
Servi à satiété durant toute l'année, le discours sur la «stabilité» est infligé, comme un sermon, aux Algériens, y compris en campagne électorale. Les partis du pouvoir, qui veulent vaincre les lois de la nature et de l'histoire pour prolonger leur règne, déploient leurs dernières énergies pour tenter de faire croire aux électeurs que l'avenir est le statu quo. Les représentants des formations politiques qui se présentent comme les gardiens du legs historique et un rempart contre les risques de déstabilisation provenant de l'étranger sont quasiment surpris d'entendre, à l'occasion de leurs meetings, la voix inattendue du peuple se plaignant des difficultés de la vie.Le directeur de cabinet de la Présidence, qui s'est mis en congé spécial de cette responsabilité pour mener campagne pour son parti, le RND, a signifié à son auditoire, à El Oued, qu'«en cas de situation d'insécurité, l'Etat ne pourra pas prendre en charge les préoccupations des citoyens». Parcourir de si longues distances pour étaler de telles évidences dans un pays où ce n'est pas la stabilité qui fait défaut, mais la prospérité, est le signe que les autorités qui «managent» ces élections n'ont d'autre programme qu'une surdose d'anesthésie pour un retour à la case départ, celle de la gouvernance de l'échec.D'autres partis militant pour la sauvegarde de l'ossature actuelle du pouvoir ne lésinent pas également sur les formules alarmistes pour enrayer toute trace contestatrice, ou de vote-sanction, dans l'esprit des électeurs. «L'Algérie est visée de toutes parts», préviennent-ils, en ch?ur. Le patron du FLN invite, de son côté, la collectivité nationale à féliciter, à l'occasion de ces élections, les autorités en place pour avoir sauvé le pays du tumulte du «Printemps arabe». Dans cette campagne à moindre frais, où peu de programmes nécessitant de grands moyens sont exposés, il n'est présenté aux électeurs que le bilan improbable de réalisations dont les citoyens n'ont pas senti l'incidence sur leur niveau de vie.La stabilité est l'état naturel des sociétés quand elles ne sont pas agressées par le pouvoir censé les représenter, l'ère des guerres étant révolue. Les révoltes ayant éclaté depuis 2011 dans les pays de la région, avec des fortunes diverses, n'avaient pas beaucoup de chances d'être reproduites dans le nôtre. L'Algérie a connu sa révolte politique en octobre 1988 et l'ouverture au pluralisme, en dépit de son dévoiement, a représenté un épisode qui a absorbé tous les mécontentements contre la gestion du parti unique.La suite des événements, dramatiques, avec la folie meurtrière du Fis dissous, aura servi à immuniser la société contre la menace agitée aujourd'hui par nombre de politiques, celle du terrorisme aux frontières. Il n'est pas possible de revivre une décennie noire chaque quart de siècle. Les traumatismes passés requièrent un travail de mémoire. Ils ne peuvent pas constituer un programme de campagne pour perpétuer les échecs à l'origine de ces mêmes drames.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com