
A. LemiliL'une des particularités de la préparation de «Constantine, capitale de la culture arabe 2015», est qu'au fur et à mesure du déroulement des différentes opérations de travaux, aménagements, réhabilitations, les Constantinois découvrent l'inertie, la grande inertie, qui caractérise les pouvoirs publics locaux et, par extension, tout ce qui les représentent en tant qu'instruments actifs sur le terrain pour donner à la ville et ses habitants ce que l'on appelle communément un cadre de vie.Lors de l'émission hebdomadaire de la chaîne radiophonique locale quel n'aura été l'étonnement des Constantinois d'apprendre qu'une direction de l'exécutif locale rencontrait de grosses difficultés à réhabiliter les ascenseurs de l'un des plus importants groupes d'immeubles hérités de la période anté-indépendance, en l'occurrence «le Ciloc» ! Il y a lieu tout d'abord de souligner que lesdits ascenseurs qui sont à l'arrêt depuis plus de 40 ans, autrement dit, ils n'auraient fonctionné que quelques années après la fin de la Guerrede libération, n'ont jamais constitué un quelconque intérêt pour les pouvoirs publics locaux et encore moins pour l'organisme chargé de la gestion des immeubles concernés, lesquels culminent à treize étages. C'est dire le calvaire des habitants, des locataires généralement d'extraction modeste et dont le train de vie quotidien se limite à acheter tout ce qui peut être stocké, notamment la semoule, pour ne pas devoir se farcir les montées et descentes des interminables escaliers. Pis encore lorsqu'il s'agit de réaliser des travaux à l'intérieur d'un appartement, avec tout les matériaux qu'il faut faire monter et les déblais à évacuer à faire descendre. D'où le recours au système «D» pour toute corvée du genre.Pour en revenir à l'essentiel, lesdits ascenseurs, ou du moins leurs utilisateurs, pourraient avoir l'espoir d'un miracle si la proximité du grand évènement culturel et le branle-bas de combat engagé dans la foulée serait effectivement la solution à l'extrême solitude vécue jusque-là. Sauf que, selon le directeur de l'urbanisme, ça pourrait se faire, mais il faudrait pour cela qu'une partie des habitants accepte de laisser les équipes techniques accéder aux... terrasses. Pourquoi les terrasses alors qu'il s'agit d'une colonne montante ou d'un habitacle qui se trouve à la verticale du centre de l'immeuble ' Pour la simple raison que les terrasses sont habitées. À vrai dire squattées par des indus occupants. Pour certains, l'occupation des lieux remonte à près d'une trentaine d'années. D'ailleurs ces «locataires» ont pour la majorité fondé un foyer et n'excluent pas l'idée d'une extension de l'habitat parce qu'entre-temps leurs enfants ont grandi et d'aucuns envisagent d'ores et déjà de s'installer.Encore une fois, pourquoi les pouvoirs publics n'ont rien fait pour résorber cette situation et plus particulièrement en temps opportun ' Pour deux ou trois raisons, lesquels valent l'argumentaire qui les justifie ou ne les justifie pas. D'abord, le laxisme, les services concernés ayant laissé faire dès le début alors qu'il ne s'agissait initialement que d'un cas isolé, voire deux, pour qu'enfin, devant l'absence de réaction officielle, ces exemples ne fassent florès. Non seulement dans un immeuble donné, mais jusqu'à devenir la «solution miracle» à la promiscuité, au besoin de logement d'une partie de la population qui considérait ne plus être en mesure d'attendre que l'Etat la loge, et donc d'avoir un effet boule de neige sur l'ensemble des immeubles de la ville où il ne s'en trouve plus un seul dont la terrasse ne soit pas arbitrairement occupée.Du coup, la masse de squatteurs était tellement importante et la situation sociopolitique du pays tellement précaire que les pouvoirs publics ont jugé plus judicieux de laisser courir et fermer l'?il sur ce qui, désormais, relevait du bon droit de chacun d'occuper tout espace du genre. Bien entendu, la responsabilité du reste des locataires est d'autant plus évidente dans la mesure où aucune des dizaines de familles résidant dans l'un des immeubles n'a protesté contre l'annexion d'un espace commun et qui plus est de grande utilité puisqu'il s'agit de buanderie, séchoirs, débarras, etc. Néanmoins, la manifestation majeure ressassée depuis le début plaçait les pouvoirs publics face à leurs responsabilités, les immeubles du Ciloc, parce qu'ils sont essentiellement exposés à la vue des cortèges officiels, ne sauraient souffrir d'un quelconquedélabrement. Les entreprises chargées de la réhabilitation des espaces ont d'ailleurs entrepris depuis quelques mois des travaux pharaoniques dans ces espaces qui restent littéralement un passage obligé pour les hôtes de l'évènement.Le temps passe et sachant le train de sénateur auquel vont les entreprises publiques et privées, il est fort à parier que cette partie de la ville ne sera jamais prête d'ici avril 2015. Pourtant, la circonstance atténuante revendiquée par le directeur de l'Office public de gestion immobilière (Opgi) et son collègue de la direction de l'urbanisme est que «les squatteurs n'autorisent pas les équipes techniques à accéder aux terrasses où se trouvent une partie de la câblerie» et, sans doute, l'ensemble du mécanisme lui-même.La solution préconisée par la journaliste de la radio : reloger tous les indus occupants des terrasses. Sans doute, sauf que les pouvoirs publics redoutent une réaction en chaîne de toutes ces familles qui attendent d'être relogées et qui ont plus de légitimité pour la simple raison qu'elles sont inscrites dans des listes qui remontent à plus d'une vingtaine d'années.Par ailleurs, d'aucuns parmi les membres de ces familles redoutent justement ce type de scénario compte tenu de la propension des pouvoirs publics à plier devant de pareils antagonistes, non pas parce que le rapport de forces n'est pas à l'avantage des représentants de l'Etat, mais parce que l'urgence veut que....La résorption de la vague de mécontentement social réglée par la concession au détriment de la raison, de l'Etat de droit et surtout par la défection volontaire de la force de la loi, risque de donner raison à ceux qui pensent ainsi.A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com