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Dattes



Dattes
Des dattes pas trop à la portée des consommateurs pendant ce mois de Ramadhan. Cédées à 1000 DA le kilo, elles ont incontestablement marqué leur territoire. Des experts expliquent comment les dattes se font rares dans un pays exportateur.Le kilo de dattes Deglet Nour est affiché au prix de 2,5 ? à Bruxelles, soit 3 fois moins chères que leur prix en Algérie qui atteint parfois les1200 DA le kilo. Excessivement chères pendant l'année, elles sont inaccessibles pour certaines bourses pendant le Ramadhan. Constat : les consommateurs sont furieux. Samira, mère au foyer de 47 ans : «C'est trop cher.Difficilement supportable, alors que nous sommes attachés à ce fruit pendant le Ramadhan.» «La quasi-totalité des Algériens rompent le jeûne avec une datte et un verre de l'ben. Durant le mois sacré, la consommation des dattes augmente, car même ceux qui ne l'achètent pas forcément au courant de l'année, le font durant le Ramadhan. C'est une sorte de tradition. Cependant, cette hausse injustifiée des prix freine un peu nos achats.Celui qui avait l'habitude d'acheter un kilo se retrouve à acheter un régime de dattes.» Zahra, une femme au foyer de 53 ans, se désole encore : «Durant le Ramdhan, notre consommation de dattes augmente. Non seulement on rompt le jeûne avec mais en plus, on l'utilise pour la confection des gâteaux de l'Aïd. Et c'est justement à cette période où l'on se sert le plus que les prix flambent. 1000 DA le kilo c'est vraiment abusé. Parfois ça atteint les1200 DA.C'est désolant, car nous sommes un pays producteur et on ne devrait pas payer si cher pour un fruit qu'on produit en abondance chez nous.» De son côté, un commerçant affirme : «Les clients n'achètent plus autant qu'avant. Ces prix sont certes très chers, car nous aussi on paye les produits à prix élevé. C'est ce qui se passe avec les dattes. Quand le prix de gros a augmenté à la base, en plus de notre marge bénéficiaire, les prix s'envolent. Mais ce ne sont pas toutes les dattes qui coûtent1000 DA. Tout dépend de la qualité. Et le premier choix se paye toujours.»ExpertAlors que les Algériens se plaignent de la hausse des prix des dattes, les étrangers affichent leur bonheur quant au prix raisonnable auquel les dattes sont vendues. Il semblerait que Deglet Nour soit vendue à des prix dérisoires en Europe. Yahia, résidant à l'étranger, confie : «Les prix des dattes sont dérisoires ici, notamment dans les grandes surfaces. Cependant, leur prix augmente nettement dans les magasins dits hallal et on ne sait pas pourquoi.» D'autres consommateurs ne partagent pas cet avis. C'est le cas de Meriem qui soutient : «J'achète la meilleure datte à l'aéroport d'Alger. Ici en Europe, les dattes ne valent pas un sous, sauf celle importée de Jordanie.» Mais alors, pourquoi leur prix est dérisoire à l'étranger et inaccessible chez nous 'Ferhat Aït Ali, expert en finances, explique : «Comme tout produit exportable, la datte est devenue une source de devises pour les exportateurs qui, même en vendant moins cher qu'ici en contre valeur officielle, arrivent à se procurer des devises moyennant un produit local, au lieu de les acheter au noir. Par exemple, un kilo de dattes à 6 euros rapporte réellement à l'exportateur l'équivalent de 1000 DA.» Alors que l'Algérie est un pays producteur de dattes, cela ne l'a pas aidée à baisser les prix. El Hadj Tahar Boulenouar, président de l'Association des nationale des consommateurs et des artisans (Anca) soutient : «La superficie destinée à la plantation des palmiers est de 200 000 ha.La production de dattes, quant à elle, est de l'ordre de 70 0000 tonnes.» De son côté, l'expert agronome Akli Moussouni détaille : «500 à 600 000 tonnes sont produites chaque année dans le pays dans une dizaine de wilayas pour l'essentiel, dont El oued et Biskra, englobent 70% de cette production. Suivent Ouargla 22%, Ghardaïa 8% et un groupe de 5 autres wilayas : Naâma, Tindouf, El Bayadh, Tamanrasset et Adrar qui totalisent à peine 1%.» Mais alors comment se fait-il que les prix soient si élevés, or l'Algérie est un pays producteur de dattes 'Mohamed Ridha Messak, enseignant chercheur et expert agro-économiste, explique : «Sur le marché de détail, la flambée est beaucoup plus inquiétante, suite à la longue chaîne d'intermédiaires informels qui contrôlent une part importante de l'offre nationale, histoire classique des fameux spéculateurs qu'on trouve dans la majorité des filières en manque de système de régulation efficace. Ce phénomène ne date pas d'aujourd'hui, mais a tendance à s'aggraver si on reste avec la même logique adoptée depuis des décennies».QualitéDe son côté, Mohamed Tahar Sahour, responsable dans la société Socofel, une entreprise qui fait dans l'exportation de dattes, affirme : «Cette hausse des prix est due à la spéculation et au nombre croissant des intervenants. Il faut savoir que la période de cueillette des dattes se prolonge d'octobre à décembre. Suite à ça, les spéculateurs achètent les dattes à des prix raisonnables bien sûr, puis les stockent dans des chambres froides. Quand le Ramadhan arrive, ils ressortent les dattes et les vendent au prix fort.» Ce dernier, dont l'entreprise exporte des dattes vers l'étranger, justifie ce choix de l'export : «On fait dans l'exportation, car le marché est mieux organisé, contrairement au marché national où règne la pagaille.Et la raison pour laquelle