L'autre fois, un sexa qui a l'habitude de tenir tribune au comptoir, se demandait d'où sortaient toutes ces têtes qu'on retrouve face aux caméras de l'ENTV pour dire tout le bien qu'elles pensent des élections et bien entendu, tout le mal qu'elles pensent de ceux qui les rejettent. Comme il ne fait pas que parler des autres et n'oublie jamais de se mettre en avant, il a ajouté de go : «pourquoi la télé ne vient pas ici pour demander mon avis à moi '». Pendant que son café refroidissait, lui devenait de plus en plus chaud. Personne ne l'avait contrarié mais il fait comme si c'était le cas. C'est que le bonhomme a toujours besoin de ça. Ces discours ne sont pas un exemple de construction, tout le monde sait qu'il ne sort pas de science po mais il a ses «sorties» de grande cohérence et quelques trouvailles de génie. Sinon, on ne l'aurait pas adopté au café, avec une rare patience et souvent une attention bienveillante. Il sait par exemple que sans contradiction, une discussion n'a pas de sens. Comme les micro-trottoirs et les débats de l'ENTV où on vient dire la même chose. Le gars n'est pourtant pas forcément éloquent mais il est toujours dans la posture du footballeur de génie. Il peut tout rater pendant un match mais son entraîneur ne le remplace jamais parce qu'il sait qu'à tout instant, il peut sortir un coup stratosphérique qui fait basculer le résultat pour son équipe et sortir ses partenaires des situations les plus compromises. Comme notre orateur de comptoir passe allégrement d'un sujet à un autre de façon souvent déroutante, il a donc abandonné les «parleurs» de la télé au milieu d'une phrase inachevée pour aller sur un tout autre terrain : «pourquoi les avocats des prisonniers d'El Harrach, les voleurs qui ont bouffé le pays, ne disent rien ' Eh bien, moi je vais vous le dire, c'est parce que tout est «travaillé». Ils doivent au moins nous dire ce qui leur est exactement reproché. Ailleurs, les avocats demandent des remises en liberté provisoire ou le rapprochement des procès, ici, rien, on attend, on ne sait qu'attendre.» Le sexagénaire a aussi ses moments de silence grandiloquent pendant lesquels l'assistance respire ou s'ennuie, selon le niveau d'inspiration du jour. Lui, en profite pour allumer une nouvelle cigarette, renouveler son café ou s'adresser à une connaissance en mode «off the record». Et au moment où on commence à désespérer de la reprise des hostilités, le voilà parti dans une énième direction. Aujourd'hui, il a passé en revue toute l'actualité.Le procès de Blida, il l'a «traité» avec le sourire perspicace de quelqu'un à qui on ne fait pas avaler de couleuvres, l'envahissement de terrain à Tizi Ouzou, avec un froncement de sourcils et puis les bébés morts dans un hôpital d'El Oued dans un soupir rageur. Le sexa n'a pas la larme facile, on le trouve même un peu trop froid. Aujourd'hui, il s'est mis subitement à sangloter comme on ne pouvait pas l'imaginer.
S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com