Aussitôt le groupe réuni et la fête à peine commencée, une descente de police allait tout gâcher, replongeant ce beau petit monde dans l'enfer des arrestations.Une quinzaine d'étudiants et un médecin ? qui accompagnait ses deux enfants pour assister à une collation organisée au monument aux morts de Constantine à l'occasion des soutenances de fin de cycle universitaire ? ont été arrêtés et conduits au commissariat de police mardi après-midi. Sur place, les convives de la cérémonie affirment avoir subi des maltraitances de la part de policiers. Yacine Bousboula, Mehdi Bouhali, Nour El-Houda Djeghroud, Nouzha Khlalef, les s?urs Boussayoud Aya et Nourhane, Khadidja Henni, le docteur Redha Ounissi et ses enfants Iness et Zakaria, Nesrine, Raouf, Mohamed et d'autres n'étaient pas prêts à troquer la joie des retrouvailles après une longue absence imposée par la crise sanitaire.
Convives de Nouzha, Khadidja, Sara et Moh qui venaient de soutenir avec brio leur thèse de fin d'études universitaires avaient choisi de fêter l'événement en plein air, au monument aux morts plus précisément, un lieu paradisiaque surplombant la ville de Constantine. Sur la tarte qu'ils avaient commandée, la mention "Promo Hirak" était bien visible. Eux qui étaient unis, une année durant au sein du Hirak où ils s'étaient connus, ne se doutaient pas que leur soirée allait se transformer en cauchemar. Et pour cause, aussitôt le groupe réuni et la fête à peine commencée, une descente de police allait tout gâcher, replongeant ce beau petit monde dans l'enfer des arrestations liées à leur activisme au sein du mouvement populaire du 22 Février 2019. Tout le monde est immédiatement embarqué. Ce sont dix-huit personnes, entassées dans les fourgons de police, qui sont conduites au siège de la sûreté de wilaya avant d'être réparties sur différents commissariats.
La nouvelle de leur arrestation envahit la Toile et provoque une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Leurs amis, proches et citoyens anonymes relayent l'information et restent collés à leur smartphone attendant une providentielle libération. Ils seront libérés l'un après l'autre, très tard dans la nuit, non sans avoir subi les pires intimidations de la part des policiers.
Le Dr Redha Ounissi, arrêté en compagnie de sa fille Iness étudiante et de son fils Zakaria encore lycéen, témoigne quelques instants seulement après sa libération sur son compte Facebook. "Faire la fête et être accusé pour rien, si ce n'est d'avoir participé au Hirak libérateur, est, à mon sens, un abus terrible de cette Algérie nouvelle comme ils disent, car je reste sceptique et incertain quant à des jours meilleurs qui n'ont jamais existé. Existeront-ils un jour ' Je crois que non, car se retrouver au commissariat pour un morceau de gâteau et une limonade est un non-sens. Est-ce cela l'Algérie nouvelle '" Nouzha, l'une des initiatrices de l'événement, raconte sa mésaventure : "Nous sommes arrivés au commissariat central, et là, ils ont commencé par nous séparer en évoquant qu'ils connaissaient la plupart d'entre nous comme étant activistes du Hirak. Ils ont commencé par les s?urs Boussayoud qu'ils ont emmenées dans une autre pièce, nous ne savons ce qu'il s'y passait, mais nous avons entendu les cris de Nourhane. À une amie qui était avec nous, un policier ne manquera pas de lancer : ?Elle a un piercing au nez et elle prétend être étudiante'." Nour El-Houda soutient : "Tout paraissait normal si ce n'est la fouille qui était dégradante. Ils nous ont traitées comme si nous étions des trafiquants de drogue alors que les garçons n'ont pas été fouillés. L'essentiel consistait à nous humilier, alors que ni les circonstances de notre arrestation ni notre apparence ne se prêtaient à un tel soupçon."
M. B., étudiant en master 1 de littérature française, nous révèle : "Ils nous ont emmenés au commissariat central. Yacine Bousboula a été plaqué violemment contre le mur et un policier m'a tordu le doigt lors de mon interpellation. Ils ont commencé par évoquer le fait que nous n'avons pas respecté le confinement alors que les lieux étaient pleins d'autres personnes qui n'ont pas été inquiétées. Je crois que le comportement des policiers du 15e arrondissement était plus ou moins correct comparé à celui du commissariat de l'avenue Aouati-Mostefa où d'autres amis ont été emmenés." Justement Bousboula Yacine, étudiant en 2e année master en droit, y était.
"Ils nous ont séparés. Nous étions une dizaine dans un bureau et des policiers que nous avons l'habitude de voir lors des marches sont arrivés et ont commencé à nous insulter et à nous menacer.
Un policier nous a demandé nos téléphones, il est venu vers moi et m'a demandé de le déverrouiller en m'insultant et en m'assénant des coups, puis il m'a poussé vers le couloir et m'a insulté de nouveau en me frappant et en m'étranglant. J'étais entouré de cinq ou six policiers. J'ai été obligé de déverrouiller mon téléphone. Puis par groupes de quatre, ils nous ont répartis sur différents commissariats. Sans ménagement, j'ai été mis avec trois filles dans un fourgon. En cours de route, le policier assis à l'avant n'a pas cessé d'humilier les filles qui commençaient à paniquer. Au commissariat, le même scénario s'est poursuivi quand ils ont commencé à fouiller une à une les filles."
Kamel Ghimouze
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel GHIMOUZE
Source : www.liberte-algerie.com