Les derniers travaux de rénovation l'ont rendue comme un sou neuf.Et les tenues réglementaires, et de surcroît impeccables, des agents desécurité ne gâchaient nullement le décor, bien mieux, elles ajoutaient uneimpression de rigueur qui laisse le visiteur sur sa réserve. Surtout quand elleest servie par cette atmosphère austère qui fait paradoxalement chaud au coeurde parturientes en quête de survie pour avoir taquiné le danger dans deslieux-dits qui ont appris à ne connaître qu'une seule adresse. Ici on parlebien sûr de la maternité de Sidi Mabrouk qui est aujourd'hui victime de saréputation. Mais, c'est peut-être trop dire, à parler vrai, que d'évoquer quelqueréputation quand celle-ci se nourrit de défaillances d'un ailleurs qui décrèted'autorité l'urgence pour faire abusivement de cette maternité un lieu dedétresse. Surtout quand cette détresse devient criarde et pas seulement chezces futures mamans, car, médecins, sages-femmes, infirmières restentintarissables sur le rythme infernal et vous opposent volontiers une logiquearithmétique qui nargue ostensiblement la norme sans être démentie par untriste état des lieux. Le professeur Sellahi Ali, le médecin chef de service de la maternité seprêtera de bonne grâce à notre curiosité avec ce souci de donner leprolongement concret à ses propos du reste amers ainsi qu'aux propos alarmantsglanés par nos soins chez les patientes, le personnel médical et paramédical.«La maternité de Sidi Mabrouk accueille le double de ses capacités» nous dirale professeur Sellahi qui nous promène en cette matinée de 1er mai à traversles différents services. Et apparemment, ce n'est pas les murs fraîchementpeints de couleurs attrayantes ou encore le mobilier flambant neuf qui irontchanger grand-chose à un véritable fouillis où le moindre espace est squatté.Au service des accouchées, des salles de trois mètres sur trois, sensées accueillir,selon les normes, chacune une femme, en comptent cinq et parfois six. Deux femmes, l'une affalée, l'autre recroquevillée sur ce qui ressemble àdes matelas, regardent avec envie les deux lits où se supportent tête bêche denouvelles mamans qui ont eu la chance d'être à la clinique avant les autres.L'une d'elle ne semblait pas se plaindre de sa situation, elle était touteheureuse de savoir que son bébé né en ce premier mai se porte bien à lanurserie et qu'elle allait sortir dans la journée. Couchée sur des drapspropres qu'elle avait pris soin de ramener, une bouteille d'eau minérale poséesur le sol près de son matelas d'une voix presque inaudible dira « El-Hamadoulilah « quand nous lui demandions si elle avait été bien prise en charge. Ellevenait de la wilaya de Oum El-Bouaghi, elle devait être césarisée maisfinalement elle accoucha par voie basse sans gros problèmes. Le professeurSellahi nous dira que vu le surnombre, des femmes ayant accouché sont parfoisdéclarées sortantes après à peine trois heures de temps pour libérer desplaces. «Si les choses allaient autrement, une accouchée n'est libérée quetrois jours plus tard». Ceci pour attirer notre attention sur le danger quepeuvent courir des femmes qui rentrent chez elles le même jour de leuraccouchement en parlant d'éventuelles complications. Au service GHR (grossesseà hauts risques) les choses ne sont guère mieux. Un hall qui servait de salled'attente a été transformé en salle d'accueil de patientes. En effet, onpouvait constater la présence de trois lits où se trouvaient des femmes quiétaient reliées à des bouteilles de sérum. La salle de réanimationpost-opératoire renseignait sur tout sauf sur sa véritable vocation. Laresponsable de la salle nous déclare qu'il s'agit surtout de faire face à unesituation d'urgence. Ici aussi, le hall a perdu sa vocation. Des femmes sontalignées sur des lits attendant comme nous dira l'infirmière «l'évacuation desgaz». La responsable du bloc opératoire nous affirmera que chaque jour quipasse c'est une dizaine de césariennes au bas mot. «L'année passée la maternitéde Sidi Mabrouk a affiché un nombre de femmes césarisées qui avoisine les deuxcents. Cette année, nous sommes déjà à près de cent cinquante» nous dira notreinterlocutrice. Cette dernière avoue qu'avec la charge de travail quotidienneelle est vraiment fatiguée. Elle n'est d'ailleurs pas la seule. Toutes cellesque nous avons interrogées tiennent le même langage. Tous à la maternitédéplorent le fait que rien n'est fait dans les wilayas limitrophes deConstantine. «Tout le monde évacue sur Constantine» dira un médecin. Untechnicien anesthésiste dira, pour sa part, qu'il est pratiquement impossiblede pratiquer la chirurgie à froid. Et de nous expliquer qu'il y a tellement decas d'urgences que les malades programmées pour une opération peuvent attendreplusieurs jours et même carrément être déprogrammées en raison des actesd'urgences. En parlant d'urgence, un traitement de la sorte, la maternité deSidi Mabrouk en a bien besoin pour soulager personnel médical, paramédical etpatientes. Le professeur Sellahi nous dira que la structure d'une capacité de75 lits reçoit 150. C'est tout dire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Salah Boureni
Source : www.lequotidien-oran.com