
Je t'ai toujours appelé «frérot» quand tu venais à Marseille fouiller dans notre bibliothèque-trésor d'Ali Baba, disais-tu, pour dénicher un livre introuvable ou une revue oubliée. Frérot quand nos discussions nocturnes nous tenaient en haleine.Nous parlions de Djelfa où Gisèle est née, de Médéa où tu es allé repérer le moulin de l'Aïn Kebir, et plus encore de l'Algérie que nous avions connue, toi enfant, moi déjà engagé dans les combats pour la paix.Combien avons-nous échangé de lettres quand nous confiions aux chameaux nos courriers ' Et depuis la toile combien de messages ' Rien n'est effacé. Tes craintes et tes espoirs sont là . Tes encouragements aussi. Tes paroles me ragaillardissaient. Nous n'étions pas toujours d'accord mais le cœur nous commandait un pas de côté ou une entente souveraine. Arrivé en France en I964, j'avais décidé de me taire. Tu as su me faire parler et tu m'as associé à quelques unes de tes entreprises. Nous avons mêlé nos encres et les encres valent mieux que les sangs.«Ce que je ressens, à la mort de quiconque, et de façon plus intensément irréfutable à la mort de ce qu'on appelle un proche ou un ami... c'est ceci... la mort de l'autre, non seulement n'annonce pas une absence, une disparition,... La mort déclare chaque fois la fin du monde en totalité, la fin de tout monde possible, et chaque fois la fin du monde comme totalité unique, donc irremplaçable et donc infinie», écrit Jacques Derrida dans Chaque fois unique la fin du monde. Aujourd'hui le monde s'est absenté.Tu ne pouvais disparaître.Tu nous étais indispensable.Tes mots balayaient les sables avec les faux-semblants.Tu étais VRAI.Orphelins, nous te relirons encore et encore. T'en souviens-tu : une fois tu as embrassé mon crâne. Tes lèvres pèsent désormais sur mes pensées.Tu dois enchanter le Paradis. Rions ensemble veux-tu sur la Corniche, là où la statue de Rimbaud domine les flots. Dans Avant corps Sénac s'interroge : «Rimbaud est mort ! Faut-il le croire '» Hamid Nacer-Khodja vit dans mon cœur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Marc Bonan
Source : www.lesoirdalgerie.com