
Natif d'Alger, Djamal Ayache, romancier algérien d'expression arabe, vit à Montréal. Ingénieur en informatique, il travaille aujourd'hui chez Apple Canada. Son dernier roman s'intitule Ouled Bab-El-Oued (Les enfants de Bab-El-Oued). Il a publié en Algérie les romans Hadîth as-samt (La Voix du silence) Al-Machâ'ir al-mouta'akhkhira (Les sentiments tardifs), parus chez l'Enag et Châti' al-Djamalayn (Plage des deux-chameaux), aux éditions Mille-Feuilles.Le Soir d'Algérie : Où en êtes-vous aujourd'hui avec la création littéraire au fond de votre lointain exil canadien 'Djamel Ayache : j'écris toujours. Chaque jour que Dieu fait, je m'astreins à couvrir plusieurs pages de mots et de phrases, de raturer, d'ajouter et de retrancher, enfin le labeur classique d'un écrivain à la manière ancienne, qui n'écrit jamais directement en pianotant sur un clavier pour voir s'afficher sur un écran le fond de sa pensée et de son inspiration. Je suis resté vieux jeu sur ce point et j'aime entendre le doux bruit du frottement de la pointe du stylo sur la légère rugosité du papier. Cela m'inspire et me stimule beaucoup. En écrivant à la manière ancienne, je m'accorde le loisir de pouvoir réviser, à tête reposée, ensuite je donne le texte à saisir à une tierce personne, j'imprime une épreuve et je corrige, en apportant les retouches finales. Il est vrai que tout ce rituel antique pourrait, certes, surprendre de la part d'un informaticien, mais c'est comme ça : entre ma vie professionnelle et ma vie littéraire, il y a un rideau de fer, un mur de Berlin ! (rire).Ne regrettez-vous pas l'Algérie, Alger, Bab-El-Oued 'Quand on vit au Canada, c'est non seulement l'Algérie, le pays natal, le pays où l'on a laissé les siens, les amis, les lieux de l'enfance et de l'adolescence qui vous manquent, mais tout un climat, une géographie, un monde d'odeurs et de couleurs différentes. L'Algérie me manque. Mais L'Algérie qui me manque, c'est celle des bonnes traditions, de l'honneur, de l'esprit de tolérance et d'ouverture, d'hospitalité et de générosité. Un art de vivre !Malheureusement, tout cela s'est érodé. Chaque fois que je reviens passer un mois ou deux au pays, ce n'est pas seulement de la déception que j'éprouve, mais un réel effroi. Le traumatisme commence souvent à l'aéroport de Dar El-Beida. Cette façon de voir les choses pourrait paraître exagérée pour qui vit en Algérie et ne ressent pas ces nocivités sociales avec la même acuité, mais quand on revient au bled après un séjour dans un pays d'accueil moderne, gouverné d'après les principes du droit effectif et de la responsabilité des citoyens, quand on a subi le formatage de la démocratie et de la modernité, on ne voit plus les choses avec les mêmes yeux, même si l'on déploie les plus fortes doses de complaisance ! Je m'étonne qu'on puisse parler de promotion du tourisme national dans un pays qui manque toujours de structures hôtelières, où les cafés n'ont pas de toilettes... Ce n'est pas demain que les Algéro-Canadiens vont se précipiter pour investir leurs dollars durement gagnés, dans ce pays natal qui n'offre aucune garantie sérieuse dans ce domaine.Voulez-vous nous parler de votre dernier roman 'Mon dernier roman Ouled Bab-El-Oued (Les enfants de Bab-El-Oued), C'est la relation romancée de faits autobiographiques , liés à mon enfance dans les années 1970, entre la partie du quartier de Bab-El-Oued (la Piazzetta ou Bazita, comme on dit chez nous !), la rue Camille-Doulce (Rabah-Bissas) et le quartier de Notre-Dame-d'Afrique”? Bagarres entre clans de gamins de quartiers, jeux violents, les années écolières, d'ineffables tranches de vie partagées entre les interminables matchs de football, les frasques, les bêtises sans méchanceté, où