Constantine - A la une

Misère de l'Etat et mystérieux bienfaiteurs



«Face au manque crucial d'oxygène au niveau de plusieurs services du CHU de Constantine, un bienfaiteur a fait don d'une cuve de 10 000 litres d'oxygène à usage médical, qui va alimenter toute la partie inférieure du CHU, notamment le service de réanimation, le Samu, la pédiatrie, la chirurgie neurologique et la chirurgie plastique. Les autres annexes de l'hôpital ont également réceptionné les mêmes cuves fournies par le même bienfaiteur. Le CHU manquait d'oxygène depuis plusieurs jours, ce qui a incité les autorités locales à se déplacer et à critiquer sévèrement le premier responsable de cette structure», pouvait-on lire hier dans le Periscoop du Soir d'Algérie. L'Algérien ordinaire ne sait peut-être même pas que l'oxygène se vendait, avait donc une unité de mesure et un prix. Il découvre même qu'il se livrait en cuve de 10 000 litres ! Parce que l'oxygène, tel que compris au sein de l'opinion populaire, c'est... l'air que tout le monde peut respirer, sans lequel la vie ne serait pas possible. Il arrive même que l'Algérien, usé par l'injustice et désespéré par les inégalités, croie y trouver une sorte de justice immanente : heureusement que l'air ?ou l'oxygène, ça dépend de l'inspiration du moment ? est pour tout le monde, entend-on parfois. Et puis, sous une autre forme, il y a cette prière aux relents de conjuration : heureusement que ceux qui nous gouvernent ne disposent pas du pouvoir de répartition de l'air, du soleil, de la lumière... tout ce que l'humain est censé trouver dans la nature sans qu'il lui en coûte quelque chose, surtout sans qu'il dépende d'un autre pour y avoir accès. Ceux-là ont sans doute... parlé trop vite. L'oxygène peut manquer et si son prix est à portée de main et même s'il est vital, il peut arriver que l'Etat, par incurie managériale ou par sabordage criminel, ne puisse pas en assurer pour tout le monde. Dans un cas, c'est grave, dans l'autre, c'est encore plus grave. Ce n'est pas la première fois qu'un hôpital public d'une grande ville du pays en arrive à manquer d'oxygène, dans tous les sens du terme. Sauf que cette fois-ci, il y a un seuil symbolique qu'on pensait ne jamais atteindre. Cycliquement, on entend parler d'un enfant qui nécessite des soins à l'étranger et dont le cas a suscité une mobilisation populaire ou associative qui finit par le sauver. Plus souvent, c'est un mystérieux «bienfaiteur», toujours tenant à son anonymat mais pas tant que ça, qui vient... spontanément... régler le problème. Dans un cas comme dans un autre, c'est la santé publique en banqueroute qui nous en met plein la vue. Et l'Etat, impuissant, qui cède dans la foulée ses attributs les plus basiques à d'énigmatiques chevaliers du ciel dont personne ne connaît rien. Et quand on leur fait ce genre de «cadeaux» au prix d'une... cuve d'oxygène, c'est un autre seuil symbolique que le pays vient de franchir. C'est pour quand, le don de soleil 'S. L.
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