
Avec peu de moyens, il faisait des miracles en soignant les blessés de guerre.Samedi 11 mai 2014, il est 10h, une foule compacte est là à attendre la levée du corps de Salem Hattab, le «t'bib» deAhmer Khadou, dans les profondeurs de l'Aurès en guerre. Bou Saâda pleure aujourd'hui l'un de ses meilleurs fils. Issu d'une grande famille des Ouled Hamida, il prend le large, à l'automne 1956, alors âgé de 24 ans, pour rejoindre le maquis naissant de djebel Messaâd, Mintaka 3 (future Wilaya VI). Sous le commandement de Si El Haouès, il est confié à Cherif Khiredine, responsable du service de santé. Il apprend vite l'art des premiers soins d'urgence pour les blessés de guerre.Aguerri, il osera plus tard de véritables interventions chirurgicales avec peu de moyens. Il racontait volontiers ses prouesses techniques à son cercle d'amis ou collègues de travail pour frapper les esprits. Affecté à la Mintaka 4 (Wilaya I) en 1957, sous les ordres de Tayeb Melkmi, il «écumera» les mechtas et les douars en portant assistance aux djounoud et à la population civile en détresse de Aïn Zaâtout à Tkout, à Djebel Lazreg. Afin de sauver la vie à de grands blessés, il lui est arrivé d'opérer des amputations de membres déchiquetés à l'aide d'une rudimentaire scie à métaux, s'aidant d'une archaïque solution de chloroforme pour atténuer un tant soit peu la douleur.Il racontait avec fierté ce traumatisme crânien qu'il allongeait sur la terre battue d'une casemate et il mettait l'arrière du crâne dans un trou plein d'une eau de source glacée. Après quelques heures, le miracle arriva. L'hémorragie s'était arrêtée, ou encore ce blessé d'une fracture du rachis lombaire qu'il plaçait sur un hamac fait d'un filet de cordage utilisé généralement pour la protection des fourrages. Salem se rappelait, non sans amertume, ce prétendu «collabo» à qui il avait ôté la vie en l'exécutant après un arrêt d'un tribunal de guerre sommairement constitué. Le «traître» livrait du foin à la section administrative spéciale (SAS).En ce jour printanier, les compagnons d'armes du défunt sont venus de Laghouat, Djelfa, Tolga et bien sûr des Aurès. Certains sont venus de M'Doukal qui commémorait le 52e anniversaire des retrouvailles de la population avec son armée de libération. Les ex-commandantsCherif Khiredine et Amor Sakhri sont parmi l'assistance. En dépit de leur état de santé, ils ont tenu à marquer par leur présence les obsèques d'un des leurs. Les youyous qui fusent du domicile mortuaire annoncent la levée du corps que l'on place dans une ambulance du servie public de santé, où le défunt avait travaillé après l'indépendance en qualité de surveillant médical, et ce, jusqu'à sa mise à la retraite. En dépit du temps implacable, ses anciens compagnons d'armes, Ahmed Bouhali, Athmane Bourokba, Maâmar Kairouanin, ex-infirmiers de l'ALN, en gandoura blanche flamboyante se remémorent avec amusement les nombreuses aventures vécues avec le défunt.La tristesse du moment n'a pu venir à bout de cette flamme qui habite toujours ces hommes d'exception et dont les tablettes du XXe siècle auront retenu les sacrifices. Parmi l'assistance se trouvaient deux membres de l'ancienne organisation politico-administrative (OPA) du FLN, en l'occurrence Hacène Chougui et Ahmed Hadji, que le poids des années et les stigmates de la maladie n'ont pas empêchés de faire leurs derniers adieux à leur compagnon de la vie civile. Ils ont été, pendant plus de 30 ans, ses collègues de travail à l'hôpital de la ville. Rongé par la maladie depuis plus d'une année déjà, le défunt faisait montre d'un énorme courage. Il expliquait tranquillement et avec nombre détails son intervention chirurgicale dans une clinique de Blida. Il laisse, pour que l'on oublie pas, un documentaire réalisé par la TV publique relatant les service de santé en wilaya VI historique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.elwatan.com