les prix des dattes restent quelque peu stationnaires, c'est parce qu'on travaille avec des contrats et tout est prévu d'avance. Nos clients choisissent la variété qu'ils veulent avec la quantité qu'ils veulent. Et les prix sont fixés à ce moment-là. On ne peut pas jouer sur ça et c'est ce qui fait la stabilité.» De son côté, Salim Haddoud, PDG de la société Haddoud Salim Company, qui exporte différents types de dattes cultivées, transformées et exportées dans plus de 20 pays, évoque une toute autre raison à cette flambée des prix.Il confie : «Il faut savoir que les dattes qu'on exporte sont de moindre qualité à celles vendues en Algérie. C'est pour cela que leur prix sont élevés ici et bas à ailleurs.» Un avis partagé par Mohamed Ridha Messak qui affirme : «Les observateurs et même les Algériens qui font les grandes surfaces à l'étranger constatent que souvent la datte exportée est de faible qualité, comparativement à celle consommée localement. D'abord, l'Algérie n'exporte que 3% de sa production, cela signifie que la part la plus importante est consommée localement (dont plus de 50% sont de la variété Deglet Nour).Je peux même avancer que les Algériens consomment une datte meilleure que celle exportée, dont 90% sont de type Deglet Nour fraza.» Une autre raison qui est derière la hausse des prix : la récolte non fructueuse. A cet effet, Salim Haddoud affirme : «La récolte de cette année n'a pas donné énormément de bonnes dattes. C'est-à-dire que sur la totalité de la production, seuls 30% étaient corrects. Cela est bien évidemment dû aux aléas du climat.» Ce dernier évoque également les spéculateurs : «Ils sont nombreux à spéculer sur les produits de grande consommation tels que les dattes. Ils font la pluie et le beau temps et ont donc un monopole sur les prix.»Un avis partagé par Idir Baïs, expert agro-économiste, qui soutient : «Je pense que les circuits de distribution à travers la multiplication des intervenants pas toujours bien identifiés, des transactions pas toujours très transparentes permettent d'expliquer globalement la cherté relative de ce fruit unique.» Autre facteur qui joue en la défaveur des consommateurs et la hausse les prix est les frais de stockage. Idir Baïs, agro-économiste, confie : «Ce qui influe le plus sur la hausse des prix des dattes ce sont les frais de stockage.En effet, de la récolte en octobre-novembre (selon les variétés) à la plus grande période de consommation de l'année qu'est le Ramadhan, qui s'est étalée cette année de début juin à début juillet, on doit conserver sous froid la datte durant 7 mois environ. De plus, les infrastructures de stockage sous froid utilisées actuellement par les opérateurs de cette filière sont largement obsolètes et occasionnent des pertes importantes pour conserver ce fruit fragile durant une aussi longue période, ce qui grève encore davantage les frais de stockage.»RecetteA cet effet, El Hadj Tahar Boulenouar soutient : «Notre réseau de stockage n'étant pas assez développé, il y a un manque pour la mise à niveau de ce réseau. Cela pousse les agriculteurs à stocker eux-mêmes les produits, ce qui engendre des pertes, car les dattes périssent à cause du mauvais stockage. Cela joue un rôle dans la hausse des prix.» Par ailleurs, l'Algérie étant classée 8e exportateur mondial de dattes, à combien s'élève la recette ' El Hadj Tahar Boulenouar confirme : «Les dattes sont le premier produit qu'on exporte après le pétrole.Cependant, la recette ne s'élève qu'à 40 millions de dollars, ce qui est très peu.» Ainsi, pour améliorer cette situation, Akli Moussouni propose : «S'agissant d'une activité et d'une production spécifique qui incarnent la particularité de ne pouvoir s'exporter dans d'autres régions, donc limitée à son fief géographique naturel mais produisant un fruit qu'on ne trouve nulle part ailleurs notamment la Deglet Nour, c'est donc un produit à haute valeur marchande (1 kg de datte = 15 kg de pomme de terre)». Selon le spécialiste, les dattes sont un produit stratégique pour lequel il faut une stratégie de développement.A cet effet, il explique : «La première action est d'en faire une palmeraie homogène sur des milliers d'hectares, à l'image de l'amandier de Californie qui s'étend sur 350 000 ha et qui génère 84% de la production mondiale.» Selon lui, «cette vision est à mettre en ?uvre avec une organisation professionnelle autour du produit dans le respect de l'environnement. Pour en arriver là, il y a lieu d'entamer la construction de cette filière en parallèle avec toutes les autres. Les territoires doivent faire l'objet d'expertises en tant que pré-étude qui servira de matériel pour compléter les mécanismes d'investissement dont le législatif brille par son absence».Ce dernier estime que le reste est un paquet de mesures à mettre en ?uvre, dont l'implication de l'Etat à travers les lois, le financement et la vision macro-économique ne doivent intervenir que pour des objectifs à court, moyen et long termes précis.» De son côté, El Hadj Tahar Boulenouar, «augmenter la superficie de production et accompagner les producteurs pour développer leur production. Il faut aussi mettre à leur disposition la matière première. Et enfin, et pour se faire une place dans le marché international, il faut encourager la production de dattes de qualité moyenne. Celle qui fait la concurrence à celles produites par les Tunisiens».
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