La semaine précédente a été entachée par un événement douloureux qui avait ébranlé aussi bien les coeurs, que les états d'esprit d'ici et d'ailleurs.
Celle qui s'écoule a été caractérisée par une vague de froid engourdissant. Elle s'est clôturée par l'application des préceptes du pèlerinage, par ceux qui s'y trouvent aux Lieux Saints et le rite du sacrifice du mouton, dans une ambiance de fête au niveau national, malgré ces derniers faits horribles endeuillant des dizaines de familles et attristant la majorité d'une société, traumatisée par une longue série de morosités pour les uns, mais aussi - paradoxalement que cela puisse paraître - de rentabilités pour les autres. Que des nécrophages froids ! En effet, depuis plus de 15 ans, la société malgré les lueurs chaleureuses et d'espoirs, qui l'ont traversée ces toutes dernières années jalonnées par de réels acquis mais plus matériels - il faut bien admettre qu'ils sont divers et diversifiés, aisance financière y aidant, bien qu'insuffisants en termes d'impacts - que moraux et c'est là où le bât blesse malheureusement. Et c'est justement ici où réside le noeud gordien de la problématique.
Au fil du temps qui passe, nous nous accoutumons - honteusement - à cette situation avec toutes nos déceptions cumulatives, froideurs des coeurs obnubilés par les vanités de toutes sortes et des intempérances multiples qui nous dominent en la matière. En d'autres termes crus, nous nous sommes englués dans nos lâchetés et irresponsabilités. Un gâchis arrangeant les vampirismes, en tout genre, au dépens des intérêts et de l'avenir des générations émergentes endolories par tant d'épreuves récurrentes et débilitantes. Une ambiance infecte, révoltant une frange de la jeunesse avide de dignité et d'une vie décente, humiliant les gens sincères la mort dans l'âme, rabaissant les bons esprits malgré leur endurance et soubresauts.(1). Enfin, un système sociétal qui semble être atteint par une malédiction que nous avions invitée par les urnes, à nos dépens, et que maintenant nous lui demandons de sortir par la fenêtre, tout en sachant que le terrorisme - un « hôte » qui s'installe dans la durée - ne respecte aucune sortie, qu'on lui indique. Il faut l'étouffer intra-muros. Avec tous ses « effets » et microbes multiplicateurs liés.
En attendant, des braves gens anonymes malgré toutes leurs amertumes quelles refoulent courageusement, disent qu'il faut un peu de tout pour faire un monde et que rien n'est parfait renchérissent-t-ils. La vie dans ses hauts et bas moments, est ainsi faite pensent-ils magnanimement. Est-ce vrai tout ça ?
LA VERITE EST UNE AFFAIREDU COURAGE DE L'ESPRIT
La vérité a beaucoup d'ennemis, y compris ceux qui sont animés par des « convictions ». Nietzsche, disait que : « la conviction est l'ennemie de la vérité, comme le mensonge ». Ce dernier, qui est en fait le pêché originel et bien typique au genre humain en tous temps et dans toutes les religions, avec tous ses « édulcorants » et multiples facéties, sévit de plus en plus en notre époque, traverse perfidement les consciences, fortifie les hypocrisies, aveugle les nouveaux parvenus du pouvoir et surtout manipule ses aigris. Un maléfice tentaculaire. En revanche, beaucoup de vérités s'imposent d'elles-mêmes. Comme les lueurs quotidiennes du soleil, entrecoupées par les nuages d'hivers froids. En vain.
La justice, aussi, a beaucoup d'adversaires se démenant, au quotidien, pour déséquilibrer sa balance en faveur de l'imposture. Pour la rendre responsable, de toutes les infamies et des exclusions surtout - on tient à le souligner - celle tentant d'escamoter le courage de dire la vérité. Cette dernière a-t-elle besoin du courage des gens ? En vérité, elle-même le personnifie et se manifestant parfois par le biais de ceux qui n'ont pas froid aux yeux, ni... dans le coeur. Sa force éclairante est l'apanage de personne (2). C'est peut-être pour cette raison, qu'elle est souvent imprévisible et « choquante » en tous temps et lieux.
