El-Bayadh

"C'est la recherche qui m'intéresse"



Dans cet entretien, Karim Saïd El-Hadj, producteur, réalisateur et documentariste, revient sur ses deux derniers longs métrages réalisés, respectivement après 3 et 5 ans de recherche et de travail de terrain. Infatigable et passionné par le monde de l'audiovisuel, l'homme interroge les vivants et les morts, les fouilles et les traces, l'Histoire récente et l'Antiquité pour donner de la matière grise aux chercheurs universitaires, tout en participant à la transmission générationnelle des témoignages qu'il recueille au quotidien.Liberté : Vous venez d'achever deux longs documentaires de 52 minutes chacun. Peut-on en savoir un peu plus '
Karim Saïd El-Hadj : Effectivement, j'ai consacré près de huit ans pour produire et réussir ces deux documentaires de 52 minutes chacun. Il a fallu consacrer huit ans pour les mettre au monde, car j'occupe une fonction qui ne permet pas de travailler continuellement, sachant que l'audiovisuel est une passion pour moi. Du coup, je profite de mes journées de récupération et de mes congés, parfois au grand dam de ma famille, pour travailler. La passion de l'audiovisuel a pris le dessus sur le reste de ma vie, mais je le fais par amour et je ne le regrette pas. Pour revenir aux deux derniers nouveau-nés, j'ai consacré trois ans pour produire et réaliser un documentaire sur l'artiste Hammache Baâziz. Les sculptures et les stèles qu'il a réalisées sur la RN12, reliant Alger à Tizi-Ouzou, ont émerveillé un grand monde, comme elles ont éveillé les consciences, notamment celles consacrées aux immortels héros de la guerre de Libération nationale. Il avait même conçu et réalisé la bougie de Tizi Ouzou, ce qui a impressionné, en plus des citoyens des Genêts et des monts du Djurdjura, tous les grands artistes de la Kabylie. Intitulé "Tranches de vie", ce documentaire se voulait un portrait, voire un hommage dédié, pour le mérite de Hammache Baâziz, originaire de Bouzeguène et issu de la célèbre Ecole des beaux-arts. Ce sculpteur, plasticien et musicien méritait également un autre regard au vu de sa contribution et sa touche artistiques aux côtés de grands chanteurs et artistes algériens, à l'instar de Cherif Kheddam et Kamel Hammadi avec qui il s'était donné à c?ur joie.
Qu'en est-il du deuxième documentaire consacré au patrimoine matériel et immatériel réalisé dans le triangle Naâma-Laghouat-El-Bayadh et consacré aux ksour '
Le second documentaire est intitulé "Témoin de civilisation". Ce dernier est, effectivement, consacré au patrimoine matériel et immatériel de la région des ksour situé entre les trois wilayas de Naâma, Laghouat et El-Bayadh. J'ai dû consacrer cinq ans de mon temps pour le réussir, car il fallait d'abord identifier les sites, établir les contacts, se déplacer, préparer toute la matière en amont et, enfin, répartir le temps pour entamer sa production, avec toute la logistique qu'il fallait et les autorisations du ministère de la Culture. Le triangle Naâma-Laghouat-El-Bayadh abrite sept palais de l'ancienne bérbérie antique, dont Asla, Tiout, Chellala, Brezina, Bourekha et Boussebghoun. Ce qui m'a beaucoup impressionné, c'est l'art architectural de Boussebghoun érigé trois siècles après Jésus-Christ. Là, je me suis basé sur des études faites par des spécialistes en histoire antique et en archéologie. Cela m'a permis également de découvrir, en plus de l'aspect architectural, le patrimoine matériel et immatériel de la région Asla. Une vraie merveille !
Un documentaire qui vous a passionné au point de lui consacrer cinq ans?
Absolument. D'ailleurs, j'ai même assisté à une fantasia organisée au mausolée de Sid Ahmed El-Madjdoub pour découvrir les messages des habitants et l'art de fêter, chaque année, ce rendez-vous qui draine des foules. Aussi, j'ai rendu un vibrant hommage aux Chlouh qui ont su jalousement préserver leur patrimoine. Cela étant dit, j'avais déjà fait des déplacements dans cette région en 2007 où j'avais réalisé des clips pour des chanteurs qui m'avaient sollicité. Je suis retourné en 2011 à Boussemghoun pour, enfin, immortaliser ce patrimoine ancestral. Le seul palais Asla m'a pris plus d'une semaine de tournage, avec notamment des prises de vue sur les traces, les fouilles et des prises de vue aériennes sur l'ensemble du palais. Vous savez quoi ' Quand on réalise ce genre de documentaire sur des palais d'une telle importance historique, je me suffis de la seule satisfaction morale. Les titres ne m'intéressent pas autant que la recherche et la découverte. Quand on donne une matière grise aux chercheurs universitaires, tout en participant à la transmission générationnelle des témoignages que je recueille au quotidien, je me dis que le bonheur n'a pas de prix. D'ailleurs, j'ai participé à plusieurs festivals juste pour contribuer aux réalisations audiovisuelles. À charge de la nouvelle génération de fructifier ce qui est fait, car beaucoup de choses restent à faire dans le domaine de la recherche et de la découverte de notre Histoire et de notre patrimoine matériel et immatériel.
F. B.
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