Les omissions de l?histoire
Peu de régionaux savent que bien avant la révolution, un autochtone à la plume acerbe était correspondant de presse et menait en parallèle une existence empreinte de la fibre nationaliste et fortement agitée. Il collaborait au quotidien Alger Républicain et, tenez vous bien, dans les années 1940, après avoir été pigiste pour La Dépêche d?Algérie ! En ce temps et dans une ville naissante comme Djelfa, c?était une performance incomparable aujourd?hui et pour cause. L?accès à l?enseignement n?était libre qu?aux Européens de souche, les Israélites ou les notables musulmans exerçant des fonctions administratives et judiciaires telles que : bachagha, gaïd, etc. Né en 1914 à Charef, à 50 km à l?est de Djelfa, Brahimi Abdallah était, quant à lui, issu d?une famille modeste. Il fit ses études à Laghouat jusqu?au collège où il obtient son certificat d?études primaires et, dit-on, le Brevet d?enseignement du premier cycle (BEPC). Après quoi, il satisfait aux épreuves du concours d?accès à la profession de défenseur de justice ? oukil judiciaire ? qu?il exercera jusqu?à sa mort en 1957. Il n?en poursuit pas moins à un rythme soutenu son violon d?Ingres, celui de correspondant de presse commencé vers la fin des années 1940. Il exerçait ce métier pour l?art, mais aussi pour dénoncer les abus de l?administration coloniale envers les « indigènes ». Pour preuve, il en refusait toute rétribution. Il était, dès sa prime jeunesse, un fervent défenseur des droits de l?homme, ce qui expliquait, d?une part, son choix porté de cette tribune libre dont la ligne correspondait à ses convictions idéologiques qui le rapprochaient des classes populaires et, d?autre part, son appartenance au Parti communiste algérien (PCA). Cela n?a rien entamé son adhésion aux Scouts musulmans algériens (SMA) dans le groupe Amal fondé en 1939. Ses idées de nation et de grandeur nationale lui ont valu de quitter ses fonctions de conseiller municipal, « émaillées » par un nombre incalculable de refus de délibérer en faveur de toute décision contrariant l?intérêt de ses concitoyens d?origine algérienne. La preuve en est, il quitta l?UDMA parce qu?il était anti-assimilationniste, avant de rejoindre le PCA dont on connaît la position sur la question algérienne. Il payera lourdement son activité politique clandestine par sa révocation en 1945 en tant qu?oukil judiciaire et finira la même année dans un camp d?internement militaire dans un poste des territoires du Sud ? ex-Fort Flatters ? situé aux confins du désert. Libéré, il n?en démordra pas quant à la poursuite de son combat pour la libération de l?Algérie, en ralliant dès 1956 le commandant Omar Driss qui le désigna « moussebel ». Il mourut le 29 mars 1957, assassiné dans son bureau, sis ex-rue de l?Eglise, qui servait de fief aux réunions secrètes du FLN. A part une rue baptisée en son nom au lendemain de l?indépendance, l?image de ce héros semble à ce jour souffrir d?un manque de reconnaissance de la part des historiens. Encore qu?il n?en aurait pas été dépité s?il était resté en vie car sa foi en ses seuls principes était totale !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelkader Zighem
Source : www.elwatan.com