Gérant de la galerie d'art du «cercle Frantz Fanon», peintre spécialiste en calligraphie, mais aussi musicien saxophoniste, Omar Khiter est un artiste aux multiples talents. Sous le thème «Haraka wa'Hourouf», il expose aujourd'hui ses ?uvres à la galerie Ezzou'Art, et ce, jusqu'au 13 novembre. Dans cet entretien, il revient sur son parcours «multi» professionnel, son talent, mais aussi sur son amour pour la peinture pour laquelle il y consacre la majorité de son temps.
Qui est Omar Khiter '
Je suis né le 28 décembre 1968 à Mascara. Je suis un artiste-peintre et musicien. Depuis ma tendre enfance, j'ai toujours aimé l'art. Vers 5 ou 6 ans, j'étais déjà un enfant très turbulent. Me voyant ainsi, ma mère m'a envoyé consulter un psychologue afin d'essayer de cerner mon caractère. Le médecin en charge a conseillé de mettre au dessin. En lui rapportant les nombreux travaux exécutés, la psychologue était subjuguée. «Cet enfant a la fibre artistique, il faut l'encourager vers ça. Je pense que c'est un futur artiste, car il est très doué», ce sont les propos du médecin.
Par la suite, ma mère n'a jamais cessé de m'encourager, et ce, en me fournissant tout le matériel nécessaire. Mais, c'est à mon adolescence que mon intérêt pour l'art s'est amplifié. De plus en plus, je cherchais à aller à des expositions et cela me donnait plus l'envie de dessiner. D'ailleurs, je me rappelle de ma première exposition en solo en 1991 dans une galerie d'art à Constantine.
C'était magique, et c'est ce jour-là que j'ai eu le déclic pour l'art. Je n'ai certes pas été diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts. Toutefois, j'ai postulé pour le concours en 1985, et j'ai même été parmi les quatre premiers. Le concours était pour moi une façon de connaître mon niveau, rien de plus. En parallèle, je travaillais en tant que conducteur de train, car j'avais suivi cette formation. Je jonglais entre mon travail au chemin de fer et les cours aux Beaux-Arts ; cependant, avec l'influence de la famille, j'ai laissé tomber ma passion pour me consacrer à mon travail.
Justement, quelques mots sur votre parcours «multi» professionnel?
Il faut savoir que j'ai à mon actif 16 ans de service non seulement en tant que conducteur de train, mais encore en tant que sédentaire où je réparais les signaux de la ligne de chemin de fer. Ce travail m'a pris beaucoup de mon temps, il y avait un délaissement de ma famille et je n'étais pas assez présent pour mes trois filles. C'est pourquoi j'ai donné ma démission. Commerçant pendant quelque temps, je suis devenu instituteur dans la formation professionnelle, puis comme professeurs de dessin et calligraphie dans des écoles privées.
Ce n'est pas tout, je suis aussi décorateur de plateaux de télévision en freelance. Ces quatre dernières années, je suis devenu galeriste, et d'ailleurs c'était complètement par hasard. D'abord à la galerie d'art Asselah Hocine, de l'établissement Arts et Culture de la wilaya d'Alger pendant une année et demie. Puis, à présent, au cercle Frantz Fanon. Mais avec toutes ces activités, le dessin est ma priorité. Je peins presque tous les jours pour ne pas dire tous les jours, j'ai même toujours mon matériel à portée de main.
Pourquoi avoir choisi d'exposer dans cette galerie au lieu de celle de Riad El Feth où vous êtes galeriste '
Le choix de l'exposition est une question de pratique. La galerie Ezzou'Art et le centre de loisir de Bab Ezzour sont deux endroits très fréquentés et jouissent notamment d'une très bonne notoriété. De plus, il y a plus de visibilité. Notons que ce n'est pas ma première exposition dans cette galerie. Cela m'a encouragé et c'est peut-être aussi l'une des raisons pour laquelle je suis revenu. Or, j'ai attendu deux ans afin de pouvoir trouver un créneau. Amel Benmohamed, la galeriste d'Ezzou' Art, m'a contacté avec une date disponible, et j'ai répondu tout de suite présent.
