L 'image qui colle le mieux à la peau du président Chadli est celle de la sagesse. Tous les hommes d 'Etat de premier plan ont su apprécier en lui cette qualité qui a souvent fait défaut chez pas mal de dirigeants de sa génération qui ont pris les destinées de leurs peuples et, parfois, aussi celle de l 'humanité. Abdou Diouf, ex-président du Sénégal, dira, au cours d 'une visite à Alger, « être venu prendre conseil auprès du président Chadli », avant d 'aborder un problème délicat en Afrique de l 'Ouest. Les Etats-Unis lui seront toujours reconnaissants pour le rôle que l 'Algérie a joué dans le dénouement de l '« affaire des otages américains en Iran ». Un succès diplomatique retentissant qui relèvera encore plus le prestige de l 'Algérie dans le monde. Des faits nombreux dont l 'ancien président algérien a été l 'artisan mais, qui, hélas, ne sont jamais mis dans le bilan de ses treize ans de pouvoir. Pour l 'avoir côtoyé de près en tant que reporter dans ses nombreuses visites de travail à travers le pays, le journaliste peut témoigner de son intérêt prioritaire pour la qualité de vie des citoyens. « Je suis contre ce type de logements HLM. Il faut une base de vie pour les familles ! ». La question de l 'eau était toujours soulevée dans les programmes de développement régionaux. « Veillez sur la qualité de vie des citoyens ! », voilà l 'instruction qu 'il donnait aux ministres qui l 'accompagnaient dans ses déplacements. Sa première préoccupation c 'était de soulager les Algériens de leurs difficultés quotidiennes. Sagesse mais aussi pragmatisme. C 'est lui qui a compris assez tôt que des réformes sont nécessaires pour relancer l 'économie nationale, et redonner sa place à l 'agriculture, l 'hydraulique et la PME. Sans doute que des erreurs de stratégie de développement ont été commises dans les années 80. Quel pays au monde a-t-il échappé à un moment ou à autre aux conséquences de la récession économique ' L 'état des lieux en Europe d 'aujourd 'hui démontre que les économies les plus solides ne sont pas à l 'abri d 'un choc. Ce choc s 'est produit en Algérie lorsqu 'au début de la seconde moitié de la décennie 80, les prix du pétrole ayant subitement chuté, mettant le pays au bord de la banqueroute financière. Le moratoire de la dette qui avoisinait les 30 milliards de dollars pouvait être prononcé à tout moment. Puis vint le 5 octobre. Ironie du destin, c 'est le lendemain de cette que l 'ancien Président rendra l 'âme, 24 ans plus tard. Le 10 octobre 1988 sera une sombre date dans l 'histoire de notre pays, avec son cortège de ruines, de deuil et de larmes qui va marquer la carrière politique du défunt Président. A la télévision, il apparaît amaigri et visiblement affecté par le drame de la fusillade de Bab El Oued. Pourtant, devant la nation, il ne fuira jamais ses responsabilités de chef d 'Etat. « J 'assume ces tragiques événements dont les forces armées sont totalement innocentes », dira-t-il à l 'endroit de ceux qui ciblaient le prestige de l 'ANP. C'est dans la foulée de ces tragiques événements qu 'il accélérera les réformes politiques, ouvrant la voie au multipartisme. Il passera, dès lors, comme le père de la démocratie en Algérie. Hélas, tout le monde n 'a pas joué propre dans cette nouvelle étape qui devait arrimer définitivement l 'Algérie parmi les vraies démocraties où la presse sera la plus libre du monde arabe. La violence partisane, dont le FIS dissous fera son instrument d 'accès au pouvoir « pour instaurer la république islamique sans élections, sans charte et constitution », conjuguée à une crise économique et financière insoluble précipitèrent son départ. C 'est la démission. D 'autres esprits malveillants parlent à jour de « coup d 'Etat ». Peut-être qu 'en en saura plus dans ses mémoires qui seront publiés le 1er novembre prochain. Il est certain que, de par son silence sur ces faits, il ne voulait pas en rajouter aux difficultés du pays. Il se retirera donc à Oran d 'où il ne répondra jamais à ses détracteurs qui lui feront porter le chapeau de la descente aux enfers de l 'Algérie. Il saura observer du recul sans jamais s 'impliquer dans la vie politique, toujours avec cette sagesse de l 'homme qui n 'a en réalité jamais cherché le pouvoir. Il l 'avait dit un jour à la télévision : « Quand on m 'a proposé de succéder au défunt Houari Boumediene, j 'avais décliné l 'offre, car je n 'ignorais pas la nature des problèmes ». C 'est cette nature des problèmes, dont il ne parlera pas avec détails, et que tout le monde peut deviner, qui, paradoxalement, le forcera à prendre ses responsabilités de chef d 'Etat. Des erreurs ont-elles été commises durant ses treize ans de pouvoir ' Sans doute ! A-t-on été injuste envers lui ' Très certainement ! Maintenant que les esprits se sont apaisés, on pourra répondre à ces questions avec plus de sérénité, loin de la conjoncture des années 80 et 90. Réhabilité moralement dans son statut d 'ancien chef d 'Etat par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, on le vit un peu plus serein. Durant ses rares apparitions publiques, notamment au cours de cérémonies officielles, il continuera de renvoyer toujours cette image de recul et de sagesse, même lorsque la maladie, qui devait l 'emporter, était à un stade avancé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A N
Source : www.horizons-dz.com