Constantine - A la une

"Une révolution, c'est une seule fois dans la vie"



"Le peuple, qui n'est pas dupe, a su contrecarrer toutes les tentatives de diversion du pouvoir..."Réceptacle de toutes les grognes populaires pour les pouvoirs politiques, le football, à travers l'exploit de l'équipe nationale au Caire, n'a pas réussi à faire fléchir la mobilisation citoyenne. On dirait même que l'événement a été un facteur stimulant pour davantage de cohésion autour du mot d'ordre porté par le peuple depuis le 22 février : changement radical du système et départ de toutes ses figures. En effet, les Constantinois, qui n'ont pas failli à leur tradition à l'occasion de ce 22e acte de la mobilisation, ont évoqué dans leurs slogans et écriteaux le football sans céder un iota de leurs revendications. Pour exemple, cette pancarte reproduite par des dizaines de manifestants portant : "Une CAN, c'est tous les deux ans, mais une révolution n'arrive qu'une seule fois dans la vie."
Tout au long de la marche, les manifestants ont scandé "Dawla madania, machi âaskaria", "Djazaïr hourra democratia" et ont exigé le départ du chef d'état-major de l'armée, du chef de l'Etat et du gouvernement Bedoui, de même qu'ils refusent la tenue de l'élection présidentielle dans les conditions actuelles. Et en sus de "Libérez Bouregâa, libérez khawetna", un autre slogan de circonstance est improvisé et a retenti dans les grandes artères de Constantine, à savoir "Mazel mazel, El Gaïd ou Sénégal". Pour l'activiste Wael Aloui, jeune licencié en ingénierie biomédicale et toujours étudiant en technologie, le mouvement populaire né le 22 février constitue "une vraie chance pour remettre l'Algérie sur son vrai chemin, après avoir perdu la boussole au lendemain de l'indépendance et surtout après avoir échoué à instaurer une vraie démocratie après les événements d'Octobre 1988".
Un soulèvement populaire pacifique né, estime-t-il, "pour dire non à l'injustice, à la tyrannie, à l'arbitraire et au régime totalitaire. Il est né pour revendiquer la souveraineté du peuple dans une nouvelle république, loin des pratiques de l'ancien système et de ses institutions dont il tire sa légitimité". Arrêté à trois reprises pour avoir porté l'étendard berbère et dénoncé la visite de la ministre de la Culture, Meriem Merdaci, Chichito, comme aiment à l'appeler ses proches amis, met en garde contre les tentatives du pouvoir de faire enterrer la mobilisation citoyenne. "Ils ont essayé d'étouffer ce mouvement par tous les moyens ; ils ont tenté de nous séparer en instrumentalisant la question identitaire et en surfant sur la vague du régionalisme.
Heureusement, le peuple, qui n'est pas dupe, a su contrecarrer toutes les tentatives de diversion du pouvoir et les velléités de semer le doute et la zizanie au sein de la révolte populaire." Lucide, Wael ne manque pas non plus d'évoquer la qualification de l'équipe nationale à la finale de la Coupe d'Afrique des nations : "Le pouvoir essaye de profiter de la qualification des Fennecs à la finale de la CAN pour détourner les Algériens de leur mouvement. Ce qui est réellement historique, c'est l'occasion offerte au peuple de débarrasser le pays du système en place depuis plusieurs décennies. Aussi, il faut que l'éveil des Algériens demeure intact. Le peuple n'a plus le droit de se laisser distraire par des événements factices jusqu'à la satisfaction de toutes les revendications pour lesquelles il est sorti."

Ines Boukhalfa/Kamel Ghimouze
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