El-Oued - A la une

Banal...



Banal...
C'est devenu une tradition. Quelques gouttes de pluie suffisent pour paralyser la circulation et, plus dangereux, provoquer des morts. C'est encore le cas hier lorsque des citoyens ont mis toute la matinée pour rejoindre leur lieu de travail. De nombreuses routes sont inondées et la circulation s'en est retrouvée très ralentie. Les vieilles bâtisses continuent, quant à elles, de s'effondrer comme des châteaux de carte sur la tête de leurs occupants en y laissant la vie. Et pourtant tout le monde savait. Et personne n'a rien fait pour prévenir la catastrophe. Ni le ministère de l'Intérieur, ni les APC et encore moins les services en charge des secours. Voilà une autre preuve de la déliquescence de l'Etat, incapable d'épargner la vie de ses citoyens dans des circonstances qui ne sont pas si dramatiques que cela. Mais qui se soucie vraiment de la vie des citoyens' Les routes ne font-elles pas des centaines de morts par mois sans que nul n'ait pu endiguer le phénomène' Les malades ne cessent-ils pas de respirer sur leur lit d'hôpital sans qu'aucune âme charitable ne vienne à leurs secours' Les harraga ne périssent-ils pas en mer hors de vue de leurs concitoyens' En fin de compte, il n'est nul besoin d'être un grand clerc pour conclure que peu de crédit est accordé à la vie dans un pays qui fête ses cinquante ans d'indépendance. Le don de soi était pleinement justifié lorsqu'il s'agissait de prendre les armes contre le colonialisme comme l'on se plaira à le répéter à satiété en cet anniversaire du 1er Novembre, mais qu'est-ce qui viendrait justifier toutes ces hécatombes' Est-on devenu subitement insensibles à la mort' En a-t-on vu tellement au point de perdre toute sensibilité' C'est vrai que pendant une décennie, les Algériens ont assisté à une véritable boucherie dont ils sont les victimes et c'est vrai aussi que ce genre de spectacle horrible a fait entrer la violence dans leur culture quotidienne. A tel point que dans nos cités, sortir le couteau est devenu un genre d'affirmation de soi même si l'autre doit périr. Y laisser simplement la vie. Alors une maison qui s'effondre, un véhicule qui fonce, un couteau qui transperce, tout cela finira, si ce n'est déjà fait, un fait du quotidien, banal, qui n'émeut point. Des morts, il y en a eu tellement. A Chlef, à Bab El Oued, à El Bayadh, à Ghardaïa. Si une voiture vous rate, si un toit ne s'effondre pas sur votre tête, êtes-vous certains de survivre à vos agresseurs, à vos ravisseurs' Pas sûr. Y a-t-il quelqu'un pour vous protéger' Pas sûr. Mais si cela peut vous rassurer, il y aura toujours quelqu'un pour pleurer sur votre sort.
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