Le Ramadan et ses fameuses soirées… Le seul mois de l'année où les grands espaces urbains se secouent les puces. Sinon, onze mois durant, sitôt le dernier rayon de soleil couché, nos rues se vident, conférant à nos cités un air austère et tristounet. La ville plonge ainsi de nouveau dans sa léthargie habituelle. Depuis quelques années déjà, le Ramadan choisit de passer l'été parmi nous. Et dès qu'il prend ses quartiers, les rues de la capitale s'animent enfin. Magasins et commerces restent ouverts jusqu'à très tard la nuit, au grand bonheur des noctambules.
Lyes, 20 ans,
Si certains fêtards ne veulent pas perdre une miette de cette ambiance, enchaînant balades, spectacles, parties de cartes et visites familiales, d'autres par contre, plus pantouflards, n'abandonneraient pour rien au monde leur fauteuil moelleux face à la télé. Anéantis par une longue journée de jeûne, ils préfèrent recharger les accus avant d'attaquer une nouvelle épreuve de privation. S'encroûter, zapette à la main et laisser filer les soirées chaudes du Ramadan, ce n'est pas du goût de Lyes. En même temps, cet étudiant en vacances a toute la journée pour récupérer de ses veillées. «Avec les copains, on veille jusqu'à l'aube. On assiste aux concerts, on joue aux cartes, on fait des balades en voiture… On n'a pas du tout le temps de s'ennuyer. Lorsqu'il fait très chaud, il nous arrive même d'aller piquer une tête à la mer. Je profite au maximum de mes soirées, d'autant que je suis en vacances, donc, pas de réveil matinal, ni contraintes à l'horizon. Pour moi, le fait que le Ramadan coïncide avec l'été est une aubaine. En plein hiver, les gens se seraient calfeutrés chez eux, mais là, tous les ingrédients sont réunis pour se laisser vivre», assure-t-il. Mais se remplir la panse à satiété et sortir juste après nécessite parfois une volonté de fer. Le fameux coup de barre qui suit le f'tour… tout le monde connaît. L'estomac subitement alourdi par des bols de chorba, des montagnes de bourek, des monticules de dj'ouaz et des cascades de gazouza ordonnent au corps de se mettre à l'horizontale, toute affaire cessante. Mais les irréductibles noceurs ne l'entendent pas de cette oreille.
Faiza, 34 ans,
célibataire Elle a son petit secret pour être en forme, même après le repas. «C'est vrai qu'après avoir passé des heures en cuisine avec la chaleur naturelle doublée à celle des fourneaux, on ne pense qu'à s'affaler sur le canapé une fois la dernière cuillerée de chorba avalée. Mais ce serait grotesque de laisser filer toutes ces soirées, synonymes de liberté. Il faut dire que, pour nous les femmes, ce sont les rares occasions de sortir seules, sans être particulièrement importunées. Alors j'avale un bon café glacé, bien serré et j'attaque aussitôt ma soirée. Avec mes sœurs, on sort prendre des glaces, on fait du lèche-vitrine ou on assiste aux galas organisés çà et là. Quelquefois, on se retrouve à la maison autour d'un bon thé à la menthe. On bavarde, on rigole, ça fait du bien au moral. Il m'arrive même de faire du sport. La salle où je suis inscrite toute l'année a réaménagé ses horaires à 21 heures, en soirée. Bon plan pour perdre quelques calories après les repas gargantuesques que nous avalons durant ce mois sacré !»
Ammi Slimane,
64 ans Il se rappelle de l'époque où les soirées du Ramadan étaient exclusivement consacrées aux visites privées et petites promenades familiales. Autre temps, autres mœurs. «Décidément, rien n'est plus comme avant. De nos jours, aussitôt le repas avalé, mes petits-enfants se disputent les clés de la voiture pour aller avec leurs copains, brûler inutilement de l'essence pendant toute la nuit. Et lorsqu'ils daignent faire une halte, c'est pour s'empiffrer de brochettes de viande et merguez dans tous ces nouveaux quartiers où la fumée des rôtisseries se voit à des centaines de mètres. Franchement, le «m'as-tu-vu» et le tube digestif ont incontestablement pris le dessus sur l'aspect spirituel du Ramadan. Lorsque je leur demande de passer un peu de temps avec nous à la maison autour d'un bon thé mijoté par leur grand-mère, ils me traitent de périmé, me rappelant — comme si je ne le savais pas — que nous sommes en 2012 !»
Salim et Nadia, parents
Autre type de commerce à renflouer les caisses pendant le Ramadan, les boutiques de vêtements pour enfants. C'est l'occasion rêvée pour les commerçants de renouveler les stocks en prévision de l'Aïd. Pour éviter le rush de dernière minute, certains parents prennent quelques longueurs d'avance. Salim et Nadia ont trois enfants âgés respectivement de 4, 6 et 9 ans. Joignent l'utile à l'agréable, ils comptent bien mettre à profit ces sorties nocturnes pour habiller de la tête aux pieds leurs petits. «En fait, ça s'appelle joindre l'utile à l'agréable. Au menu, une bonne marche digestive et du lèche-vitrine, en quête de nouvelles tenues de l'Aïd. On entame en général notre balade du côté du front de mer, à Bab-El-Oued… parfois jusqu'à Bordj-El-Kiffan où l'air marin nous fait du bien et les enfants font des tours de manège et dégustent des glaces. En fait, il y a une bonne ambiance familiale et c'est ce que nous aimons retrouver durant ce mois pas comme les autres ! Puis, un peu plus tard, à l'ouverture des boutiques, on essaye de trouver le vêtement original. Car, très souvent, ce sont les mêmes articles qui sont exposés partout.» Voilà un mois qui aura, sans conteste, réussi à sortir les jeûneurs de leurs gongs la journée et de leur léthargie la nuit. Sacré Ramadan !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sabrinal
Source : www.lesoirdalgerie.com