Photo : A. Lemili
De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
L'Etat consent de l'argent, parfois beaucoup d'argent qui gagnerait à être autrement et ailleurs affecté, comme au profit de conservatoires des arts, d'instituts de formation, de compagnies théâtrales, etc' qu'à une manifestation artistique sur laquelle il aurait placé ses espoirs et investi ses services à sa concrétisation au profit et du public bien entendu et de l'image du pays si celle-ci (manifestation) est réputée de portée internationale. C'est le cas des institutions culturelles et artistiques que sont les festivals de jazz, aïssaouas et malouf notamment.Quoiqu'ils aient leur public, les deux derniers événements évoqués demeurent toutefois en décalage par rapport à la société constantinoise et plus particulièrement les jeunes. Une population à laquelle, à l'origine, les organisateurs du festival de jazz de Constantine s'étaient alors consacrés, parfois au détriment de leur vie privée et jusqu'à, pour deux d'entre eux, leur santé et intégrité physique, puisque Azziz Djemame, un des pères spirituels de la manifestation, trouvait la mort sur un lit d'hôpital à la suite d'une débauche d'énergie phénoménale qui durait depuis presque cinq ans et dépensée strictement à cet effet. Le directeur artistique de l'association décédait à son tour dans un accident de la circulation alors qu'il se rendait au ministère de la Culture à l'effet justement de plaider le dossier d'institutionnalisation. Histoire d'affect très certainement, les disparitions des deux figures de l'association ont certainement plus pesé dans la décision du département ministériel concerné que par les promesses de bourgeonnement a posteriori de l'événement lui-même.D'ailleurs une telle appréciation s'est tout de suite matérialisée avec le retour d'une certaine forme de dilettantisme une fois le festival institutionnalisé alors que paradoxalement la même manifestation était menée avec le plus grand professionnalisme auparavant. Les membres de l'association Limma auraient-ils fait leur un «repos du guerrier» qu'ils considéraient mérité ' C'est possible et cela pourrait quelque part être légitime mais juste le temps d'une pause. Or, Dimajazz s'est de plus en plus auto-déprécié au lendemain de la deuxième année ayant suivi son institutionnalisation. Le «meilleur» témoignage de sa déconnexion de la scène a consisté d'abord à déplacer l'événement dans une autre salle, certes, plus spacieuse, autorisant par voie de conséquence la maximisation du nombre de spectateurs non pas sur le plan comptable seulement mais pour offrir l'opportunité à ceux qui n'arrivaient pas, pour une raison ou une autre, à en bénéficier d'autant plus que géographiquement Dimajazz sortait dorénavant des frontières de la wilaya. Mais la salle en question était loin de réunir les conditions acoustiques et bien loin de restituer la magie des sons que les artistes s'efforçaient de fournir à un public phénoménalement interactif d'une part et surtout en raison de leur standing. Cela étant, c'est finalement beaucoup plus l'élasticité temporelle de la tenue du festival qui devenait incommodante, non pas pour le public à qui cela importe si peu dans la mesure où, avec la grisaille ambiante tout au long de l'année, une manifestation, plutôt non conventionnelle, permettait d'évacuer une déprime qui, à la limite, menaçait de s'installer... génétiquement. En somme, les organisateurs de Dimajazz, après la béatitude, semblent tomber dans une forme de routine assassine presque prévisible. Le festival de cette année devrait logiquement se tenir au mois de mai. La date précise et n'est-ce pas là, à juste titre, un indicateur des approximations qui le caractérise dorénavant, mais plus précisément cette inconnue permet d'ores et déjà de déduire que le temps des grosses pointures mondiales du jazz a vécu, même si les organisateurs vont s'évertuer à faire des formations invitées, si tant est qu'il s'en trouve, des monuments du genre. Cela étant, nous ne le dirons jamais assez, Dimajazz n'a aucun rejaillissement sur la ville, son commerce et encore moins sur un quotidien qui demeure morose exception faite pour les centaines de fans qui sont enfermés trois heures durant chaque soirée et durant toute une semaine dans une salle où, à part la furia des décibels qui leur permet de se défouler, rares sont les connaisseurs d'un genre à l'histoire universelle incontestable. En conclusion, bien des institutions nationales s'empressent, sans qu'il ne peut en réalité leur faire reproche ou procès d'intention, de statufier certains événements, ce qui est par ailleurs une bonne mesure en soi, mais leur tort réside dans le fait qu'elles ne s'inquiètent plus a posteriori du respect des engagements, voire du cahier des charges ou même des textes réglementaires qui les justifient. Pour l'anecdote, dans l'euphorie du Dimajazz de l'année 2010, le commissaire du festival avait pompeusement annoncé le lancement d'une école de jazz à Constantine avant la fin de l'année. Les musiciens en herbe de Constantine sont toujours en haleine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com