
L'avocate d'un pauvre bougre victime d'un destin noir, poursuivi pour usage de came, a crié, crié et ému.L'émouvante plaidoirie de Maître Hayet Bounaâs, l'avocate de Bab El Oued, a plongé l'assistance dans un silence de mosquée au moment de la prière, retenant l'attention de Toumi, la juge et Bouzrar, la procureure.L'inculpé de 41 ans a déchiré les coeurs des présents en relatant sa vie aussi déchirée que son destin, celui d'un garçon perturbé ayant vécu dans un environnement empoisonné où ses parents n'arrêtaient pas de se chamailler à longueur de nuit, de jour, de semaine, de fêtes, d'intempéries...Il raconte avant d'éclater en sanglots: «Madame la présidente. Vous m'aviez demandé si j'ai été coupable d'usage de came...C'est oui. Je le reconnais. Je plaide coupable. Ma jeunesse a été la star des rues. J'ai trop longtemps vécu dans la nature. J'ai dormi sous les étoiles. J'ai placé des planches ou des cartons dans les recoins de Bab El Oued pour m'allonger, me reposer. J'ai trop souffert de disputes, de cris, de coups, d'histoires qui vous marquent à telle enseigne que j'ai versé dans la consommation de stup», avait débité le détenu qui continua son récit jusqu'à la séparation de ses parents qu'ils perdra coup sur coup en 2009 et 2010: «C'est ma grand-mère qui s'est alors occupé de moi. Elle a aujourd'hui 82 ans et elle m'a marié en juin 2013. Ma femme attend un enfant et...» (il éclate en sanglots!).La présidente, sans réellement le montrer, avait gardé une mine imperturbable mais visiblement émue. Elle avait dans la foulée, cessé de poser d'autres questions, car l'inculpé était debout dans le box, mais effondré et la face brune noyée de larmes abondantes. La procureure, elle, se contentera de réclamer une peine d'emprisonnement ferme de un an pour usage de drogue selon les termes de la loi n°04-18 du 24 décembre 2004 relative à la prévention et à la répression de l'usage illicite de produits psychotropes. Et lorsque le détenu avait cessé de chialer depuis le box, la juge devait avoir eu une idée sur ce qu'elle allait décider après que la fougueuse avocate Maître Bounaâs eut achevé sa brillante intervention qui a tourné, certes, autour des conditions ayant conduit son client au pire: «Et le pire, madame la présidente, c'est l'usage de poison à défaut d'affection familiale, car ses parents n'ont jamais eu le temps de lui prodiguer leur amour, leur affection, leur sollicitude et leur assistance. Et le pire, c'est que mon client, à 41 ans, se retrouve détenu alors qu'un bébé peut venir au monde à tout moment de ce mois de mars 2014.Faut-il qu'il apprenne la naissance de son enfant, alors qu'il se trouve à Serkadji' Faut-il que le bébé ne soit pas pris par le papa qui doit étreindre son sang et ressentir ce que lui n'a jamais ressenti en quarante ans de vie désordonnée, chahutée, blessée, écartelée, malmenée'»Maître Hayet Bounaâ venait de tirer la couverture de l'indulgence du tribunal en direction de cette sympathique juge généreuse comme tout. Et c'est en droite ligne de ce qu'espérait l'avocate que le tribunal inflige une simple amende au détenu qui retournera tard dans l'après-midi auprès de sa mémé et de sa femme à terme. Comme quoi, rendre justice est simple, aussi simple que «bonjour».Et cette Fatma-Zohra Toumi, la présidente de la section correctionnelle et Nabila Bouzrar, la représentante du ministère public forment un duo très bien soudé en vue de rendre justice au nom de la seule loi. Et cette loi si bien mâchonnée par la charmante avocate Maîre Bounaâs venue aider dans la recherche de la vérité et surtout permettre à son client assommé par une rude détention préventive de regagner son «sweet home, le seul endroit où il pourra reprendre ses esprits et songer à un avenir meilleur et pourquoi pas, reluisant au regard d'une enfance, d'une adolescence et d'une union éclaboussées, si éclaboussées qu'il a carrément dévié. Et en déviant, il a goûté à la taule. Le verdict a été mis en examen sous huitaine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdellatif TOUALBIA
Source : www.lexpressiondz.com