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Nouvelle approche de la Banque d'Algérie



Nouvelle approche de la Banque d'Algérie
Par Farouk NemouchiMaître de conférences, Ecole supérieure de comptabilité et de finance, ConstantineLa Banque d'Algérie a adopté un règlement relatif au marché interbancaire des changes et aux instruments de couverture du risque de change. Attendues depuis longtemps, les nouvelles dispositions donnent la possibilité aux entreprises et aux banques de faire face aux fluctuations du dinar vis-à-vis des devises étrangères. Ce règlement est d'une extrême importance car il constitue une innovation financière majeure qui consacre l'insertion active des établissements financiers algériens dans la finance internationale et appelle par conséquent à de nouvelles pratiques bancaires.C'est une étape importante dans la création d'un véritable marché des changes et une avancée vers la libéralisation du système financier algérien. Pour les entreprises, l'introduction de ces nouveaux mécanismes de marché sont susceptibles d'améliorer le climat des affaires et accroître la compétitivité économique. L'objet de cette contribution est d'apporter un éclairage sur ces nouvelles mesures pour les rendre plus compréhensibles auprès des opérateurs économiques, même si la tâche n'est pas aisée en raison de la complexité technique du sujet.La politique de change est un axe fondamental de la politique économique dans un pays, car elle concourt à la réalisation de la stabilité des prix intérieurs et du taux de change de la monnaie nationale vis-à-vis des monnaies étrangères.L'une des missions essentielles de La Banque d'Algérie inscrite dans l'ordonnance relative à la monnaie et au crédit (Art 35) est la création et le maintien dans les domaines de la monnaie, du crédit et des changes, les conditions les plus favorables à un développement rapide de l'économie, tout en veillant à la stabilité interne et externe de la monnaie. Les variations de taux de change dans le temps sont déterminées par le système monétaire choisi par chaque pays. Selon la classification du FMI, il existe 8 régimes de change mais il est possible de les classer en trois grandes catégories : les régimes de change fixe, les régimes flottants ou variables et les régimes intermédiaires.Dans un régime de change fixe, le taux de change de la monnaie d'un pays est défini par une valeur fixe vis-à-vis des monnaies étrangères. L'avantage majeur de ce système est qu'il élimine toute exposition au risque de change et offre par conséquent une plus grande visibilité économique. Lorsqu'un déséquilibre se produit sur le marché de change pouvant entraîner une baisse du cours du dinar, la Banque centrale intervient pour garantir la parité de change en utilisant ses réserves de change.Si la baisse s'installe dans la durée, il existe un risque de diminution drastique des réserves de change et dans ce cas, le gouvernement modifie la parité de la monnaie nationale vis-vis des devises en recourant à la dévaluation. En prenant la décision de dévaluer, le gouvernement engage directement sa responsabilité et prend le risque de s'exposer au mécontentement populaire. L'Algérie a connu un régime de change quasiment fixe jusqu'à la fin de la décennie 80' dans la mesure où la valeur externe de la monnaie nationale était déterminée sur la base d'un panier comprenant les monnaies de ses principaux partenaires commerciaux. Le système de taux de change fixe déterminé indépendamment des fondamentaux de l'économie nationale est à l'origine d'une surévaluation de la monnaie nationale qui a contribué à la formation du marché informel des devises. La crise intervenue à partir de 1986 a entraîné son abandon au profit d'un système de change plus flexible.Dans ce type de régime, le taux de change varie en fonction de l'offre et de la demande. Lorsqu'un déséquilibre est constaté, la Banque centrale n'est pas astreinte de soutenir ce taux en utilisant ses avoirs en devises. C'est le marché qui détermine le taux de change du dinar et de ce fait il peut varier à tout moment. En cas de baisse, on parle de dépréciation et son augmentation exprime une appréciation. L'avantage d'un tel système réside dans la préservation des réserves de change dans la mesure où la Banque centrale confie au marché le soin d'opérer les ajustements nécessaires. Son inconvénient est l'exposition au risque de change qui représente une source d'incertitude pour les agents économiques.L'Algérie a opté pour un régime de change intermédiaire, ni fixe ni flottement pur. C'est un système de flottement dirigé sans annonce préalable de la trajectoire du taux de change. Cela signifie que la Banque d'Algérie laisse le marché jouer un rôle limité et peut intervenir en usant d'un pouvoir discrétionnaire pour orienter la valeur externe du dinar soit dans le sens d'une appréciation, soit dans le sens d'une dépréciation en fonction des objectifs de la politique monétaire et de l'évolution de la conjoncture économique. Les ajustements de la valeur externe de la monnaie nationale ne relèvent plus de la responsabilité directe du gouvernement et sont confiés à l'autorité monétaire. Depuis l'entrée en vigueur du nouveau système de change en 1995, les entreprises algériennes sont confrontées à un risque de change de transaction qui se manifeste lors des échanges commerciaux faisant intervenir des règlements ou des encaissements en devises. Si le jour de règlement de la transaction le dinar s'apprécie, le montant payé effectivement par l'importateur diminue alors que la somme encaissée par l'exportateur augmente. En cas de dépréciation, c'est l'inverse qui se produit. La cascade de dévaluations et de dépréciations intervenue depuis la fin des années 80' a entraîné la faillite de nombreuses entreprises. Face à ces incertitudes, il est devenu urgent de permettre aux entités économiques et financières de gérer l'impact des fluctuations du dinar.Le traitement du risque de change est un processus qui comprend quatre phases : identification ; mesure ; gestion ; prévision. En considérant uniquement