
« Le théâtre est quasiment inexistant à Sétif. Une ou deux fois par an, nous avons droit à des représentations. C'est vraiment dommage car certaines pièces produites sont magnifiques ». Cette phrase lâchée par un féru du 4e art témoigne du marasme que traverse cette activité artistique dans la capitale de Hauts-Plateaux. Pourtant, la ville a une longue « histoire d'amour » avec le théâtre. D'après Larbi Rabdi, écrivain et chercheur en linguistique, « cet art a tout d'abord commencé lors des mariages. Il y avait toujours une personne qui donnait un spectacle afin de divertir les invités. Il a pris de l'ampleur durant la colonisation et les premières représentations étaient l'?uvre de militants nationalistes au niveau de la place Ain Fouara, qualifiée de « Place théâtrale » à partir de 1880. Des salles étaient également louées pour des représentation théâtrales ». « En consultant la documentation, j'ai découvert que jusqu'à 1937, il n'y avait que des « troupes résidences ». Mais des troupes venaient d'autres wilayas, notamment de Constantine, à l'instar de la première troupe de M. Ferion, qui a donné des représentations à Sétif en 1881 », relève-t-il. Djamel Leghrib,un autre féru du 4e art, a, ainsi, recensé les noms de ces artistes qui ont marqué la scène théâtrale de Sétif, mais qui sont méconnus par les jeunes d'aujourd'hui. « Pourquoi une telle richesse n'est-elle pas conservée ' », s'interroge le chercheur. « Tout cela doit être transcrit afin qu'il ne disparaisse pas », soutient-il. Dans sa recherche chronologique, à partir de 1938, il note qu'il y a eu une troupe appelée Mizkak Ethemmar, ainsi qu'une association à but non lucratif à Beb Beskra. « Cette association aux activités multiples dont le chant, la danse, a été la matrice de l'USMS, appelée auparavant USFMS (franco-musulmane) dont Ferhat Abbas fut président », dit-il. Leghrib cite aussi, dans sa recherche chronologique, la troupe « Essada » qui excellait dans le chant local et les scouts dont Hassen Belkired, un de ses principaux animateurs, était en contact avec Mohamed Bouras, le créateur des SMA. « Hassan Belkired était polyvalent. Il avait le don de composer des chansons tout en excellant dans le théâtre. Il était incarcéré à chacune de ses prestations », poursuit le chercheur. En 1979, on lui comptabilisait 15 ?uvres dont la plus connue est Masayib Eddahr. Selon son épouse, cette pièce théâtrale lui a été inspirée par un fait réel. « Un jour, il avait vu un chien qui s'attaquait à un SDF à cause d'un sac poubelle. Cette image l'a tellement bouleversé qu'il décida d'en faire une pièce ». Autre personnage de l'histoire du théâtre sétifien, Ahmed Ben Maiza. Influencé par Rachid Ksentini, il réalisa trois pièces dont « Les Aventuriers », évoquant les mariages mixtes et leurs répercussions sociales et « Intisar Al Adl », une pièce qui fut la seule à être jouée au TNA en 1955. Les productions typiquement algériennes étaient alors interdites des grandes salles. La plupart de ses représentations avaient pour théâtre le local des scouts. Poursuivant sa « narration », Leghrib nous apprend qu'au début de l'indépendance, c'est le théâtre religieux qui connut ses heures de gloire. Les années 70 verront, quant à elles, l'émergence d'une nouvelle forme de théâtre, notamment après la venue de Kateb Yacine à Sétif. Ce dernier confiera à son ami Omar Chaâlel qu'il fallait exploiter le potentiel que recèle la ville. Les deux hommes créeront un noyau d'artistes qui donnera un nouveau souffle à l'activité théâtrale. C'est à partir du lycée Kerouani que le top sera donné avec deux pièces, « El-Alla » et « El-Alem El Moutasawil. « Des comédies musicales et des pièces « s'empareront » des établissements scolaires, cités universitaires... En 1975, Sétif verra la naissance de l'une de ses plus célèbres troupes, Dersa, appelée ainsi en référence à leur pièce intitulée Dersa qui connut un grand succès. Depuis, le théâtre s'est éteint lentement jusqu'à ne plus exister. Selon Djamel Leghrib, cette situation est due au « playback qui tue l'expression ». Pour l'histoire, il faudrait rendre hommage à ces femmes qui ont aussi marqué le théâtre sétifien. Notamment Fati et Bekkouche Nadia qui ont brisé le tabou en imposant leur présence sur la scène théâtrale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hilda Amira Douaouda
Source : www.horizons-dz.com