Premier berceau de la Tidjania
Haut lieu de spiritualité et de méditation, Boussemghoun, où l’amazigh est la langue courante, ne cesse d’étonner le visiteur par la sauvegarde des coutumes ancestrales perdues ailleurs.
Boussemghoun fait partie des 22 communes de la wilaya d’El Bayadh et se trouve à 160 km du chef lieu de wilaya et à 700 km au Sud de la capitale du pays. Son éloignement des centres urbains est sans aucun doute pour quelque chose dans le maintien de ses us et coutumes. Les Smaghnas, descendants des tribus Zenettes de Tlemcen qui, selon certaines sources historiques se sont fixées ici pour fuir un ennemi où à la recherche de pâturages, parlent amazigh que certains prononcent tamazight ou tout simplement «chelha».Ils ont hérité de leurs ancêtres un savoir vivre et un savoir faire qui les diffère des concentrations humaines vivant dans le voisinage. C’est ainsi que la renommée du tissage de Boussemghoun dépasse ses frontières et le burnous en laine blanche est d’une telle finesse qu’on le prendrait pour du tissu manufacturé. D’ailleurs, les Semghouniates excellent en art culinaire aussi. La «touiza» forme d’entraide est toujours de mise pour la construction de la maison des orphelins et des nécessiteux. Elle se pratique aussi dans la tonte de la toison des moutons et à la cueillette.
Traces du néolithique dans la région de Boussemghoun
La région de Boussemghoun renferme de nombreux sites de gravures rupestres témoignant qu’elle fut, du néolithique à nos jours, occupée par l’homme. A une vingtaine de km et aux alentours se trouve la station dite N’khila, celle de Dhalaât Ouled Moussa. Ces sites entre autres contiennent encore intacte des gravures d’une beauté remarquable représentant la faune ayant vécu ici dans la nuit des temps. Ce qui est à noter, c’est qu’ici une gravure unique en son genre représente une femme dont l’artiste du néolithique a pris le soin d’y mettre tous les détails du visage.
Origine de l’appellation de Boussemghoun.
Le lieu s’appelait jadis Oued Seffah à cause des pierres qui l’environnent, puis Oued Lasnam parce qu’une roche, toute proche des lieux, ressemble aux idoles de l’époque païenne. Selon les autochtones, l’endroit était habité par sept ârouch -pluriel de arch- ayant chacun son propre ksar. C’est ainsi qu’on se souvient du ksar des Ouled Moussa, du ksar des Ouled Sliman et des Ouled Sidi Mohammed entre autres. De ces sept ksours, seul Boussemghoun défie encore l’usure du temps. On raconte qu’un saint homme répondant au nom de Sidi Boussemghoun et originaire de Séguia L’hamra au Sahara Occidental avait entrepris le long voyage le menant vers les Lieux Saints de l’Islam passa par là et trouva les tribus locales sur le sentier de la guerre pour de simples questions d’eau et de pâturage.
Il fit halte et entreprit la réconciliation entre ces tribus belligérantes auxquelles il se mit à apprendre les valeurs de l’Islam, la religion de la tolérance et de partage des biens communautaires. Il s’y fixa en ces lieux comme arbitre impartial craignant que la hache de guerre ne soit déterrée dès son départ. A sa mort, tout le monde se mit d’accord pour baptiser le ksar à son nom en reconnaissance du service rendu et de l’enseignement dispensé.
Boussemghoun, premier berceau de la Tidjania
Selon les anciens, la Zaouïa Tidjania, située du côté Sud du ksar de Boussemghoun, a été le berceau de la Tarika Tidjania et fut construite bien avant celle d’Aïn Madhi puisque Sidi Ahmed Tidjani a vécu 17 ans à Boussemghoun avant de se rendre en ce dernier lieu. Les autochtones l’appellent encore «L’khaloua» parce que le Saint homme s’isolait à cet endroit pour entrer en méditation. Cette Zaouïa continue de dispenser l’enseignement coranique et les règles du fik’h et de la langue arabe.
Le ksar a trois issues dont l’une s’ouvre sur l’oued, la seconde sur les vergers et troisième sur le chemin menant à Labiodh Sidi Cheïkh, un autre fief du savoir et du patriotisme. Ces portes se fermaient au coucher du soleil pour s’ouvrir à l’aube préservant ainsi les ksouri de toute invasion des tribus nomades qui opéraient jadis la razzia dans la région. Le ksar est traversé par trois ruelles principales qui mènent toutes vers la place de la djemaâ où se rencontrent les Smaghna pour s’entretenir des choses courantes, du règlement des conflits et du scellement des alliances. Les maisons ont presque toutes un but utilitaire puisque le rez-de-chaussée est réservé à l’abri des bêtes domestiques et de silo pour les récoltes et le premier abrite la famille. Le minaret de la mosquée, haut d’une vingtaine de mètres, est sans aucun doute l’un des plus anciens du Maghreb. De forme parallélépipédique, il est construit de pierres et de chaux locales et n’a pas encore fait l’objet de travaux de réhabilitation. L’une des issues s’ouvre sur les jardins de Boussemghoun dont la qualité des grenades est reconnue dans toute la région. D’ailleurs, on y célébrait annuellement la fête de la grenade.
La construction du ksar s’est basée sur les matériaux locaux à savoir la pierre, la chaux et le tronc du palmier.
Grandes figures historiques ayant visité Boussemghoun
Le ksar récemment réhabilité est une réussite qui ne manquera pas de drainer des myriades de touristes. Selon notre guide, la localité de Boussemghoun a reçu en 1984 un millier de visiteurs, venu de par le monde en pèlerinage dans ce premier fief de la Tarika Tidjania. Fier de citer les visiteurs de marque et ayant pris la peine de venir jusqu’ici, notre interlocuteur affirme que Messali Hadj s’y est rendu dans les années 40, de même que Ben Bella et Boumedienne après l’indépendance du pays.
Vu l’importance du lieu, une résidence d’état a été construite dans le but de recevoir les personnalités politiques et religieuses.
Messaoud Ahmed
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com