Djelfa - A la une

SEVENTIES MON AMOUR



SEVENTIES MON AMOUR
Le rythme de notre vie quotidienne avoisine peut-être celui d'une grande ville occidentale. Le passé, enraciné dans un désir d'éternité, serait-ce une passion ' Sans coup férir, oui ! La passion représente la manière dont ce passé nous affecte.
Djelfa, des années de l'insouciance, était avant tout un lieu de mémoire hanté par l'esprit du saint Sidi Naïl qui cristallise certainement la douceur de cette région des Hauts- Plateaux. C'était aussi une ville coquette où il faisait bon vivre. Au CEG (Collège d'enseignement général pour les initiés) que dirigeait le marhoum Saïd Benlahrech, c'était tout un carrefour d'une pépinière de collégiens et de collégiennes qui se connaissait et se respectait. On ne se rendait pas compte ni des mois ni des années tellement que le cœur était plongé quotidiennement dans cette vie animée. Avant l'entrée de l'établissement, nous nous rassemblions par groupes comme s'il s'agissait de «notre» grande récréation au boulevard juxtaposant l'établissement : on se montrait les devoirs et on discutait de notre vie tout en mangeant une brioche achetée auprès de la boulangerie en face du CEG. Quel goût ! Nous ne connaissions pas la surabondance de la société de consommation d'aujourd'hui. Nous vivions simplement et chaleureusement. Quand on avait ses 20 ans, chacun était à son poste de travail, nous avions concouru modestement mais sûrement à l'instar de nos aînés qui nous ont précédés juste après l'indépendance. Les turbulences économiques, sociales, revendications, grèves paralysantes, etc. c'était de l'autre côté de la Méditerranée. Durant ces années-là 1960-1970, on coulait des jours sereins. Habitués à notre nouveau bonheur de salariés, aucun d'entre les amis, collègues de travail ne lésinait sur la dépense pour se vêtir en zazou. Nos habilleurs, chausseurs : Kahina, Sonitex, Redman, Districh étaient des hommes de métier. Leur fonction était une valeur qui dépasse l'aspect du gain. Durant ces années bonheur, période de référence mondiale de l'engagement pour la paix, la justice, le droit à la vie décente repris par les icônes de la chanson. Personne parmi le groupe que nous formions, amis et collègues de travail des deux sexes, n'était à court d'argent. Pour cela, on avait opté pour le système de prêt entre amis. Nos loisirs durant le week-end, jours fériés et congé annuel de détente, on allait faire un tour à la plage. On était au courant de tout ce que se passait dans le monde. On s'intéressait très peu à la politique. Notre dada s'articulait autour de la culture et des sports. Dans la chanson et la musique, on connaissait sur le bout des doigts la biographie des chanteurs. A ce jour, il nous arrive fréquemment d'entendre «C'est un fameux trois mats» d'Hugues Aufrey. Le cinéma dit «Jacob» était notre premier hobby, pour le souvenir, les prix étaient de 1,30 (enfants), 2,10 (orchestre) et 2,50 (balcon). Nos besoins ne se limitaient pas à la seule période d'été et des repos hebdomadaires, on en profitait tout au long de l'année pour activer aux scouts SMA du groupe El Amal. A cette époque, on se couchait tard en prenant, habitude oblige, un casse-croûte chez le gargotier Boufatah à 3 DA (Eswaswa). Quand on voulait revoir nos anciens camarades de classe : lycéens nous allons les retrouver à la fenêtre Shell, près de la statue actuelle de bélier de la rue Emir- Abdelkader. On se retrouvait aussi, généralement les aprèsmidi, avant chaque match du championnat interquartiers de football au siège du CELCD : club des étudiants, lycéens et collégiens Djelfa, pour écouter la musique grâce à un Teppaz. Pour autant, nous n'avions pas abandonné notre passion de la lecture et de la découverte. Nous étions des clients fidèles auprès du libraire Ahmed Benlahrach, que Dieu ait son âme ! Le meilleur souvenir que nous conservons est la fête du mouton où nous avions des chanteurs Driassa, Fahd Bellane, Abdelhadi Belkhayat, la tente nomade à la pépinière, la course moto, celle des lévriers, et le tour en avion de la ville de Djelfa, l'orchestre à la piscine municipale et j'en passe... Une fête formidable que nous ne sommes pas près d'oublier. Pour dire, on était bien dans notre peau. Heureux et sans souci dans cette charmante Djelfa qui brillait de mille feux. Les étrangers : Scouts de France et touristes ne manquent pas de faire escale surtout s'ils s'attablaient chez le cuisinier «Cordon-Bleu» Doghmane. De nos jours, nous sommes déracinés même n'ayant pas changé de domicile de par le manque d'une culture saine dans laquelle nous étions élevés et qui a fait l'objet d'une destruction massive jusqu'à en perdre nos repères. Le charme de Djelfa se confondit, sans en être conscients, à un vent de nuages qui nous a «emportés» vers une nouvelle vie avec laquelle il faudrait composer.


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