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Les éleveurs réclament l'intervention de l'Etat



Les éleveurs réclament l'intervention de l'Etat
De la steppe et du Grand Sud, des éleveurs de bétail issus de 23 wilayas du pays, ont répondu à l'appel du ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Sid-Ahmed Ferroukhi, qui les a réunis, ce lundi à Djelfa, pour débattre de l'avenir de la filière.À 70 km au sud-ouest du chef-lieu de wilaya de Djelfa, dans la commune de Deldoul, quatre grandes Kheïmas des Ouled Sidi Naïl se tiennent, majestueusement, au milieu d'un territoire semi-aride. Cela fait déjà 15 minutes que le cortège du ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Sid-Ahmed Ferroukhi, avance dans la piste. Des centaines d'éleveurs venus des régions de la steppe et du Grand Sud apparaissent au loin. Ils sont issus de 23 wilayas du pays et ils ont répondu à l'appel du premier responsable du secteur pour débattre de l'avenir de leur filière. Il est 11h, et les cinq "Forsane Fantasia", à l'accueil, s'excitent à l'approche d'une longue file de voitures. Premiers coups de baroud. Après les salamalecs, les longs et ennuyeux rites protocolaires, le ministre et les éleveurs rentrent en conclave.Le wali fait un bref préambule. Sid-Ahmed Ferroukhi tente de rentrer dans le vif du sujet. Mais voilà qu'un fonctionnaire de la direction des services agricoles (DSA) coupe la parole au ministre et entame un discours fait de langue de bois et de louanges. Visiblement contrarié, Sid-Ahmed Ferroukhi se montre patient. Le fonctionnaire exagère et s'arroge la prérogative de distribuer la parole. D'abord, au représentant local de l'UNPA. Ensuite, au président de la fédération nationale des éleveurs. Et voilà qu'il décide lui-même à qui donner la parole parmi les éleveurs, suivant une liste d'intervenants qu'il a soigneusement élaborée.C'en était trop. Hors de lui, le ministre l'arrête sur le coup.Le wali prend le relais pour intimer de laisser la parole libre aux éleveurs qui veulent bien intervenir. Le ministre arrive, enfin, à placer un mot : "Voici ma main que je vous tends, je suis venu vous écouter". Le premier éleveur intervenant est de Djelfa. Il se plaint de la cherté de l'orge que l'Etat cède au prix subventionné de 1 500 DA le quintal. Souvent, explique-t-il, les éleveurs sont contraints d'acheter leur part au prix du marché à 3 300 DA. L'OAIC pose à vrai dire problème. Puis il y a les autres problèmes liés à la disponibilité du fourrage, au rétrécissement des zones de pacage et l'absence de puits d'eau. Des difficultés soulevées par plusieurs éleveurs, surtout ovins, issus, entre autres, des wilayas de Laghouat, Naâma, Tiaret et El-Oued. Mais c'est, finalement, un autre intervenant de la wilaya de Djelfa qui jette un pavé dans la mare. Il avertit même, en prenant la parole, que ses propos ne vont certainement pas plaire. Tout à fait, puisqu' il aborde un problème d'autorité de l'Etat dont souffre toute la région. "Des individus clôturent anarchiquement des dizaines d'hectares au nom de l'arouchia (tribalisme), et nous empêchent de faire le pâturage naturel. D'autres labourent anarchiquement des surfaces à forte présence d'herbes et de plantes médicinales. Des arbres cinquantenaires ont même été arrachés. Détruits. Chacun fait ce qu'il veut et il y a un manque d'autorité de l'Etat. Tout doit être réglementé. Celui qui ne possède pas un acte notarié n'a pas le droit d'accaparer des terres. Les services agricoles doivent aussi répertorier les zones à labourer et celles à préserver. Nous demandons que dorénavant ce genre d'activité soie soumis à une autorisation", se plaint-il. L'éleveur en question va encore plus loin et remet en cause les autorités locales et les représentants des services de sécurité assis à côté du ministre : "Nous souffrons énormément des coupeurs de route. Ils nous arrivent souvent de perdre quelques têtes lorsque nous transportons nos moutons dans des camions. Des voleurs grimpent dans la benne arrière du fourgon et nous dépouillent. Et lorsque nous mettons un gardien à l'arrière du camion pour surveiller nos brebis, les gendarmes ici présents nous arrêtent pour nous coller des procès. Qu'ils sécurisent alors le territoire". Des propos qui ne manquent pas de provoquer un léger malaise sous la grande tente des Ouled Sidi Naïl. Un peu plus raffiné, un éleveur de Tlemcen enchaîne mais sur un autre aspect. Il tente de mettre la barre plus haute et parle de construction d'une économie locale. "Vous devez certainement savoir, Monsieur le ministre, que nous avons des difficultés dans nos régions. Des régions qu'il faut développer. Des terres qu'il faut préserver et rendre prospères. Nous n'avons pas envie de quitter les Hauts- Plateaux pour nous rapprocher des villes et construire des bidonvilles. Nous voulons investir chez nous et pour cela nous comptons sur votre soutien", dit-il. Dans le langage parlé et compris par les éleveurs, le ministre prend la parole pour répondre aux observations des uns et des autres. Il use d'un accent typiquement de la steppe. Aussi, d'expressions propres aux éleveurs. Ici, la langue de bois ne fonctionne pas. De même pour les mots savants. Ce pourquoi Sid-Ahmed Ferroukhi arrive rapidement à capter leur attention. Bientôt leur adhésion à un projet collectif. "Vous êtes fort individuellement, mais excusez-moi de vous dire que, collectivement, vous êtes faibles. Si vous arrivez à vous unir et professionnaliser votre filière beaucoup de problèmes vont disparaître d'eux-mêmes. Vous avez parlé de l'autorité de l'Etat, lequel peut sévir mais avec votre contribution. Nous avons trois mille agents forestiers qui surveillent des territoires immenses. Nous ne pouvons pas grand-chose sans votre apport. Vous êtes les premiers concernés", s'explique-t-il. Et comme pour se montrer convaincant, le ministre informe les éleveurs qu'ils ont déjà un point de départ pour s'unir. Il s'agit d'un complexe régional des viandes rouges de Hassi-Bahbah, fraîchement inauguré. Un abattoir d'une capacité de 2 000 têtes/jour et qui permet également de conserver et congeler la viande. Le débat s'éternise.Il est presque 14h, et certains réclament de passer à table. Il y a du monde et c'est difficile de se faire une place. Lorsque le méchoui arrive, c'est encore la débandade. La vice-présidente de l'APC de Messaâd détourne un quart de rôti d'agneau servi dans un grand plateau. Elle somme visiblement son chauffeur de le mettre dans sa voiture. Elle réclame bruyamment un autre méchoui. Il arrive. Ceux qui partagent sa table n'auront pas la possibilité de manger à leur faim. Voilà qu'elle détourne déjà la moitié pour la placer dans un grand sac. Elle demande à nouveau à son chauffeur de mettre la seconde part de méchoui dans la voiture.M. M.


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