Un parfum de semailles flotte déjà dans l'air de toutes les vastes étendues steppiques du sud-ouest du pays. La nouvelle de l'ouverture imminente de la campagne labours-semailles a vite fait de survoler les «kheïmate» des nomades de la région. Elle s'est répandue comme une traînée de poudre, enjambant monts et vallées de la région des «ksour».
Il ne s'agit, nullement, d'une indiscrétion mais bel et bien d'une mesure prise par le ministère de l'Agriculture et du Développement rural qui a saisi, ces dernières semaines, la direction des Services agricoles par le biais d'une note n°685, datée du 26 août 2008, dont l'objet fait référence à une éventuelle reprise des labours en milieu steppique, mais sous des conditions draconiennes et compréhensibles à la fois.
Seules les vallées et prairies («dhayet» pour les plus informés), dites zones d'épandage des oueds seront potentiellement exploitées. C'est dire qu'il ne faut pas aller vite en besogne et opter, comme certains petits fellahs, pour la précipitation.
A la lumière des rapports établis par les structures agricoles des huit chefs-lieux de daïra de la wilaya d'El-Bayadh, faisant naturellement état de la dégradation des sols et de ceux émis par la conservation des forêts, face à une situation, jugée très critique du tapis végétal et des espèces végétales fourragères dont l'alfa en particulier, les responsables de la wilaya ont décidé de suspendre les labours, à travers tout le territoire de la wilaya, à compter de la campagne labours-semailles 1996/1997. C'était une décision courageuse et rationnelle qui avait été à l'époque bien qu'elle ait suscité le mécontentement des petits fellahs, et qui a eu des effets salvateurs à longue échéance.
Il fallait choisir entre sauver un environnement naturel séculaire, avec tout son potentiel floristique et faunistique (gibier) ou miser exclusivement sur la toison du mouton. Les risques et périls d'une telle décision étaient, bel et bien, pesés mais le bon sens a prévalu. La steppe a ressuscité de ses cendres, dix années plus tard. La conservation des forêts, épaulée dans sa mission, ô combien haletante, par le HCDS et la concession générale agricole de la wilaya d'El-Bayadh, a pris à corps le secteur de la steppe en mettant les bouchées doubles. Un pari difficile à tenir, face à la mentalité, quelquefois rétrograde, de certains seigneurs de la steppe, mais qu'il fallait, quand même et à tout prix, tenir. Et la steppe fut sauvée par différents plans et actions de regénération des espèces végétales, menacées de disparition, de mise en défens, surtout des parcours fragiles et des reboisements. Le succès de cette entreprise polyvalente et multi-sectorielle ne s'est pas fait attendre. Une seule décennie d'attente, de patience et de bon sens a fait dissiper toutes suspicions même les plus rigides et a rendu à la raison les esprits les plus réfractaires à toute solution moderniste de la gestion des parcours. L'interdiction des labours en milieu steppique a été salutaire et payante à la fois. Mais qu'en est-il aujourd'hui se demandent les petits fellahs nomades qui ont fait preuve d'une patience à toutes épreuves? L'opération des labours-semailles dans cette région sera règlementée et soumise à des critères très rigoureux, dira
M. Mohamed Ziane, wali d'El-Bayadh, qui estime que l'anarchie dans les labours est à jamais révolue. L'exploitation des terres à vocation céréalière ne sera plus un vain mot, dira-t-il en substance, en se confiant au «Quotidien d'Oran». Seules les quelques îlots de terres fertiles et meubles donnant des rendements céréaliers appréciables seront concernés par cette opération qui sera menée avec toute la rigueur des textes régissant la note ministérielle, citée plus haut.
