«Ecoutez, si les gens de Belcourt et ceux de Bachdjerrah se sont tus, ce ne sera pas la même chose avec nous ! On ne restera jamais inertes devant les abus de la police !
On luttera jusqu'à ce qu'on obtienne gain de cause. Farouk*, la vingtaine, sort brusquement de derrière son étal de fruits et légumes. Les gens qui travaillent dans ce marché et nourrissent leurs enfants de ces tables, s'ils se retrouvent sans boulot, comment vont-ils faire ou réagir '» Après les opérations de nettoyage des marchés informels à Bachdjerrah, Belcourt et au Champ de Man'uvres, les marchands de Bab El Oued se demandent quand viendra leur tour. Marché des Trois Horloges, mercredi 14h. Les clients se font rares. «Les gens croient que les étals ont été éradiqués ! Pourtant, d'habitude, ce marché est plutôt très fréquenté grâce à sa qualité et ses prix humbles», explique Fateh. Ce jeune homme, qui tient un étal de bouteilles de jus, ne cache pas sa colère.
«On ne sait pas quand la police peut nous surprendre ! Ils peuvent arriver à n'importe quel moment. Si on nous prend nos étals, nous ne saurons pas où aller !» Et les promesses des autorités d'ouvrir de nouveaux emplacements pour les tables délogées à Bab El Oued, personne n'y croit. Selon nos sources, les services concernés seraient venus faire un recensement des marchands en leur déclarant qu'ils allaient les transférer ailleurs, une fois l'opération accomplie. «Nous avons compris qu'ils nous disaient cela pour apaiser les esprits, de peur que ça dégénère», ajoute Fateh en nous orientant vers Kamel, son grand frère, qui occupe une table voisine.
Ce père de famille, ancien employé dans une société étrangère, s'est retrouvé à la rue après une carrière de dix ans au sein de cette entreprise. Après son licenciement en mars dernier, il s'est retrouvé dans l'obligation de dénicher une activité pour subvenir aux besoins de sa petite famille. La campagne d'assainissement menée par les autorités l'a plongé dans le désespoir. «J'espère que l'Etat prendra en considération les conditions dans lesquelles nous vivons, confie-t-il, affligé. Si l'Etat m'enlève ce petit commerce, comment vais-je nourrir mes enfants ' J'espère que l'Etat ne nous poussera pas à l'émeute, parce que couper les vivres d'une famille peut entraîner de lourdes conséquences. En fait, les jeunes ne savent pas comment ils réagiront face à la police.» Et d'enchaîner : «Sincèrement, est-ce qu'il y a quelqu'un qui aspire à un travail pareil ' Ce n'est pas un avenir. Mais Allah Ghaleb, nous n'avons pas le choix, c'est notre gagne-pain». Rabah, père de famille, 51 ans, assure qu'il «ne se laissera pas faire face à cette injustice». «Moi, je suis un enfant du quartier. Je vis dans le marché depuis que j'ai ouvert mes yeux, et maintenant on entend dire qu'on veut nous chasser !», lance-t-il en précisant que ce marché existe depuis les années 1960. Un de ses amis s'invite dans la conversation. «Je crois que la violence n'est pas la solution. Nous ne pourrons pas faire face à la police, car nous savons tous qu'il n'y a que Dieu qui puisse faire face à cette Doula», lâche-t-il d'un air résigné.
Il y a peu, les commerçants informels, qui installaient leurs tables de fortune au bord de la rue Colonel Lotfi, ont été dégagés par la police. «Ils font croire à la police qu'ils sont partis mais en réalité, ils attendent 20h pour s'installer», nous racontent des habitants de Bab El Oued. Même s'ils sont nombreux à reconnaître que les tables font vivre les gens, certains riverains s'en plaignent aussi. «Toutes les rues adjacentes au marché des Trois Horloges ont été investies par des squatters qui pour installer leurs tables de fortune génèrent une anarchie indescriptible. De ce fait, ils pénalisent le commerce des marchands de fruits et légumes qui exercent dans la légalité, témoigne un marchand des Trois Horloges. Car si demain la police vient les déloger, elle ne fera pas de différence entre eux et nous.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Lotfi Sid
Source : www.elwatan.com