Les historiens de Constantine se pencheront probablement un jour sur les bien tristes raccourcis de la représentation de la ville et les mises en scène cycliques qui lui sont dédiées, sans jamais la sauver vraiment de toutes ses fatalités négatives. En attendant, comment donc expliquer cette «panne sèche» qui maintient la capitale de l'Est algérien dans une situation de sous-développement, patiemment réinventée depuis plus d'une vingtaine d'années ? Pour éviter le pire, semble-t-il, c'est précisément toute la géographie de cette «refondation» annoncée de la ville que le wali Abdelmalek Boudiaf a tenté de décliner dans la soirée de ce samedi dernier, sur le plateau de l'émission télévisée «Forum», animée par Soraya Bouamama et qui a planté son chapiteau, exceptionnellement et pour la première fois, hors de la capitale. A l'enseigne d'un «plan présidentiel de modernisation» d'une ville hautement sinistrée, Abdelmalek Boudiaf, entouré notamment d'un «contingent» de membres de l'exécutif de wilaya et d'une petite chambrée d'élus, ne s'est pas privé, on s'en doute, et sous l'oeil grossissant des caméras de l'ENTV, de dresser donc, longuement et pour la bonne cause, le long inventaire des chantiers ouverts, depuis peu, à Constantine : routes, autoroutes, téléphérique, tramway, viaduc, construction de logements, d'hôtels, réhabilitation des réseaux d'assainissement, délocalisation du quartier du Bardo, éradication des bidonvilles... etc. Constantine serait, donc, en pleine mue pour qui ne le saurait pas ! Dans l'idéal et pour faire l'unanimité, la «bataille de la reconstruction» en cours méritait, à l'occasion, de faire l'économie des clichés éculés, assenés en gros plans aux téléspectateurs, et qui, comme chacun sait, n'ont plus aucune réalité pour les Constantinois. De toute évidence, les apparences ne sont jamais vraiment sauves à la télé et le mieux est que le chef de l'exécutif ait tenté de remettre à plat tous les objectifs, avec pour principaux aiguillons les «emails» des citoyens, relayés opportunément par Soraya Bouamama, et les questions «subsidiaires» des journalistes présents sur le plateau. Ainsi, concernant le plan de sauvegarde de la vieille ville, tout le monde sait de toute évidence, que l'ensemble des manoeuvres enclenchées jusque-là sont ramenées à la case départ, même s'ils sont nombreux sur le vieux rocher, aujourd'hui, à penser qu'une alternative apte à sortir le processus de l'impasse est possible. Que la rue Mellah Slimane, au quartier de Souika, ait fait l'objet récemment de quelques menus travaux, que les transactions immobilières et la délivrance de registres de commerce aient été suspendues dans la vieille ville, par arrêté du wali, cela atteste d'une bonne volonté sans plus, la mécanique de réhabilitation étant pour l'instant, de notoriété publique, hors d'usage. Il faut avouer que sur de gros «dossiers», ce type d'émission offre rarement toute la latitude à l'invité de développer un argumentaire fiable, et ce Forum de l'ENTV «délocalisée» à Constantine n'a pas échappé à la règle, et sur des sujets importants, beaucoup de questions sont restées sans réponses. Les informations délivrées par Abdelmalek Boudiaf autour du processus lié à l'éradication des bidonvilles, complètement à l'arrêt ces dernières années, le «flop» retentissant sur le vieux rocher des coopératives immobilières, l'anarchie régnant dans le secteur du transport, le grave déficit en structures d'accueil dans l'hôtellerie et les activités de loisirs, la rareté troublante des investisseurs au niveau de la wilaya... etc., ont été, à la vérité, et pour beaucoup de raisons, trop lapidaires et donc sans pouvoir de «redéfinition» de la vision supposée du wali. Sur ce registre, et s'il y a bien une affaire exemplaire à souligner, ce serait incontestablement celle des glissements de terrain à Constantine qui aurait changé du tout au tout d'approche, selon les déclarations du wali, grâce à «la réfection au pas de charge de 75 kilomètres de canalisations défectueuses du réseau d'assainissement des eaux usées, au coût évalué à 6,1 milliards de dinars» et le chantier n'est pas terminé... «Le phénomène des ruissellements souterrains des eaux ayant été stoppé, dira-t-il, les sols sont désormais devenus stables». Du coup, c'est l'expertise identifiant les sites inconstructibles classifiés par zones, de toutes les aires de la ville sujettes aux glissements de terrain - réalisée ces dernières années par le bureau d'études français Simecsol - qui est donc battue en brèche. Encore heureux, mais ce nouveau diagnostic tient-il la route ailleurs que sur le seul terrain de «l'oukase» administratif ? S'il est vrai que la ville de Constantine n'a jamais connu autant de chantiers ouverts, de nombreux observateurs avertis de la scène locale éprouvent, cependant, quelque peine à croire que l'absence d'un calendrier clair ne soit pas, à l'avenir, aux sources de «couacs» en tous genres. A Constantine, tout le monde a pris date, en tout cas, des rendez-vous annoncés par Abdelmalek Boudiaf et les commentaires sont allés, hier, bon train à propos de la réception du téléphérique à la fin du mois en cours, celle de l'hôtel de la chaîne «Accor» (à peine sorti de terre à l'heure actuelle) en décembre 2008, la délocalisation imminente de la 2ème tranche des habitants du Bardo, au versement annoncé de 140 milliards de centimes à titre du dédommagement de ses résidents expropriés... En attendant que les horizons se dégagent dans le ciel de la place Krikri, du tramway, du viaduc, Constantine demeure une ville «sous couvre-feu» et qui ferme boutique, contre toute réglementation en la matière, à 18 heures, et où l'érection d'un parking a mis 20 ans pour se dessiner, les artères de la ville livrées aux poids lourds, le centre-ville encerclé d'étables grandeur nature et où l'abattage clandestin s'en donne à coeur joie... etc. Le wali, au Forum de l'ENTV qui s'est invitée ce samedi dernier sur le vieux rocher, s'est voulu, surtout, un inspirateur pour qui la volonté de faire l'emporte forcément sur les immobilismes endémiques de Constantine.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Benmohamed
Source : www.lequotidien-oran.com