En premier lieu, précisera le premier responsable de la wilaya, nous devrons prendre en considération le travail de fond élaboré par une commission de wilaya multi-sectorielle, qui regroupera, outre la DSA, la conservation des forêts, la GCA et le HCDS; des structures appelées à établir avec une nette précision les sites proches des crues des oueds, dits alluvionnaires. Avec cartes géologiques, satellite, relevés et analyses des sédiments alluvionnaires et surtout en évitant les frictions entre tribus vivant dans chacune des communes retenues, et sur des bases bien définies, la wilaya jugera sur pièce, tous les éléments pour aboutir à une identification précise des sites retenus, exclusivement comme zones pilotes. Le suivi technique de cette opération sera déterminant pour autoriser, éventuellement, les labours sur ces sites. On estime à moins de 50.000 ha, les terres incluses dans le lot des surfaces agricoles utiles (SAU) à travers tout le territoire de la wilaya d'El-Bayadh. C'est très peu, dira notre interlocuteur mais assez pour entreprendre une opération pilote.
Des zones comme Bouzoulaye (Rogassa), Dhayet El-Bagra (Brézina) ou Massine et El-Houidh des Guerraraidj (Boualem) seront, potentiellement, concernées par cette future opération de labours-semailles et ceci en raison de l'importance du rendement à l'hectare qui se situe entre 5 à 20 quintaux
Les présidents des 22 APC de la wilaya seront consultés et prendront une part active importante au sein de la commission de wilaya, chargée à cet effet. Ils se prononceront, notamment, sur l'identification de ces sites tout en mettant en première ligne la nature juridique et tribale de ces terres afin d'éviter toute jacquerie. Et si l'on croit certaines indiscrétions qui nous sont parvenues à ce sujet, il y aura du spectacle à l'avenir. Mais comme l'a souligné le chef de l'exécutif, toutes les dispositions légales et règlementaires sont prises à l'avance pour éviter les débordements et les jacqueries prévisibles, notamment dans la commune de Sidi Amar (Boualem) réputée pour ses frictions tribales lors de pareille campagne labours-semailles. L'optimisme est, toutefois, de rigueur sous le toit de la wilaya!
L'opération d'identification des zones pilotes sera sérieusement encadrée et menée sous le sceau de la légalité, même si certains nomades ont pris les devants en mettant la charrue avant les boeufs, après les dernières chutes de pluie, jugées très généreuses, en ce début d'automne.
Ce qui est sûr, c'est que la truffe blanche (terfass) sera abondante, cette saison. Un bon signe qui augure d'une très bonne récolte céréalière. L'ouverture de la campagne labours-semailles prendra du temps, certainement, mais sera menée d'une main de maître, et aussi d'une «main de fer dans un gant de velours».
Les forgerons sont déjà à pied d'oeuvre devant leurs fourneaux pour aiguiser les socs. Ils auront, cette année, du pain sur la planche, car les tracteurs agricoles font cruellement défaut dans la wilaya. Quelles seront les communes, dites «heureuses élues» qui auront la chance de creuser les premiers sillons? On le saura dès le début du mois de novembre.
En ce début de saison automnale, tous les voyants sont au vert. Une pluviométrie abondante presque quotidienne depuis le début de ce mois, un ciel des plus cléments après une longue période de sécheresse qui s'est installée depuis cinq longues et interminables années. C'est l'une des années les plus prometteuses pour les futurs laboureurs qui rêvent, d'ores et déjà, de greniers remplis et débordant de grains, de meules de foins plus hautes que leurs «kheïmate». Ils se frottent les mains de ce don providentiel. D'autres ont hâte de contempler le geste auguste du semeur, lançant au loin la graine mais aussi de voir le vent caresser une mer verte d'épis de blé.
Que chacun rêve sa vie au fond de l'une des vastes prairies bordant les oueds, devenus en cette saison presque intarissables. La fête des moissons-battages avec, dans son sillage, son lot de fêtes et de joie aura lieu l'été prochain, avant même, celle des «maoussims» qui rythment l'été.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Hadj Mostefaoui
Source : www.lequotidien-oran.com