Le Seigneur aime la beauté dit-on. La vérité est la plus sublime, incomparable, à ce niveau suprême. Elle abhorre la laideur des âmes avant celle des corps, les détours, hypocrisies et autres humiliations d'autrui. Que des lâches agressivités parrainées par le mensonge. Par conséquent, aucune justification n'autorise ces comportements et actes aliénants, dont l'exclusion et le terrorisme en sont les deux mamelles. Aucune et de quelque nature, religions, que ce soient ! Parmi ces fléaux, notre pays est en train de subir les plus désastreux, ravageurs, à savoir :
L'EXCLUSION ET LA HAINE D'AUTRUI
La première engendre la seconde. Et l'inverse est de même. Un cycle de monstruosités difficiles à rompre aussi bien ici qu'ailleurs ; car lors des périodes jugées propices pour essayer d'en atténuer la teneur, nous n'engageant pas, pertinemment, toutes les énergies nécessaires à cette fin. En d'autres termes, on tergiverse dans l'absurde et projetons des plans de développement socio-économiques aléatoires sinon ne profiteraient qu'aux nantis, malins au lieu des démunis, exclus, pour en ce qui concerne les pouvoirs publics, et d'actions politico-culturelles sectaires qui, paradoxalement des fois, suscitent plus de bannissements - à l'image des harraga - et donc de haines engendrées de la part des organisations et élites toutes essences confondues. Et le tout, devient pourvoyeur des agissements les plus inexplicables, car imprévisibles !
En vérité, ils sont dus à l'exclusion des gens et la perte de confiance en eux-mêmes et entre eux, qui se sont exacerbées, notamment depuis que certaines « élites » générationnelles post-indépendance voulant changer les choses, se sont retrouvées subitement admirateurs des bienfaits terrestres, ayant profité à leurs prédécesseurs, qu'ils ont détesté, combattu et juré pourtant ne jamais « servir » et d'exhorter la masse des incrédules de ne pas le faire, au risque de devenir apostats. C'est comme ça que cela a débuté à l'origine. Bêtement. Comme toutes les bêtises d'exclusions et de haines à l'image de certaines bonnes humeurs, honteusement affichées, à la suite de la disparition cette semaine d'un grand syndicaliste de l'enseignement secondaire. Ces comportements dénotent le décalage important entre les gens d'une même famille. Un fiasco pour tout un projet post-colonial. Jadis, on se supportait aussi bien dans le bonheur que le malheur et malgré toutes nos insuffisances et différences « d'aisances ». C'était notre grande force dans l'humilité, des comportements sincères ancrés au niveau des coeurs enclins volontairement à la solidarité. C'était hier !
En effet, une solidarité agissante et conséquente est celle qui anticipe les effets des fractures sociales, dues aux plans de développement hasardeux car irréfléchis, accentuant ainsi leurs impacts contre-productifs dont l'exclusion et ses néfastes conséquences.
A titre d'exemple, ceux du développement agricole et rural ont démontré leurs failles aussi bien au niveau du financement, avec tous ses détournements - par dizaines de milliards de dinars - au profit d'une faune d'opportunistes, se nichant à tous les niveaux d'interventions de ces programmes et au dépens, hélas, des agriculteurs sincères, qui grâce à eux la « machine tourne » tant bien que mal et préserve, du moins à ce jour, l'honneur de la profession entaché par tant d'actes décourageants, démobilisateurs ; que d'impacts entachés de déficiences liées à la revitalisation des espaces ruraux réservées aux productions agricoles stratégiques, en termes d'adéquations des ressources humaines aux potentialités naturelles en présence. Elles sont tellement vastes mais, hélas, insuffisamment répertoriées et donc dévoreurs d'argents à gogo, car non bien ciblées dans le temps et l'espace (3). Ces déboires se confirment, au quotidien, d'autant plus qu'on accuse l'amont et on « s'amourache », désormais, de l'aval du système de production ainsi rebâti sur les « ruines » de celui de l'amont. Dans le domaine de la fluidité commerciale des produits agricoles, on incrimine beaucoup plus les spéculateurs de l'aval que ceux se situant en amont. Décidément, c'est tout un réveil mal réglé !
