
Dans cette interview, Belkacem Boukhrouf estime que le gouvernement n'a pas osé prendre des mesures économiques défendables et socialement impopulaires parce que «2017 est une année électorale».«Etabli sur la base d'un baril de pétrole à 50 dollars, le projet de budget pour 2017 affiche un montant de 5635,5 milliards de dinars de recettes, en hausse de près de 13% par rapport à l'exercice 2016. La fiscalité ordinaire rapportera, selon le gouvernement, 2845,4 milliards de dinars, en progression de 3,5%, alors que les revenus de la fiscalité pétrolière sont projetés à 2200 milliards.» Ces chiffres sont-ils réalistes, compte tenu de la situation actuelle de l'économie du pays'Rien n'est sûr dans une conjoncture aussi volatile et dans une économie où les dispositifs qui encadrent la fiscalité ordinaire ne sont pas tout à fait huilés. Il faut probablement compter sur des résistances, des tâtonnements et des soubresauts populaires et institutionnels qui rendraient difficile la mise en oeuvre de cette culture fiscale. Encore, ce qu'il faut voir de près, c'est le déficit structurel qui mine les équilibres budgétaires du pays. Ceci pour une seule raison: nos dépenses sont sûres et évolutives, nos recettes sont incertaines et prennent une tendance baissière.Le gouvernement avance sur un terrain mouvant donc'Oui, et aux risques et périls de l'économie nationale. Sans stratégie et sans vision, il ne fera qu'aggraver la situation. L'agitation diplomatique sans précédent, du côté algérien, lors de la dernière réunion informelle de l'Opep en vue d'aboutir à un hypothétique compromis autour du gel ou de la baisse de la production, est révélateur de la dépendance culturelle au pétrole dans laquelle se sont imprégnés nos dirigeants. Ils n'arrivent plus à comprendre que le problème n'est pas la masse à dépenser, mais la manière avec laquelle on la dépense. Le gouvernement est irrationnel en matière de dépenses. Comme s'il était difficile de comprendre que, quand on est face à un déficit, la règle de base consiste à réduire les dépenses et augmenter les ressources. Et en la matière, il est plus urgent de limiter les dépenses que de chercher à mettre la pression sur les ménages pour renflouer les caisses. D'autant plus que pour endiguer les dépenses, des solutions immédiates existent.Au moment où le discours sur la suppression des subventions bat son plein, le gouvernement a entériné la décision de maintenir les transferts sociaux à hauteur de 23,7% du budget de l'année 2017. Qu'est-ce qui motive ce choix qui est pourtant décrié aussi bien par certains membres du gouvernement, notamment Bouchouareb, les patrons et les experts qui, en guise d'alternative, réclament un meilleur ciblage des couches défavorisées'C'est la conjoncture politique qui explique cet entêtement à maintenir les transferts sociaux pour l'exercice 2017. L'année 2017 sera purement électorale et le gouvernement ne peut pas se permettre des grognes sociales ou des mécontentements populaires. Il préfère consommer ce qui reste du Fonds de régulation des recettes. Il a pris ses dispositions de rattrapage pour les deux exercices à venir, en annonçant un plafonnement des dépenses à 4500 milliards pour 2018 et 2019.Le communiqué du Conseil des ministres n'a pas évoqué les subventions indirectes (exonérations, réduction de taxes, etc.), mais Bouchouareb a dit dans un débat à Constantine que celles-ci vont sauter. Est-ce conforme à la démarche actuelle du gouvernement'Il est difficile pour le gouvernement de fermer un levier d'un coup de manivelle. Il y a, au gouvernement, une aile libérale, qui veut en finir avec les dispositifs sociaux dans les budgets de l'Etat, en face desquels les technocrates résistent. Parce qu'ils connaissent, d'abord, le rôle populiste de ces transferts, et aussi la difficulté à s'en défaire lorsque ceux-là se sont incrustés dans la culture sociale. Je le répète: le gouvernement gagnera à rationaliser les transferts sociaux et non pas les supprimer immédiatement. La gradualité, dans ce cas, est recommandée. Les subventions sont détournées de leurs vocations et bénéficient à des cercles de corruption bien établis dans les institutions et ce sont ceux-là qui pèsent de leur poids pour les maintenir en l'état. Une enquête sur les subventions agricoles révèleraient des niveaux de détournements extraordinaires.On constate qu'il y a un écart structurel entre le discours du gouvernement qui se veut favorable à des réformes d'essence libérale et les mesures qu'il prend.Oui, normal pour un gouvernement qui navigue à vue. La stabilité sociale est un gage de pérennité politique des gouvernements et cette logique est bien comprise par les nôtres. Tant que les décideurs peuvent agir sur le FRR et attendre une probable remontée des cours du pétrole, ils continueront à injecter de l'argent dans la sphère sociale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amar INGRACHEN
Source : www.lexpressiondz.com