
Youcef Merahi[email protected]/* */J'aurais aimé chroniquer sur l'opposition algérienne qui fait dans l'opposition, qui jure que les élections prochaines sont d'ores et déjà truquées, qui tente de coordonner leur opposition au pouvoir, mais une fois la commission de surveillance mise en place, cette opposition s'empresse de déclarer sa volonté de participer à des élections qu'elle juge déjà soumises au quota du même pouvoir. Je sais que cette phrase est alambiquée, je le reconnais. L'opposition ne fait pas dans la poésie. Moi, non plus. On ne peut mettre en doute des élections et y participer, en même temps. Oui, je vois d'ici des sourcils démocratiques se mettre en accent circonflexe ; de grâce, il est inutile de tenter ce geste, je reste de marbre. Allez, participez à la meute et criez au loup ! C'est aussi de la politique.Franchement, mon propos aujourd'hui est de remettre dans le contexte mon opération «visa». J'ai pu arracher un rendez-vous. Sur deux mois, si ma mémoire est bonne. Le jour-dit, je sors ma bagnole, mets le plein (au cas où) ; j'invoque tous les saints de la région et direction Oued-Roumane (le Lit des Grenades). Mais il faut affronter auparavant la route ; là , le cirque commence. Qui double à droite. Qui roule à l'allure d'une tortue. Qui vous envoie des appels de phare intempestifs. Qui klaxonne à vous faire péter les tympans. Qui vous double allégrement et vous fixe droit dans les yeux, façon de vous montrer que vous êtes un tocard, en matière de conduite. Stoà'quement, je tente de respecter les limitations de vitesse ; bien que parfois, certaines plaques signalétiques n'ont aucun sens. Je joue au légaliste. Je me force à respecter ma droite. Je double au moment opportun. La circulation semble fluide. Mais je sais, par expérience, qu'une mauvaise surprise n'est pas à exclure. Le ciel est gris, maussade. Il y a même quelques gouttes sur le pare-brise. Je fais une prière au fond de moi, espérant n'avoir omis aucun document dans le dossier «visa». J'ai ouà'e-dire que le service prestataire est intraitable. Je pousse un peu ma bagnole, car un camion me colle dangereusement. Puis je le laisse doubler. Et vogue la galère de la circulation algérienne !Les choses se compliquent à partir de Dar-el-Beà'da. La circulation se resserre, au point où il faut rouler en première vitesse. à‡a repart. J'éteins la radio, de peur de me distraire. Un accident est vite arrivé. Tiens, on place la toiture du stade de football. On me dit que c'est pour l'équipe d'El-Harrach. D'accord. Je ne suis pas loin du Parc zoologique. à‡a se resserre davantage. Oui, la bretelle vers Ben Aknoun y est pour quelque chose. J'ouvre les yeux. J'espère ne pas rater la sortie vers El-Achour. Je sers vers la droite. Une Maruti me double dangereusement. Salamet ! Je prends à droite, m'engage sur le pont et, toujours, sur la gauche, je me dirige vers le parking. Tiens, il est complet. Un policier m'indique d'aller plus loin. Y a-t-il un autre parking plus loin ' Oh oui ! Je trouve une place, j'abandonne ma bagnole et je cours vers TLS, mon dossier sous le bras. Et je vois un monde fou, sur ce trottoir et sur l'autre. Je vais en baver, me dis-je in petto. Maâlich, le thé est servi, je vais le boire. Mon rendez-vous est pour onze heures. Mettez-vous par là , ya âmmou. C'est la file «prémium» ' Non, c'est par là . Pas possible, il y a plus de monde que pour la chaîne «normale». J'occupe ma place dans une file humaine qui serpente à l'intérieur de garde-fous qui me rappellent les émigrés qui avaient tenté l'Amérique dans les années quarante ('). C'est là où il faut prendre son mal en patience. Ou sa patience en mal. Cinq, dix, quinze minutes, la file ne bouge pas. La porte en fer est drèlement fermée à notre attente. Mais la file «normale» avance sans problème. Ce n'est pas grave ; j'ai ouà'e-dire que les «prémiums» sont reçus royalement, avec fauteuils en cuir, avec des petits-fours et du jus, à gogo. On est des privilégiés, pardi ! Mais ça se paie rubis sur l'ongle, me dit un jeune homme. La porte s'ouvre, l'agent d'accueil fait rentrer quatre demandeurs de visa ; puis referme lourdement la porte. Cinq, dix, quinze minutes, rien de nouveau du côté de la lourde porte en fer. Les minutes s'additionnent dangereusement et les esprits s'échauffent. Je prends mon mal en patience. Ai-je le choix ' Assurément non. Soudain, un jeune grille la chaîne. Tous le laissent passer, moi aussi. Une femme refuse de lui céder le passage. Faites la chaîne, jeune homme, comme tout le monde. Il y a un seul «prémium», pas deux. Le jeune jure sur sa tête qu'il a fait la chaîne et qu'il revient après avoir cherché un papier dans sa voiture. La femme n'en démord pas. Le jeune, énervé, saute carrément la barrière et se présente devant la porte des mirages. Cinq, dix, quinze minutes. Les chaîneurs parlent entre eux. Comment faire passer des bijoux en or dans un tube de dentifrice. Instructif. Ou du shit dans un poulet. Imparable, dit-il, aucun scanner ne peut déceler la fraude. Son interlocuteur, lui, raconte la fois où il a «exporté», à partir d'Alger, un couffin de chique, dit-il. Puis, il faut choisir le samedi pour tenter une fraude quelconque. L'autre lui précise qu'il faut éviter l'aéroport Boumediène, qu'il faut préférer celui de Constantine ; mais pas à n'importe quelle heure. Ah bon ' Oui, à cinq heures du matin, les contrôleurs ont encore l'esprit à leurs rêves de la nuit. Et tu passes «kil pipa»! Et vas-y que je fabule les yeux ouverts ! Je jette un coup d'œil rapide à la tocante. Midi ' Une heure vient de passer, qui grève ma vie de soixante minutes. Cinq, dix, quinze minutes, la porte reste obstinément fermée. Midi trente, un agent d'accueil se présente aux «prémiumeurs» d'un jour et nous demande de revenir à treize heures trente pour tenter le visa. Cris d'effroi qui saisissent la file. Et moi aussi ! Ceci n'est pas une fable de notre temps, c'est juste un moment d'attente pour quêter le fameux sésame. A chacun de tirer sa morale, la mienne est faite.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y M
Source : www.lesoirdalgerie.com