Photo : A. Lemili
De notre correspondant à Constantine
A.Lemili
Le mois de carême s'avère chaque fois propice à la multiplication des petits boulots sur l'ensemble du territoire, aucune région du pays n'y déroge en réalité même si d'aucuns parmi les habitants d'une région donnée considèrent arbitrairement que la leur a pour particularité de déparer. Ce qui est forcément inexact. Sur l'ensemble des douze communes composant la wilaya de Constantine s'il y a une activité qui a perdu de son intensité c'est le commerce de la zlabia. Ce qui, somme toute, n'est pas étonnant dans la mesure où à une certaine période la wilaya en est arrivée à avoir plus de zlabdjis que tout autre commerce. Une situation qui a inévitablement conduit à une inflation d'acheteurs, l'offre dépassant la demande d'où la déconcentration de la clientèle.Il faudrait toutefois rappeler que la multiplication des zlabdjis s'est opérée dès lors que ladite sucrerie s'est diversifiée et dans la forme et dans le goût, en ce sens qu'à Constantine, certains commerçants ponctuels ont happé au vol la réputation connue des réputés spécialistes de cette pâtisserie traditionnelle notamment à hauteur de la daïra d'Oued-Zenati (Guelma). Ce qui aura pour conséquence immédiate la contractualisation d'une relation commerciale en ce sens. L'option étant effectivement porteuse contraindra littéralement les zlabdjis traditionnels, en général ces Tunisiens établis depuis des décennies dans la région, à fermer boutique durant le Ramadhan et mettre à profit cette mauvaise passe commerciale pour rejoindre leurs familles.Flairant l'aubaine nombreux sont les Constantinois dés'uvrés et parfois des salariés, qui se mettent en congé durant le mois de Ramadhan, investissent rues, placettes, boutiques sommaires innovant en matière de produits consommables à proposer dans ce qui pourrait être apparenté à de la restauration rapide plutôt sujette à caution sur bien des plans : briks, qalb elouz, beignets et autres sandwichs innommables en raison des ingrédients qui en font le contenu. Dès lors, tout était possible à écouler d'autant plus que même les commerces officiels comme les boulangeries en ce qui les concerne se lanceront dans la fabrication du pain maison déclenchant de fait par onde de choc la réaction de femmes au foyer soucieuses de contribuer à l'effort financier qui permettrait d'équilibrer le budget mensuel du ménage. Elles feront de la galette, la katfa, transformeront en petit-lait du lait en sachet dont l'avantage est de multiplier par trois le prix initial et pour celles qui habitent dans les cités périphériques de faire, une fois encore mais d'une manière ponctuelle de l'apiculture, aménageant quatre ou cinq sommaires ruches et juste de quoi obtenir un litre de miel, de qualité discutable, mais au rapport conséquent, une fois sur le marché, qu'il soit officiel ou informel, parce que vendu au prix du nec plus ultra.Le Ramadhan de cette année est tellement exceptionnel que le prix d'un produit resté immuable depuis plus d'une décennie a fait un bond qui, du coup, en fait le meilleur indicateur de la réalité de l'inflation. Il s'agit du persil et de la coriandre dont les trois ou quatre brins sont passés de 10 à 20 dinars. Les jeûneurs flashent plutôt sur ces petites choses lesquelles, parce que ventre affamé n'a point d'oreilles les fait voir tout autrement, que sur des fruits comme les pommes, poires et figues inaccessibles, a contrario des pastèque, melons et figues de barbarie qui font l'objet d'une consommation effrénée, la canicule aidant, comme d'ailleurs les boissons gazeuses, jus et sirops.En certains endroits, les étals sont alignés dans un véritable désordre qui donne l'impression d'être plutôt une chorégraphie au vu de leur disposition. En effet, ils semblent constituer dans les méandres, qu'il faut suivre, une espèce de parcours délibérément établi en ce sens qu'il conduit inéluctablement le client potentiel qu'est le jeûneur à marquer une halte au niveau de chacun d'eux et à subir ou la vision des produits exposés ou bien le boniment du vendeur jusqu'à être initialement tenté pour finalement acheter.Dans les souks et