Pourriez-vous nous parler de votre présente exposition à la galerie Ezzou'Art '
Il y a 38 ?uvres exposées entre peintures, aquarelles et encre sur papier dont un tableau en acrylique sur toile. Les tableaux sont de dimensions et de techniques différentes. Celle que j'ai utilisée, c'est la technique mixte de l'aquarelle et de l'encre majoritairement. L'exposition parle de la lettre arabe, de la calligraphie arabe dans un contexte abstrait moderne, mais aussi contemporain. Ce qui essentiel dans mes tableaux, ce sont les lettres en abstrait qui remplissent l'espace de l'?uvre, mais aussi il y a des textes tirés de poésies, de dictons, et même des extraits du Coran, mais la majorité ont trait à la poésie. D'ailleurs, le choix du titre est en rapport avec ce que je fais, car j'utilise beaucoup plus le mouvement de la calligraphie arabe que la calligraphie elle-même. Quand je prends la lettre arabe, on peut remarquer qu'elle a un mouvement exceptionnel doté d'une grande maniabilité, contrairement aux lettres latines qui sont beaucoup plus rigides.
Votre thème principal tourne autour de la calligraphie ; avez-vous suivi une formation en ce sens '
Je suis autodidacte, je n'ai suivi ni formation ni eu un professeur bien déterminé. Cela dit, il y avait quelqu'un qui m'a initié un peu, et c'est Amrani Mohamed, un calligraphe de Constantine. Avec de la recherche et beaucoup de documentation, j'ai appris les caractères essentiels, entre autres les styles de calligraphies : koufi, farissi, diwani, raki? Pour ma part, j'utilise beaucoup plus la calligraphie maghrébine.
Pourquoi avoir choisi la calligraphie '
Vers la fin des années 1990 à 2000, j'ai commencé à m'intéresser à ce type d'art. Puis, un jour, je me suis rendu compte que je devais m'identifier à quelque chose de précis. Car, arrivé à une certaine maturité dans les arts plastiques, il faut se trouver une identité. Mais avant tout, je devais m'affirmer en tant que Maghrébin, qu'algériens en tant qu'arabe et musulman.
Pour cela, j'ai choisi la lettre arabe, mais aussi le Tifinagh, car on ne peut dissocier les deux. J'utilise les deux caractères en juxtaposé, mais beaucoup plus la calligraphie arabe. J'essaye donc de fusionner mon identité avec la modernité. Mon secret, c'est la fusion de l'antique dans une composition moderne. Une énigme qui m'a laissé m'engager vers ce style-là.
Des détails sur votre technique artistique '
Au préalable, je dois faire la conception avec des lettres abstraites et je laisse un espace pour mettre ma poésie. Il y a toujours aussi le point, un élément essentiel de mes ?uvres qui est utilisé comme unité de mesure de la calligraphie. C'est justement à partir du point que je mesure la longueur, la largeur, la hauteur et l'épaisseur de la lettre. Une unité de mesure que je mets en évidence dans mon ?uvre. De plus, la poésie prend un espace important, elle est ma source d'inspiration. Je préfère le faire dans de l'aquarelle et sur du papier, car il a un rendu que j'aime beaucoup. Je représente le côté esthétique et le côté thématique. Certaines de mes ?uvres ne sont pas élaborées selon une idée en particulier, mais sont dessinées dans de l'abstrait dans un moment d'évasion, un moment pour moi. C'est juste un état d'âme que je veux transmettre. Si ce n'est pas un message bien déterminé, c'est un message esthétique.
Vous parlez de messages ; des explications sur certaines de vos ?uvres '
Un de mes tableaux parle d'une culture arabo-berbère qui enveloppe notre double identité. Le message dit que nous sommes là, nous vivons tous ensemble sous le même drapeau. Un autre où j'ai représenté le pont de Constantine, car à l'époque elle est était la capitale de la culture arabe. On peut voir le cours d'eau du Rhumel qui ramène avec lui des lettres arabes en abstrait sous un pont représentant les signes berbères qui traversent aussi le pont. Un signe de fraternité accompagnant une poésie. De plus, dans un autre tableau, je parle du secret de la réussite, toujours dans le cadre de l'abstrait avec un message clair sous forme de poèsie.
Propos recueillis par Amina Semmar
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amina Semmar
Source : www.elwatan.com