l'espièglerie le dispute à la naà'veté et l'insouciance, où le mot avenir ne vient jamais à la bouche. Où l'on rêve de mer et de soleil. Un bonheur modeste et à portée de main”? C'est le côté le plus beau de ma vie antérieure, ma vie algérienne.Le Canada n'est pourtant pas un pays de cocagne, comme certains ont tendance à le croire....Le canada, au même titre que les Etats-Unis, l'Europe ou l'Australie sont des pays de gouvernance sérieuse, ce ne sont pas des pays de cocagne, des eldorados où on n'a qu'à se baisser pour ramasser des pièces d'or ou à tendre la main pour cueillir des dollars sur les branches des arbres. Pour y vivre honnêtement, il faut travailler très dur. Vous ne toucherez pas un seul dollar si vous ne l'avez pas mérité. Toutes les choses sont à leur juste place. Dans cet océan de rigueur : dura lex, sed lex ! La loi au-dessus de tous n'est pas le grotesque kanoun fawk al-Djamie dont on nous a si longtemps rebattu les oreilles depuis l'époque du parti unique. Comme aurait pu le dire George Orwell, en Algérie, tous les citoyens sont égaux, mais certains sont plus égaux que les autres. Pourtant, je ne désespère nullement, il y a en Algérie des gens qui luttent, qui pensent, qui écrivent, qui critiquent. Pour les Canadiens, l'Algérie est un pays qui n'a guère qu'un seul atout : la presse. Le pouvoir aimerait bien avoir une presse docile, des journaux toutous gentils, des télés sirupeuses, des canards tout-va très bien madame la marquise”? Et sur ce point, malgré des titres privés bidons que d'ailleurs personne ne lit et qui se vautrent éhontément dans la manne publicitaire du pouvoir, le public ne peut pas être trompé !En dehors de l'écriture romanesque, à quoi Djamal Ayache consacre-t-il le reste de ses loisirs d'Algéro-Canadien 'Je suis employé par Apple Canada (Département du support technique des IOS and Mac OS X. Apple Corporation est une entreprise mondialement connue pour la haute qualité de ses produits et pour la discipline impavide qui régit son personnel, depuis le plus bas de l'échelle jusqu'à son sommet. Pour ce qui est de mes occupations universitaires, je planche actuellement sur un travail de thèse dédié aux senseurs. Je m'explique là -dessus. Un senseur se définit comme un ensemble de nœuds communiquant entre eux. Généralement, il en existe deux types : les nœuds dits «pères», qui sont dotés d'un GPS et sont donc excessivement coûteux, et les senseurs dits «fils», qui en sont dépourvus. Chaque senseur père couvre une surface physique de nœuds fils pour assurer le contrôle des liens de la communication. Ce qui induit une considérable perte d'information au niveau des senseurs fils. Mon travail de thèse consiste donc (je simplifie à l'extrême !) à élaborer des algorithmes optimaux permettant de minimiser cette perte d'informations.L'utilisation des objectifs des senseurs, dans différents domaines stratégiques de pointe, est la collecte et la transmission d'informations vers des centrales d'analyse opérationnelles civiles ou militaires. Dans les pays développés, l'utilisation des senseurs est aujourd'hui très courante dans différents domaines, en particulier lorsqu'il s'agit d'optimiser la sécurité et la surveillance d'endroits sensibles inaccessibles, comme les forêts denses, afin d'enrayer le risque d'incendie. Ou encore dans des sites abritant des installations industrielles ou autres à très haut risque, comme les centrales nucléaires. Voilà donc ; pour le reste de mon temps, je fais du sport, je pêche dans les rivières, les lacs et les étangs, je lis, j'écris beaucoup, je médite. J'écoute les chants agréables de mon pays natal...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kader B
Source : www.lesoirdalgerie.com