El-Oued - A la une

L'écho des «maîtres» est toujours audible SOIREES DE RAMADHAN À BAB EL OUED



La baie de Bab El Oued fait honneur aux soirées des familles algéroises qui veillent jusqu'à 2h00 du matin et plus.
Depuis l'établissement, en 1894, de son plan général de construction, Bab El Oued s'inscrit à jamais dans la cartographie des plus grands quartiers populaires algériens. Des hauts et des bas depuis, mais le quartier renaît toujours de ses cendres. Bab El Oued panse toujours ses plaies des catastrophes naturelles. Bab El Oued fait toujours face aux multiples aléas des temps, pour donner ensuite, l'exemple de civisme, d'humanisme et de propreté des quartiers de la capitale. C'est, en effet, l'un des rares quartiers du pays où l'on peut consommer dans ses cafés, des jus naturels préparés en présence du client. Il était temps que la population prenne conscience du retour aux valeurs historiques et ancestrales depuis Massinissa, Jugurtha, l'Emir Abdelkader, El Mokrani et Belhaddad à nos jours. Du Bastion 23 sis à proximité de l'Institut national de musique (Insm) au stade Ferhani aux alentours de l'entrée de Bologhine (ex St-Eugène), la baie d'Alger, notamment celle du quartier populaire de Bab El Oued qui date des années 1800, grouille de monde. «Ce sont les citoyens eux-mêmes, qui font leurs propres fêtes et joies», nous dit-on. Halte au café El Bahdja. Lancé en 2005 par le défunt Hadj Abdelkader Sase avec d'autres mélomanes du chaâbi de l'époque, cet espace est devenu un lieu de rencontre par excellence des artistes amateurs et professionnels du chaâbi. Contrairement aux clichés longtemps entretenus autour de ce quartier comme étant un fief de l'intégrisme religieux, quartier de délinquance d'où l'expression «Moh Bab El Oued», la réalité est tout autre. Abdelghani, 25 ans, qui vient d'accomplir sa prière de Taraouih, dira: «Je viens ici tous les jours, parce que je me retrouve avec cet environnement du chaâbi», avant d'ajouter que la fréquentation de l'environnement du chaâbi, constitue pour lui, une source d'inspiration et de sagesse sans égale. Dans un décor sobre agrémenté de tableaux des maîtres du chaâbi, accrochés aux murs, à l'image de El Hadj El Anka, Dahmane El Harrachi, El Hachemi Guerrouabi, Abdelkader Chercham, El Badji et bien d'autres figures emblématiques de l'art algérien, le café El Bahdja garde fièrement l'héritage du passé.
Attablés ou accoudés au comptoir, avec du café, du thé, de kalb ellouz et autres variétés de gâteaux et boissons fraîches, les clients de tout âge attendent les premières notes de Rachid Boudjelab, ancien chanteur chaâbi, bien connu sur la scène algéroise et de l'intérieur du pays. «Je suis venu d'Oran pour passer tout le mois de Ramadhan dans le chaabi à Alger», a souligné Boudjemaâ, 68 ans, en sa qualité d'adepte de l'école Hachemaouiya. Répondant au sujet de son penchant pour le raï, Boudjema lance: «Je ne trouve pas chaussure à mon pied. Il y a ceux qui marchent sur des échelles et d'autres qui marchent sur des escaliers tout court», dit-il. Chacun est libre d'interpréter la chose selon sa compréhension, ajoute-t-il. Intitulés «cafés chantants» depuis des siècles, ces établissements commencent à redorer le blason de la chanson chaâbi, qui revient dans l'espace et dans le temps, grâce aux bénévoles qui contribuent à longueur d'année, à assurer des soirées gratuites aux centaines de fans de cet art noble ancré dans le coeur des Algériens depuis les années 1930 et plus. Arezki H. 65 ans environ, un des Algérois natif de Bab El Oued, ne cesse de parler de la nécessité de la mise en valeur du patrimoine culturel et historique du pays dans toutes ses dimensions. «Les artistes et les mélomanes du chaâbi ont réussi à réhabiliter cet art, sans aucune intervention de l'Etat. C'est là où réside tout le génie de la population de Bab El Oued», dit-il tout ému de mettre en valeur son quartier d'enfance. Pas loin du stade Ferhani, le cercle de l'USMA fait de même. «L'apport de la moralisation du quartier depuis l'ouverture de ce cercle est très remarquable. Avant, c'était la débandade», rappelle-t-il. Malgré les dépenses supplémentaires pour payer la sonorisation des orchestres, le prix des consommations n'a pas augmenté. «L'important pour les gérants de ces espaces, est de procurer du bonheur et la promotion du chaâbi et des valeurs culturelles et artistiques du pays», nous dit-on. Nous quittons le quartier le Bab El Oued à une heure tardive de la soirée, tout en gardant en mémoire des moments inoubliables.
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