la phase gestion, les nouvelles dispositions de la Banque centrale donnent l'opportunité aux opérateurs économiques, exportateurs et importateurs, de faire appel à des techniques de couverture et d'avoir par conséquent une plus grande visibilité et une meilleure réactivité. Elles ont la possibilité de mettre en ?uvre 3 familles de techniques de couverture : les techniques internes qui relèvent des choix propres à l'entreprise (monnaie de facturation, termaillage, compensation, etc.) et les techniques externes qui font intervenir des organismes d'assurance et le système bancaire. Il appartient aux responsables financiers de définir une stratégie de gestion de change et déterminer les techniques de protection les plus appropriées. Cette contribution aborde uniquement les techniques externes auxquelles fait référence le règlement de la banque d'Algérie et dont la mise en ?uvre passe par le canal bancaire. Les principaux instruments de couverture proposés par la Banque d'Algérie sont :- La couverture sur les marchés des changes au comptant ou marché spot : l'importateur désireux de se prémunir contre les variations de change conclut un contrat avec son banquier en achetant les devises correspondant au montant du règlement qui doit intervenir à une date ultérieure. Le cours retenu est celui affiché le jour de la conclusion du contrat. La banque est tenue de livrer à l'importateur les devises dans un délai maximum de 48 heures en date de valeur. En attendant la date prévue pour le règlement, cette somme peut faire l'objet d'un placement rémunéré selon les conditions de la banque. Il en est de même pour l'exportateur qui peut annuler son exposition au risque de change en fixant de façon définitive le montant de sa créance en devises en cédant à la banque dès aujourd'hui le montant de sa future recette. Le marché de change au comptant offre l'avantage de neutraliser les variations de cours, quelles que soient leur évolution ultérieure. Cependant, le recours à ce type d'opération rend caduc le crédit consenti par le fournisseur et entraîne une immobilisation de trésorerie de l'entreprise qui peut gêner le financement de l'activité d'exploitation. Cela est vrai également pour l'exportateur qui se prive de moyens de trésorerie jusqu'à la date d'encaissement.La couverture sur les marchés des changes à terme (forward)L'objectif principal de cette technique largement répandue dans de nombreux pays demeure la couverture des transactions commerciales contre le risque de change. Sur le marché à terme, les engagements d'achat et de vente de devises s'effectuent à un cours (taux de change à terme) déterminé dès la conclusion d'un contrat ferme et définitif et les devises achetées (importateur) ou vendues (exportateurs) et leurs contreparties en dinars sont livrables à l'échéance. A la différence du marché au comptant, la couverture sur le marché à terme n'entraîne aucune immobilisation de trésorerie puisque la remise de dinars contre devises s'effectue à l'échéance et assure ainsi le bénéfice du crédit fournisseur. Le taux de change à terme étant préalablement fixé, les entreprises sont en mesure de déterminer à l'avance les prix des produits. Les marchés d'options de devisesUne option de change représente le droit mais non une obligation d'acheter (option call) ou le droit de vendre (option put) contre dinar un montant défini de devises dans le futur à un prix fixé dès l'origine appelé prix d'exercice. L'option est dite «européenne» car elle ne peut être exercée qu'à l'échéance alors que celle dite américaine peut s'exercer à tout moment durant sa période d'existence. L'avantage d'une option devise sur une couverture par une opération de change à terme garantit à son acheteur ou son vendeur un cours établi au début de l'échéance tout en pouvant profiter de l'évolution future des cours. Si à la fin de la période d'existence de l'option le cours du jour du dinar contre une devise donnée est plus favorable, l'importateur ou l'exportateur abandonne l'option et achète ou vend les devises au cours du jour. Dans le cas contraire, il demande l'exécution de l'option. L'achat d'une option donne lieu au paiement d'une prime payée à l'avance même dans le cas où elle n'est pas exécutée et le vendeur s'engage à satisfaire l'acheteur au cas où il exerce son droit. La valeur de la prime est exprimée en pourcentage du prix d'exercice.En autorisant l'usage de la couverture sur les différents marchés de change, la Banque d'Algérie permet aux banques de détenir des ressources en devises et de constituer des positions de change (art. 9). Elles sont amenées à effectuer des prêts et des emprunts sur les marchés de devises et le marché monétaire soit pour fixer les cours à terme à leurs clients ou réaliser des gains à travers des opérations d'arbitrage tel que l'arbitrage sous taux d'intérêt couvert. Ces pratiques représentent des innovations financières qui vont sensiblement modifier l'activité des banques, notamment à l'international. Elles vont devoir créer des salles de marché et former le personnel chargé de leur animation dans des métiers jusque-là inconnus en Algérie. C'est le cas notamment du métier de trader qui exige des compétences de haut niveau.Les responsables financiers et les gestionnaires de trésorerie des entreprises sont appelés à maîtriser les techniques de la gestion financière internationale afin qu'elles puissent mettre en place une politique de gestion du risque de change et communiquer efficacement avec le banquier. Pour assurer le succès de cette importante réforme, il appartient au préalable à la Banque d'Algérie de médiatiser sa portée et son contenu en menant un travail de sensibilisation et d'explication en direction des banques mais aussi des entreprises. Il faut espérer que les modalités d'application de ce règlement soient précisées dans des délais raisonnables, car les entreprises nationales et l'économie du pays ont longtemps souffert des mouvements erratiques et imprévisibles de la valeur du dinar vis-à-vis des monnaies étrangères.
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