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L'histoire pour seul programme



L'histoire pour seul programme
Le scénario demeure immuable à chaque échéance électorale : le système en place est candidat à sa propre succession. Et il y parvient invariablement. Les arguments politiques pour gagner les suffrages commencent cependant à manquer. Prestige déclinant des chefs, rente pétrolière en berne, les errements de la gestion hasardeuse mis au jour?Que reste-t-il pour envisager un avenir serein pour un régime gagné par le doute ' Il reste le passé. Le plus énergique des représentants du pouvoir, le Premier ministre, censé tracer des perspectives audacieuses, opère le même retour vers le passé pour amener les citoyens à croire en l'avenir. Les prochaines législatives s'inscrivent, a-t-il affirmé samedi à El Oued, «dans le cadre du choix adopté par la génération de Novembre».Si les électeurs ne peuvent pas faire le lien entre le déclenchement de la Guerre de Libération nationale et le scrutin de mai prochain, le représentant de l'Exécutif explicitera que la génération de Novembre 1954 a «opté pour une République démocratique et sociale, souveraine dans le cadre des principes de l'islam et de l'identité arabo-amazighe». S'il paraît impératif aux yeux du pouvoir de convoquer le passé révolutionnaire comme argument électoral, il faudrait à tout le moins prendre des précautions pour ne pas susciter plus d'interrogations que de compréhension.Le sort de la question amazighe dans le Mouvement national et, plus dramatiquement, durant la guerre d'indépendance demeure l'un des «derniers tabous de l'histoire». C'est, en fait, la part d'ombre de grandes figures de la Guerre de libération. C'est dans les moments politiques cruciaux que l'on comprend le dessein «précoce» du système politique à travers son entreprise méthodique d'éloigner la vraie histoire des manuels scolaires et de construire une histoire officielle adaptable aux aléas de l'exercice du pouvoir.Cela finit tout de même par fatiguer le citoyen qui ne trouve pas spécialement le chemin du bureau de vote rien qu'après avoir subi un sermon historique. De même qu'il est vain qu'un dignitaire du régime, plusieurs fois ministre, tente de rétablir son autorité de chef de parti en exhibant les anciennes condamnations à mort sous l'occupation coloniale.L'histoire ne passe pas quand elle n'est pas intégralement exposée, sans rien oublier ni dénaturer. Il y a eu des assassinats sans condamnation à mort et si l'on doit citer Krim Belkacem comme «signataire des Accords d'Evian au nom du FLN», il faudrait ajouter qu'il a, après l'accès à l'indépendance, créé un autre parti politique avant d'être traqué et liquidé en exil.L'histoire n'est d'aucun secours pour un régime qui a «réussi l'échec», selon une formule consacrée, après avoir «confisqué l'indépendance», une autre formule bien adaptée. Pour susciter de nouvelles espérances, le meilleur signal est celui du départ des artisans de la débâcle post-indépendance. Un gouvernement incapable de justifier d'une même voix ses errements économiques ne peut pas donner des gages sur la réussite d'une démarche politique engageant l'avenir du pays.
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