marchés informels, un désordre presque chorégraphié Les senteurs, arômes, couleurs et sons contribuent énormément à provoquer l'acte d'achat. Les Constantinois, dont l'appétence est passée de la bonne chair à la «bouffe» tout court est notoire , sont très vite alpagués pour peu que leurs narines soient chatouillées par une odeur de friture anodine, voire répulsive en temps ordinaire, les effluves dégagés par un préparation outrageusement arrosée d'une eau de fleur d'oranger ou de rose, des olives vertes à la peau ferme et/ou noires lustrées d'huile, la blancheur «exceptionnelle» du petit-lait dans une bouteille en plastique à l'origine douteuse, des bris de halva turque que triturent des mains à l'hygiène très suspecte, de la viande hachée, décongelée et souvent recongelée si l'écoulement n'est pas fluide et donc allègrement resservie ultérieurement.Si la zlabia n'est plus un objet de fixation même si autour d'échoppes improvisées, compte tenu d'un très sommaire équipement, ne consistant qu'en une, deux ou trois longues tables, c'est selon l'espace, des gâteaux de miel, des égouttoirs, et évidemment des poêles géantes, nombreux sont encore ceux qui s'agglutinent autour de ces étals improvisés à partir des deux dernières heures, avant l'appel du muezzin, et parmi lesquels des futés passent commande pour aller continuer leur quête en d'autres antres des «délices».C'est sans nul doute le qalb elouz qui est devenu la star obligatoirement présente sur le plateau d'après-repas, celui qui donne l'impression de la seule et vraie détente, presque le nirvana. Qalb elouz, il s'en vend en fonction de la bourse de chacun. La «souaki» pour le pauvre, ce n'est pas grand chose, rien d'autre que de la semoule gorgée d'eau sucrée accompagnée d'un zeste d'arôme, une amande au centre. La variante est pratiquement la même avec cette seule nuance qu'il s'y trouve de fines tranches de citron dont il est à se demander à quoi elles servent en réalité, à part le fait qu'elles tiennent lieu de leurre aux yeux de l'acheteur et y parviennent d'ailleurs, compte tenu du brouillage effectif de la vision de ce dernier. Enfin il y a celle dont le propriétaire des lieux dit qu'elle est conçue avec des amandes, arrosée de miel véritable et surtout faite à l'Algéroise, car il ne faut pas oublier que qalb elouz reste une spécialité algéroise aux yeux des gens de l'Est. Dans d'autres cas, le vendeur dira qu'elle est inspirée de la pâtisserie orientale, typique.Quoi,qu'il en soit, dans
l'ensemble des artères des douze communes, où que l'on puisse se trouver les scènes sont les mêmes à quelques minutes de la rupture du jeûne : un carrousel de personnes, les deux bras lestés d'un nombre impressionnant de sacs en plastique, toile, ou papier kraft, parfois en recourant à une formidable gymnastique pour ne pas dire à l'art du funambule pour entretenir les équilibres et s'assurer de rejoindre le domicile aussi entier que le butin de ce qui ressemble à une razzia.Et ce n'est qu'une fois la journée passée, le ventre rempli, repu que tout un chacun fait le constat de la démesure dont il a été le maître d''uvre. Aucune résolution prise dans le plus grand des moments de lucidité ne l'empêchera de recommencer le lendemain.C'est dans tout cet univers que pèsent les pouvoirs publics et les instruments censés réglementer et réguler le quotidien d'habitants dont le cours de la vie est, qu'on le veuille ou non, perturbé. Nous nous sommes adressés aux services de la Direction du commerce et contrôle des prix dont l'un des responsables schématisera rapidement - la situation : «C'est le rôle d'une autre institution dans la mesure où nous n'intervenons que dans des espaces réglementés. Or, il s'agit là d'un commerce informel qui doit être réglé par ladite institution.» Autrement dit la police de la voie publique, tant il est vrai qu'il paraît pour le moins incongru que les services de la DCP, contrôlant les prix ou la qualité, se mettent à sanctionner des commerçants qui en réalité n'existent pas. Même sur le plan juridique cela prêterait à rire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A L
Source : www.latribune-online.com