Selon notre humble point de vue, il s'agit bel et bien d'une refonte de fond en comble de toute la stratégie agricole et rurale polluée aussi bien par les chiffres et le syndrome pavlovien - attentiste - désormais répandu dans les terroirs, que par l'entêtement - ne voulant pas accepter les réalités - de ses concepteurs et exécutants, à tous les niveaux. Pourtant, ce n'est plus, seulement, une affaire de convictions sectorielles remaniées par des rapports justifiants le « changement de cap » discuté en conclaves éthérés, mais de tout un avenir d'une agriculture censée assurer notre devenir alimentaire aux horizons 2012, comme l'avait prédit au début de cette année, le Directeur de la FAO, lors de sa visite à Djelfa pays du méchoui par excellence et de la verdure du barrage vert. Et comme semble s'en soucier, apparemment, les dernières mesures liées aux différents soutiens qui seraient agencés, annonce-t-on, dans des programmes aux appellations apparemment volontaristes, mais qui buteraient lamentablement sur les réalités du terrain. Comme une pioche non affilée frappant du granit. Une caricature, certes, mais qui à son cachet de sérieux. La preuve. On serait bien content de son contraire. Pour accéder, un tant soit peu, à ce niveau de clairvoyance aussi bien dans le domaine ci-dessus esquissé que dans tant d'autres, il est nécessaire - de notre humble point de vue - de multiplier les réseaux d'observations et d'écoutes là où nichent les grandes misères morales et matérielles, car il ne s'agit pas uniquement de « potions » limitées aux douleurs symptomatiques d'une société en rupture avec ses repères sur tous les plans, mais d'un mouvement d'ensemble dégivrant radicalement toutes les froideurs. Il ne s'agit pas uniquement d'animer, de convaincre et de suivre les gens honnêtes, mais de les laisser travailler comme ils l'entendent, mais qu'en revanche s'y incorporer, intelligemment, dans leurs jeux et non l'inverse qui ne mène nulle part.
Dans le même ordre d'idées, il serait pertinent dans le cadre de la lutte contre l'exclusion, d'aller prospecter les lieux où les gens sont enclins à se murer lorsqu'on frappe à leur porte. C'est justement le premier diagnostic, indicateur qu'il faudrait noter, décortiquer, car cela démontrerait déjà les carapaces maladives affichées qui sont dues, entre autres, à la méfiance qui est l'un des soubassements de la culture de la haine d'autrui tapie dans les coeurs qu'il faudrait réchauffer par de véritables leviers dynamiques et sincères. Des véritables approches effectuées, dans la bienveillance et la sérénité, par des anthropologues et autres psychosociologues de proximité. Concrètement et dans la durée. Sinon, à quoi servent tous nos programmes d'enseignements clôturés par ces formations universitaires en la matière qu'on appelle, dans toutes les langues, des sciences humaines ?
Naguère, les gens se transmettaient oralement, ces valeurs humaines. Par des contes et d'exemples réels vécus au niveau du quartier. A l'occasion de cette fête, nous remémorons une histoire vraie parmi tant d'autres. Dans ma ville, un boucher n'arrivant pas à vendre un gigot de mouton - les gens étaient frugaux et qu'en plus c'était la veille de la fête du sacrifice - invita une de ses connaissances démunies, qui passait par là, pour le lui offrir et lui dit : « s'il ne cuit pas rapidement tu me le rends ». Ce dernier refusait, le boucher insista. Alors son ami prit la viande, qui s'est avérée dure à cuire. Il la retira de la marmite et la lui rendit, sans aucune gêne, car la parole donnée était d'or. Les gens avaient le « ventre » creux mais solide en patience et dignité, et le coeur conforté par la bonté et la bravoure manifestées au quotidien constituant pour les gens, de tous niveaux sociaux, des références de sobriété mêlée au contentement. Le vrai. C'était hier ! Depuis, les choses ont tellement changé. Normal. Ce qui ne l'est pas, par contre, c'est qu'on n'a pas encore trouvé de similaires à l'air du temps. Peut-être que c'est une question de temps ? Pourtant... !
