De notre correspondant à Constantine
A. Lemili
Evoquer un avenir pour des projets de livres ou romans dans lesquels seraient couplés textes et images, des projets de nature à apporter du neuf à un hypothétique lectorat dans la ville de Constantine serait faire preuve de prétention sinon cultiver vainement un doux rêve. La lecture étant loin d'être le violon d'Ingres sur place en raison notamment des difficultés pour une majeure partie de la population d'accorder une attention et donc encore moins d'y aller de leurs poches rien que pour le fait de lire, alors qu'aujourd'hui existe tous les moyens de le faire autrement et à moindres frais avec bien entendu internet car jusqu'aux espaces publics, comme les bibliothèques communales, l'indigence est quasi générale. Et encore, faudrait-il préciser que les potentiels lecteurs restent, si tant est que les conditions matérielles les y autorisent, les quinquas partiellement, sexagénaires et au-delà ayant lu pour l'ensemble de la descendance.
Mais bien loin de ces considérations et exception faite du choix limité offert par la lecture d'importation, qu'elle soit de loisir, informative, technique ou scientifique, il serait bien prétentieux de laisser croire que le défi consistant à mettre sur le marché un produit digeste et de qualité conforme aux standards mondiaux sur le plan esthétique, celui du contenu. Les deux rares expériences qui ont été faites à Constantine sont celles d'un confrère qui a mis sur le marché deux ouvrages, l'un une sorte d'annuaire de tous les acteurs locaux, voire nationaux, de la musique citadine et l'autre sur la beauté des sites, vues et paysages qu'offrent la ville des ponts. Fortement illustrés et accompagnés d'explications, les deux ouvrages n'ont en réalité rencontré qu'un succès d'estime auprès des Constantinois d'une manière générale. D'autres essais auraient pu être faits lors des manifestations officielles et surtout ponctuelles qu'ont été «Djazaïr, l'année de l'Algérie en France», «Alger, Capitale de la culture arabe», «Tlemcen, Capitale de la culture islamique 2011», mais, par la caporalisation qu'ils inspirent. Autrement dit des obligations qui contraignent d'éventuels créateurs à respecter un cahier des charges qui a plus de raisons d'inhiber leur imagination que de la laisser galoper au gré de leur inspiration au motif que l'Etat est le bailleur de fonds et que ses institutions ne sauraient admettre que les projets financés par ces dernières sortent d'un canevas précis. Ce qui ne serait pas le cas sous d'autres cieux dans la mesure où justement financer des 'uvres mêmes jugées inappropriées par rapport à un évènement précis relève du devoir des instances nationales, en vertu de la liberté d'expression et des libertés individuelles.
A Constantine, ces créateurs existent effectivement, tout aussi désireux de créer non pas pour le plaisir de créer mais ont surtout le souci de donner naissance à un matériau pédagogique, didactique de nature à sortir de la béatitude ambiante, du conformisme suranné, d'un conservatisme de mauvais aloi et surtout d'une censure qui ne dit pas son nom. Le potentiel existe donc et ces créateurs en dormance ont leur prolongement avec et compte tenu des promotions de jeunes artistes l'école des Beaux-arts sortant chaque année et qui viennent malheureusement gonfler le rang des demandeurs d'emploi ou, dans le meilleur des cas, créer leur propre projet personnel dans le cadre aléatoire des dispositions d'insertion professionnelle prévues en ce sens. Des projets qui, souvent, n'ont rien à voir avec leurs aptitudes et surtout des souhaits qui le'resteront sans doute pour bien longtemps encore.
Conclusion : les autorités nationales ne semblent toujours pas avoir compris qu'à l'ère du téléphone portable plus qu'intelligent, de tweeter, facebook relayés en cela par un bouche-à-oreille fabuleux, l'information n'a plus besoin d'être véhiculée selon les modes traditionnels et encore moins arrêtée en cours de route. Leurs tentatives de mettre au pas une effervescence qui leur échappe totalement et surtout qui nargue leur anachronisme ne servent plus à rien. Le plus grand risque demeure le fait de s'obstiner à brider cette réalité.
A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Photo S Zoheir
Source : www.latribune-online.com