El-Oued - A la une

Dépasser cet écueil de la mémoire qui bloque les relations entre les deux pays



Dépasser cet écueil de la mémoire qui bloque les relations entre les deux pays
François Hollande part avec une longueur d'avance sur ses prédécesseurs. Il jouit d'un premier abord plutôt favorable auprès de l'opinion publique algérienne. Il est l'antithèse d'un Giscard condescendant qui fut le premier président de la Ve République française à effectuer une visite en Algérie après l'indépendance. C'était en 1975. Il n'a pas les mains tachées de sang de nos martyrs d'un Mitterrand qui, ministre de l'Intérieur sous Mendès France en 1954, avait crié «l'Algérie c'est la France!» puis ministre de la Justice, sous Guy Mollet, en 1956 et qui a fait tourner à plein régime la guillotine contre les Algériens avant de se faire le «père» de l'abolition de la peine de mort une fois président de la République. C'est en cette qualité qu'il revient en Algérie en novembre 1981 où il évoque «les malentendus» et «le déchirement» entre la France et l'Algérie non sans avoir pris le soin au préalable de rassurer les partisans de l'Algérie française dans son discours de campagne à Avignon. Il reviendra dans notre pays en 1989 avant de s'immiscer dans la politique intérieure de notre pays jusqu'à nous menacer en 1992.
Un trait de caractère d'une rare ambiguïté que ne traîne pas François Hollande. Le troisième président français à avoir foulé le sol algérien après Mitterrand fut Jacques Chirac. La première fois c'était en 2001 juste après les inondations de Bab El Oued. Un geste qui sera très apprécié par les Algériens. La seconde fois, deux années plus tard, il signe avec le président Abdelaziz Bouteflika «la déclaration d'Alger» prélude à un traité d'amitié qui ne verra pas le jour. Et pour cause, le lobby français anti-algérien qui veillait «au grain» fait adopter, en 2005, la fameuse loi de «l'oeuvre civilisatrice de la colonisation». Succédant à Chirac, Nicolas Sarkozy se révéla plus ambigu que Mitterrand. Tout en qualifiant «le système colonial d'injuste», Sarkozy écarte, en 2006, devant les étudiants à l'Université de Constantine, toute idée d'assumer cette injustice. De retour en France et durant les cinq ans de son mandat, les relations franco-algériennes resteront gelées. Cela ne lui a pas porté chance car il sera le deuxième président, après Giscard, à se voir refuser un second mandat par les Français.
C'est sur ce bilan en dents de scie des relations franco-algériennes plutôt moroses qu'intervient la visite du président François Hollande. On en sait plus sur ses qualités humaines que sur ses capacités à faire bouger les lignes dans le dossier des relations entre son pays et l'Algérie. L'homme est très intelligent. En témoigne sa grande modestie. Son sincère respect du genre humain. Très affable, il a l'humour à fleur de peau. Ce qui ne l'empêche pas de manifester, à sa manière, sa désapprobation à quelqu'un dont il estime le comportement condamnable. C'est ainsi que certains expliquent le fait qu'il n'a pas jugé utile de raccompagner son prédécesseur à l'Elysée jusqu'à la voiture après la passation de consignes. Ou encore la «main froide», qu'il a tendue à Laurence Parisot lors de la cérémonie de son investiture. Ce qui prouve qu'il n'est pas si «mou» que ses détracteurs veulent le faire croire. D'ailleurs, c'est lui qui a réussi à faire accepter aux 27 de l'UE «l'attelage» de la relance économique avec la réduction des dépenses publiques. Jusque-là, il a réussi à faire passer beaucoup de ses 60 engagements.
La retraite à 60 ans. Le contrat de génération. Si l'on met bout à bout ses déclarations publiques contre la colonisation (Jules Ferry, 17 octobre 1961) et le 58e point de son programme où il s'engage à mettre fin à la «Françafrique» qui n'est rien d'autre que la politique néo-coloniale menée jusque-là par ses prédécesseurs, le premier abord favorable auprès de l'opinion algérienne ne peut être que renforcé. Sans oublier que l'homme est incapable de faire des miracles. Le pragmatisme et la réalité du terrain incitent à la mesure. Une chose est sûre, le président François Hollande est crédible. Nous sommes certains qu'il fera ce qu'il pourra pour changer et faire avancer les relations entre nos deux pays. Dans le strict respect des intérêts des deux parties. Pour tout cela, il a droit ainsi que tous les Français qui le soutiennent, à notre respect et à notre amitié.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)