En temps normal, la demande de visas s'avère déjà une véritable galère. En temps de grève, elle devient un véritable enfer. Hedi Bencharef aurait dû partir en vacances en France au mois de mai. Mais il n'a toujours pas obtenu de rendez-vous pour déposer son dossier auprès de l'entreprise TLScontact, chargée de collecter les dossiers des visas et de s'assurer de leur conformité. Depuis sa première demande, le 10 mars dernier, les rendez-vous fixés ne cessent d'être reportés : 16 avril, 29 avril, 29 mai, 10 juin. « A chaque fois, la date est décalée, sans raison, ni information », déclare le jeune homme de 25 ans. « Pour les derniers changements, je n'ai même pas reçu de messages pour m'avertir. C'est en me connectant sur mon espace personnel du site de TLS que je me suis aperçu que les dates avaient été modifiées ».
Comme Hedi, des milliers d'Algérien(ne)s voient leur projets d'études, mariage, voyage suspendus, à cause d'une grève longue mais silencieuse. A tel point que la confusion règne encore sur l'identité des grévistes...malgré plus d'un mois de conflit. « Les employés de TLScontact travaillent le plus normalement du monde », précise ainsi l'agent de sécurité à l'entrée du siège située dans le quartier El Achour. « Ce sont les employés du Consulat de France qui sont en grève. C'est eux qu'il faut interroger », poursuit-il. Mais du côté du Consulat, les informations parviennent au compte-goutte. Ils seraient « plus d'une trentaine mais moins de 100 », « essentiellement franco-algériens » et « revendiquent le versement de leurs salaires en euros ».
Les demandes de visa rencontrent cette affiche laconique (Nejma Rondeleux)Les demandes de visa rencontrent cette affiche laconique (Nejma Rondeleux)
Silence présumé des médias
Dans les médias, aussi, la discrétion est de rigueur. « Pourquoi les quotidiens nationaux n'ont-ils parlé de cette grève en Une plus souvent ' », s'interroge l'agent de sécurité qui a son explication. « Tout simplement, parce que les journalistes craignent de se voir refuser leurs visas ensuite ». Dans les faits, des journaux algériens ont bien parlé de la grève même si les couvertures de presse n'ont pas été soutenues. Les conséquences de l'arrêt de travail des employés du consulat, en revanche, sont bien visibles. En cet après-midi du mercredi 8 mai, plusieurs personnes patientent devant la porte d'entrée fermée de TLScontact pendant que d'autres attendent sur des bancs un peu plus haut. Dès que la porte s'ouvre, chacun(e) tente d'obtenir l'oreille de l'employé pour lui poser ses questions ou lui exposer son problème, créant une pagaille d'où la tension est palpable. Parmi eux, Mustapha Nezlioui, l'air fatigué mais déterminé, brandit les feuilles de son dossier. Cet homme âgé de 62 ans, de Bab El Oued court depuis quatre jours entre le Consulat de France et TLScontact pour tenter d'obtenir un rendez-vous avant celui qui lui a été fixé au 26 mai. « J'ai été convoqué pour le 28 mai au Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de Paris à propos du décès de mon fils en France, en 2011 », explique-t-il.
« Depuis le déclenchement de la grève, seules les demandes de visas concernant les soins médicaux, les organismes accrédités et les courts séjours affaires sont pris en compte », indique un employé de TLScontact à la sortie du travail dont les horaires ont été réduits à défaut de demandes à traiter. «On tourne entre 160 et 250 dossier par jour tandis qu'en temps normal, le nombre de dossiers s'élève entre 800 et 1000 par jour ». En dépit des affirmations des autorités consulaires françaises « d'être pleinement mobilisées pour assurer un service maximal en matière de visas », les demandes s'accumulent et les visas se font attendre. Or, la situation risque de durer compte tenu du blocage des négociations dans cette grève rallongée mais désormais un peu moins silencieuse.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nejma Rondeleux
Source : www.maghrebemergent.info