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Une «proximité» qui complique l'écriture de l'Histoire



Une «proximité» qui complique l'écriture de l'Histoire
L'historien Abdelmadjid Merdaci estime que la difficulté à écrire l'histoire d'Algérie est liée à la «proximité» dans le temps des acteurs et des évènements et à la «confusion» entre acteurs de l'histoire et ceux du champ politique.Lors de la conférence donnée jeudi soir au centre Historial d'Alger, le maître de conférences à l'université Mentouri de Constantine s'est interrogé sur la possibilité de parler de l'été 1962, un «moment essentiel» de l'histoire contemporaine, affirme-t-il, alors que certains de ses acteurs sont actuellement en charge des affaires publiques au sein de l'Etat algérien. L'autre problématique, selon le conférencier, relève à la fois de l'«impérieuse nécessité» d'intégrer l'histoire dans le champ de la recherche académique et celle de la sortir «des cénacles étroits»de cette même recherche. Des colloques d'un niveau élevé, explique-t-il, sont organisés régulièrement, mais la société n'est pas impactée par ces savoirs qui restent de la «matière morte», déplore l'universitaire qui insiste sur le besoin «urgent» pour cette connaissance académique d'aller vers la société. Le chercheur a ensuite relevé la «coupure générationnelle» qui existe entre les premiers chercheurs, qui ont actuellement plus de 60 ans et sont francophones et les jeunes historiens arabophones souvent «abîmés dans des attitudes faussement patriotiques, alors que le pays a besoin de leurs compétences de chercheurs». Il a souligné à ce propos, le nombre, «insuffisant», de chercheurs et le «peu de transmission» des connaissances, affirmant que des historiens comme Aboulkassem Saâdallah et Mahfoud Kaddache n'ont pas laissé d'héritiers. Un autre obstacle d'ordre psychologique est, selon lui, le poids des traumatismes qui, dit-il, ont engendré un «désir d'oubli et d'occultation» et entraîné une sorte de «consensus tacite» au sein de la société ainsi «tentée de se contenter de l'histoire officielle». «A la veille du référendum pour l'indépendance, un tiers de la population algérienne avait été déplacée. Cela représente une violence absolue, une violence à propos des conséquences de laquelle on a pas encore réfléchi», a soutenu le conférencier. «Risque de privatisation de la guerre d'indépendance» Le conférencier a, à ce sujet, rapporté de nombreux exemples où des individus ou des régions ne considéraient que leurs souvenirs et rôles dans la guerre pour l'indépendance, confisquant ainsi toute la globalité d'une histoire collective à restituer bribes par bribes, une tâche immense qui reste à entreprendre, insiste-t-il. D'autres obstacles, comme l'inaccessibilité des archives, le métier d'historien, un métier «quasi inexistant» en Algérie et l'absence d'un centre de recherche sur l'histoire de la guerre d'Algérie, ont également été soulevés par l'auditoire. «Connaître notre histoire est une obligation citoyenne et le passé est un chantier d'avenir», un domaine où tout est à réinventer pour créer un désir d'histoire chez les citoyens, ont conclu des intervenants parmi l'assistance.


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