Dans les années cinquante, l'esprit de solidarité entre les voisins, les familles, le citadin et le rural, explosait et s'épandait dans les coeurs de tous âges. Malgré les multiples et immenses adversités, les gens riaient, s'amusaient et se partageaient dans la gaieté une galette d'orge accompagnée de petit lait. Il n'y avait aucune ligne rouge, ni bleue entre les fils du peuple. C'était une collectivité nationale où la notion de l'Etat solidaire - en symboles glorifiés - était présente, au quotidien, dans les coeurs et les esprits. En actes concrets, comportements attractifs et amenant par la parole donnée conjuguée au bon sens. Un creuset de solidarités, qui avait implosé la quatrième république française séculaire en moins de 4 ans, et menacé les fondements de la cinquième à moins de 2 ans de son existence, par les manifestations décembristes, entre autres.
En fin de compte, seules les volontés trempées dans cet état d'esprit patriotique, et des coeurs dégivrées des rancoeurs, des haines et autres réflexes revanchards, mesquins, entêtés, pourraient échafauder une société enfin libérée des angoisses collectives et individuelles et du complexe de culpabilisation que des politiques absurdes ont instauré injustement, insidieusement.
Tout un patrimoine récupérable, se trouvant à portée de main, en attente de revivification. Il suffit d'oser, de se cheminer dans le bon sens, de donner le bon exemple, à tous les niveaux, et surtout d'accepter l'avis d'autrui. Tous les points de vues. Les moyens modernes de communications pour le faire n'y manquent pas. La preuve.
En attendant, des gens de valeurs souffrent et disparaissent, hélas, dans l'incompréhension et l'indifférence. A cet effet, nous aimerions conclure par cette strophe tirée de l'oeuvre magistrale : « les misérables » de Victor Hugo, à propos des gens malmenés injustement par les vicissitudes de la vie et rongés par le désespoir :
Elle était de ce monde où coucous et carrosses
Ont le même destin,
Et, rosse, elle a vécue ce que vivent les rosses
L'espace d'un : mâtin !
Malgré tout, bonne fête à toutes et à tous !
Notes
1- A ce propos, une réflexion dit : « Le Seigneur a de la compassion pour 4 types de destins humains terrestres : un glorieux qu'on humilie, un riche honnête qui est devenu pauvre et - c'est le plus cruel des quatre sorts - un homme de connaissances égaré parmi les ignorants et enfin un indulgent assailli par les intolérances ».
2- Dans la mythologie grecque, l'architecte et inventeur Dédale confectionna des ailes en plumes collées avec de la cire sur le dos de son fils Icare afin qu'il s'échappe du labyrinthe de Minos roi de Crète. Icare s'approchant trop près du soleil, voit ses ailes fondre et chuta. Certaines interprétations allusives, laissent entendre que le vol d'Icare est une tentation de voir de près la vérité symbolisée par le soleil depuis la nuit des temps. Dans un autre sens, se rapprocher trop de la vérité, c'est risquer d'être brûlé. On dit aussi : «on ne peut cacher le soleil avec un tamis» en parlant d'une évidence... ou du mensonge.
3- Depuis plus d'un demi-siècle - du plan de Constantine notamment - existe une tradition forestière rentière qui fait que les gens payés pour reboiser mettent, souvent, à l'envers le plant au sol avec les résultats connus qu'on justifie de mille causes. Ceci dans le but de programmer à l'infini les opérations de reboisement. Bien évidemment, les choses ont évolué. Mais l'état d'esprit est le même, au niveau des ruraux, pour une grande majorité d'entre eux. Avec tous les effets collatéraux et «attractifs».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Brahimi
Source : www.lequotidien-oran.com