
Le couffin du ramadhan refait parler de lui et en mauvais termes, cela s'entend. La presse signale des perturbations et des manifestations dans plusieurs wilayas pour dénoncer l'opération de distribution qui prend parfois des airs d'humiliation publique. Dans une commune de Blida, des femmes divorcées et des handicapés ont indiqué avoir été exclus des listes des bénéficiaires du couffin. Dans la même commune, un bus transportant des couffins a été attaqué. A Djelfa, des citoyens ont investi une école dans la commune de Aïn Ouessara pour s'emparer des couffins prêts à la distribution.Ces deux exemples sont loin de refléter la situation ubuesque de cette opération de solidarité en direction des familles démunies qui a le chic de se transformer, chaque année, en scandales locaux défrayant les chroniques judiciaires. Les malversations et autres détournements et passe-droits sont devenus corollaires de ces distributions qui tournent parfois à l'émeute. Avant d'être une opération caritative, ces couffins sont d'abord une affaire de gros sous laissant la porte grande ouverte aux appétits des uns et des autres. Les intermédiaires, les fournisseurs, les distributeurs et les bénéficiaires trempant quelquefois dans des affaires scabreuses. Pourtant, si l'initiative est louable, la manière, elle, reste décriée, mettant à nu l'indigence des familles.Cet étalage public de la misère, formant des chaînes humaines devant les lieux de distribution des couffins, ne devrait pas exister. Cette charité occasionnelle, jetée en pâture aux yeux des autres, devrait prendre d'autres allures moins contraignantes. Moins humiliantes.Il serait plus judicieux, propose-t-on, de convertir ces denrées alimentaires de première nécessité en liquide et laisser les familles dans le besoin en disposer à leur convenance. A ce propos, et lors de la campagne électorale pour les législatives, on a entendu pas mal de propositions, pas toutes fondées malheureusement, mais elles ont au moins le mérite de remettre en cause cette façon institutionnelle de donner l'aumône.L'Algérie est responsable de ses pauvres et chaque année ils sont de plus en plus nombreux à venir grossir les rangs de la misère. Ce couffin, qui ne couvre pas les besoins d'une famille moyenne plus d'une semaine, est cette preuve, une de plus, que le bricolage dans ce pays est devenu une marque de fabrique de gouvernance.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com