El-Oued - A la une

Khelli l'bir beghtah A chacun sa part du gâteau



Le ramadan s'en est allé et on retiendra de cette édition la canicule bien sûr, la flambée anormale des prix à la consommation caractérisée par une rapine érigée en vertu commerciale, car, sous le couvert du licite, tout est permis, n'est-ce pas, même le droit de plumer le consommateur, otage de l'exigence de sa progéniture. En théorie, comme le soulignent les prêcheurs, c'est le mois de la miséricorde, mais cette valeur intrinsèque est laissée dans les mosquées dès que le prieur retrouve l'étal où le prix plafonné fait office de norme établie. La période étant à la ruée sur toutes les marchandises, voilà donc l'occasion rêvée pour s'enrichir. Alors toutes les combines sont bonnes pour se renflouer : du petit vendeur qui rétrécit sa galette, à celui qui inonde d'eau sa cherbet, au boucher qui facture anormalement sa viande en passant par l'épicier qui taxe jusqu'à l'eau minérale, tout est permis au nom du sacro-saint précepte commercial, formule aisée pour désigner le vol manifeste érigé en règle. Même les revendeurs d'herbes ont découvert l'astuce en vendant des bouquets anormalement chétifs et quelques brindilles de coriandre sont cédées au même prix que d'ordinaire, mais en réalité vous payez le double. Les économistes expliquent cette inflation par la substantielle augmentation des salaires qui a boosté le pouvoir d'achat, mais c'est dans les méandres de la sociologie qu'il faut chercher les raisons de cette tendance nationale à l'escroquerie.
C'est que l'enrichissement illicite de larges pans de la société a énormément contribué à l'instauration de cette mentalité qui consiste à prélever sa part du gâteau quitte à se transformer en voleur pour l'occasion. Près des commerçants formels et informels qui constituent la faune des marchés, s'est installée une nouvelle race de racketteurs qui s'est appropriée le moindre espace public : du boutiquier qui accapare le trottoir pour y étaler ses produits, à la bande de jeunes délurés qui transforme l'espace public en chasse gardée, négociant au prix fort les endroits réservés au stationnement et aux étals des petits revendeurs, la mentalité est à qui s'impose par la force et donc la violence. C'est dans cet environnement qui échappe au contrôle de l'Etat, que se développent les velléités de rapine et de racket. Dans certains marchés connus comme Boufarik, El-Harrach et Bab El-Oued, on vend et on achète des espaces publics en toute impunité. Quitte à brandir le couteau. C'est, paraît-il, le prix à payer pour la paix sociale. Enfin, de quoi je me mêle ' Khelli l'bir beghtah.
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