Constantine - A la une

Pédophilie assassine, un tabou algérien '



Pédophilie assassine, un tabou algérien '
C'est la psychose ! Les rumeurs les plus folles ont courues, une semaine durant. En campagne comme en ville, on ne parle que de rapts d'enfants scolarisés. L'intox a atteint son paroxysme. Rien que dans la wilaya de Béjaïa, la vox populi a évoqué, au moins, quatre tentatives d'enlèvement déjouées. On soutient que des criminels, à bord de fourgons commerciaux, sillonneraient toutes les contrées, et le moindre relâchement peut s'avérer dramatique. Les parents affolés sont aux aguets. Certains se sont même arrangés pour se mettre en congé maladie afin d'accompagner, eux-mêmes, leurs rejetons à l'école, le temps que les choses s'éclaircissent. D'autres chargent des proches pour s'acquitter de cette corvée à leur place. Dans les villages, tout le monde est sur le qui-vive. Les véhicules étrangers à la région sont potentiellement suspectés. Les enfants, en groupes compacts, ont partout des visages crispés et apeurés. Visiblement, on les a tous sermonnés ; pas question de se déplacer seul, interdit de parler à un inconnu, être constamment prêt pour se sauver ou appeler aux secours. Des consignes martiales, données sur un ton ferme, pour produire un maximum d'effet. Le pays profond renoue subitement avec l'extrême vigilance de la décennie 1990. Suite au viol et à l'assassinat de deux enfants à Constantine, l'ensemble de l'Est algérien est en alerte maximale. Les mauvaises nouvelles rapportées par les journaux portant sur des enlèvements similaires à Tlemcen, Laghouat et ailleurs rajoutent encore une couche à l'hystérie générale. Les précédents déjà enregistrés dans l'Algérois sont également convoqués pour justifier l'imminence de la menace. Les discussions, passionnément animées, invoquent une multitude de mobiles. Les uns parlent de réseaux sanguinaires de trafic d'organes impliquant, en droite ligne, le corps médical. D'autres, avec force détails, mettent en garde contre des pédophiles invétérés, près à tout pour satisfaire leurs bas instincts. Il se trouve aussi des «analystes» qui soutiennent la piste de groupuscules organisés qui veulent semer la pagaille dans le pays. Cependant, cette piste de la provocation pour créer des troubles ne semble pas convaincre grand monde. Faute d'une information efficiente, les citoyens, désemparés, tentent de se faire une lecture plausible des faits afin de s'en prémunir. Encore une fois, les ratés manifestes de la communication institutionnelle ont été pour beaucoup dans l'entretien de ce climat de suspicion et d'effroi. L'appel de certaines personnalités à la réactivation exceptionnelle de la peine de mort, loin de rassurer les gens, a indirectement accentué la gravité de la situation. A Constantine, les autorités compétentes n'ont même pas osé dire clairement que le crime a été l''uvre de deux pédophiles. Est-il tabou de parler de pédophilie ' Il est vrai que ce fléau social est contraire à nos valeurs et, surtout, à notre religion. C'est une raison de plus pour le désigner clairement du doigt. Cette pédophilie assassine existe aussi dans tous les pays du monde. Des crimes identiques sont régulièrement commis en France, en Belgique, au Etats-Unis, en Russie et dans beaucoup de pays musulmans sans susciter autant de gêne et d'embarras parmi les autorités judiciaires. Il s'agit d'un problème de santé publique qui, en Californie, a débouché depuis longtemps sur la castration chimique 'traitement médical inhibiteur de la libido- des pédophiles récidivistes. Le même remède est adopté, depuis deux ans, en Russie. En France, en plus du traitement médical, ces déséquilibrés sexuels sont automatiquement mis sous surveillance électronique et la police est au courant de tous leurs déplacements. Dans certains pays, où la répression est encore plus sévère, on recourt carrément à la castration chirurgicale irréversible. En parlant à demi-mot aux citoyens, les responsables concernés participent - inconsciemment, peut-être à l'entretien de cette méfiance et au conditionnement des esprits. Pas seulement dans cette affaire, mais dans toutes les autres aussi. Les lois, qui défendent la transparence et le droit du citoyen à une information complète sont nombreuses. Mais dans la pratique de tous les jours, la bureaucratie fait tout de travers. En chaque chose, une bonne communication est déjà un début de solution. Chaque responsable sérieux doit en prendre conscience.
K. A.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)