quartier qui n'a pas sa scène. Qu'on soit àBab El Oued ou à Belcourt, à Kouba ou à Hussein Dey, à El Biar ou au Telemly, il y a toujours quelque part un spectacle à se mettre sous la dent pour passer la soirée. Certains sont payants, d'autres gratuits. On a vu des qaâdate même dans les petites villes alentour de la capitale. Et tout le monde y trouve son compte, le public comme les organisateurs. Les autres villes du pays ne font pas exception. Elles ont, elles aussi, les mêmes institutions, qui ont les mêmes reflexes, et des restaurants, cafés et hôtels dont les patrons, comme les autres patrons, pensent également à rentabiliser leurs commerces qui sont mis en panne durant la journée de jeûne. Un petit orchestre, un chanteur ou un comique, quelques narguilés, du thé, du qalbelouz et le tour est joué. On peut aisément vendre le pack à 1 000 dinars. Et ça marche du tonnerre pour tous. Les artistes travaillent, les gens se divertissent, les patrons se font de l'argent, les responsables des institutions ont des bons points et un pan de la culture revit. Mais seulement le temps d'un Ramadhan et partiellement. Car, ce n'est pas la culture qui revient sur les devants de la scène avec tous les arts qui la constituent mais uniquement ses expressions festives, digestes, celles qui se vendent le mieux. Qu'à cela ne tienne, Rome ne s'est pas faite en un jour. Avec des spectacles «légers», on peut constituer des «habitués». On aura instauré une «habitude» qui fera de l'art qu'on présente en plat quotidien. On pourra par la suite, même à doses homéopathiques, améliorer l'ordinaire en enrichissant le menu, avec une exposition tantôt, un petit débat une autre fois. Petit-à-petit, la culture aura ainsi acquis une place au sein de la société. Ce retour de la culture est toutefois conditionné par le maintien de l'activité artistique après Ramadhan. Autrement dit, que l'ambiance et les soirées artistiques de Ramadhan ne partent pas avec lui et se maintiennent dans les restaurants, les cafés, les hôtels, sur les places publiques et dans les infrastructures culturelles tout au long de l'année. Evidemment, la vie sociale, principalement nocturne, exige la sécurisation des citoyens. Quand ils sauront qu'ils pourront sortir le soir en toute sécurité et, si l'envie les en prenait, voir un film, une pièce de théâtre, un spectacle après dîner, ou même dîner en musique dans un restaurant, il y a de fortes chances qu'ils le fassent. Ça ne sera certainement pas la ruée dès les premiers jours, mais, comme dit plus haut, Rome ne s'est pas faite en un jour. Le tout est de commencer à d'abord construire les fondements de cette vie culturelle dont les soirées de Ramadhan peuvent constituer l'embryon à développer. Le sera-t-il ' Les patrons maintiendront-ils un programme de spectacles alors qu'ils n'ont aucune certitude de faire le plein en fréquentation ' C'est peu probable. Comme les années d'avant, la culture entamera son jeûne après Ramadhan. Car sa vivification est un gros défi que personne n'ose relever, parce que son aboutissement ne dépend pas d'une personne. Le challenge implique tant d'acteurs et intervenants -qui, de plus, devront souvent travailler de concert sans se tirer dans les jambes-, qu'il serait difficile de lui accorder beaucoup de chances d'aboutir. En vérité, nous ne parierons pas un kopek dessus.
H. G.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Gherab
Source : www.latribune-online.com