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Maillot et le gaz de schiste



Maillot et le gaz de schiste
«Parler du désert, ne serait-ce pas, d'abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages, mais de notre silence'» Théodore MonodDepuis la démocratisation de la vie publique, certaines manifestations se sont installées au point de devenir de véritables rites, et tout cela au grand bénéfice du travail mémoriel qu'effectuent certains militants pour maintenir présent, le souvenir de personnalités disparues dans de dramatiques circonstances.L'hommage rendu chaque année à l'aspirant Maillot, militant communiste qui a sacrifié sa vie comme tant d'autres pour les nobles idéaux de liberté, de justice et de progrès social est de ceux-là. Si Maillot est aussi célèbre, c'est parce qu'il a été le premier à avoir franchi, en temps de guerre, la ligne de démarcation communautaire artificiellement créée par ceux qui refusaient de voir un avenir commun pour tous ceux qui avaient le bonheur ou le malheur de vivre sur cette terre. Il est aussi célèbre parce qu'il demeure le seul banni du Panthéon réservé aux martyrs de la guerre de Libération. C'est la raison pour laquelle, chaque, année, plusieurs dizaines de citoyens se font un devoir de venir se recueillir sur sa tombe, non seulement pour lui rendre hommage, mais aussi pour protester en silence contre l'ostracisme dont il est victime. C'est la raison pour laquelle, il est utile de faire un succinct inventaire des personnalités, toutes confessions confondues, qui viennent lui renouveler leur fidélité et leur reconnaissance. D'abord, il y a sa soeur Yvette qui vit, elle aussi, la même souffrance depuis presque soixante ans, mais dont le visage s'épanouit dès que d'anonymes inconnus viennent lui témoigner leur sympathie, leur fidélité, leur attachement. Il y a aussi Merzak, l'infatigable organisateur qui se charge de réunir les conditions matérielles pour qu'une telle manifestation ait lieu et qui anime toutes les interventions autour du thème du sacrifice et de la citoyenneté. Il y a bien sûr, les anonymes qui en sous-main aident de leur mieux: Ahmed Benaï, ancien combattant et prisonnier de guerre qui apporte sa part de témoignage et de solidarité. Il y a avant tout des anciens camarades qui ont participé aux luttes ouvrières depuis les années 1950 et qui sont restés fidèles à leurs premières amours. Il y a des anciens moudjahidine des différentes wilayas qui ont fait le voyage uniquement par devoir de solidarité. Mustapha Fettal ou Djouher Akrour ou M.Azzi sont les exemples indiscutables d'authentiques moudjahidine qui se reconnaissent dans le combat de Henri Maillot. Il y a ceux dont les noms qui sonnent comme ceux inscrits sur les pierres tombales de ce cimetière dit chrétien, mais qui est habité par toutes sortes d'esprits et d'âmes: Dieu reconnaîtra les siens. Ils sont d'origine dite étrangère, mais qui ont fait de l'Algérie leur éternelle patrie: Annie Steiner qu'on ne présente plus, le discret Jean-Paul Grangaud rendu célèbre par le livre de Abderrahmane Djelfaoui. N'oublions pas le vicaire de Mgr Duval, Denis Gonzalez, dont la haute silhouette se remarque à l'ombre du cyprès, Felix Colosi ancien collègue d'Yveton, Roberto Muniz, dit Mahmoud l'Argentin. Il est plus aisé de faire un inventaire à la Prévert: un ancien docker aux moustaches conquérantes, c'est Djilali Belhadj qui a eu l'insigne honneur de figurer aux côtés de la première apparition à l'écran de la TV du parti unique. Il y a des familles victimes du terrorisme: la famille de l'inoubliable Belkaïd venue apporter son soutien à Yvette. Il y a bien sûr d'anciens ministres devenus anonymes à cause du temps qui passe, des journalistes, des médecins, d'anciens travailleurs de la télévision... Les discussions s'animent aux sujets les plus divers: souvenirs de résistance, destin de militants qui ont mis de l'eau dans leur vin ou qui ont tourné la veste, les chers disparus. Il y a même un débat sur l'extraction du gaz de schiste qui a été amorcé par la charmante ophtalmologue Sabrina: arguments techniques et souci de précaution s'affrontent par-dessus les tombes de ceux qui n'ont connu ni le gaz de schiste ni la rente pétrolière. Ce débat a plus qu'un intérêt écologique: il prouve avant tout que pour les héritiers de Maillot, la lucha continua pour que vive l'Algérie, libre, indépendante et saine.


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