Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr
R'pulsion et consternation. En cinq jours, Constantine a connu tour ' tour la stupeur lorsque la nouvelle s'est propag'e, puis l''pid'mie d'une rumeur certifiant d'une s'rie de rapts d'enfants qui se commettaient dans plusieurs cit's, ensuite la sid'ration au moment o' l'innommable crime fut annonc'.
Alors la col're collective, ' laquelle nulle autorit' publique ne devait 'chapper en pareil cas, a pris le relais sur le lieu du drame pour fonctionner comme un appel au secours. Constantine venait de d'couvrir une peur d'un autre genre. Insoutenable, celle-l', parce qu'elle met en p'ril, non seulement ce qu'il y a de plus sacr' dans l'humain mais de plus, culpabilise sans discernement et dans l'affolement ' la fois la famille, les institutions s'curitaires de l'Etat et m'me l''cole. Cette derni're avec son catastrophique bilan de d'scolarisation, son absence de p'dagogie civique et ses 'usines' de l''chec alimentant la petite ou la grande d'linquance et jusqu'' l'accouchement de monstres, n''chappe pas au terrible constat qui se fait partout en Alg'rie. Car, avant Constantine, plusieurs villes du pays ont eu leur lot de ce malheur ' forte charge 'motionnelle et contre lequel nul n'a encore trouv' la parade si ce n'est celle de l'exorcisme qui recourt ' l'antidote de la critique de comptoir ou bien de la palabre au pied des immeubles, dans ces terrains vagues qui font office d'espace de d'tente o', comme un signe de la mal-vie furent d'terr's les corps sans vie des deux enfants. Dans ce registre, les Constantinois ne diff'rent gu're de leurs autres concitoyens qui s''taient insurg's lorsqu'ils furent frapp's par le m'me mal. Sauf qu'' ''galit' de tourments et de d'tresses, quand la monstruosit' de ce genre de crimes s'accomplit, il faudra rajouter la singularit' notoire de cette ville qui continue ' fonctionner comme un repoussoir ' tous points de vue. Une province difficile o' les empilements des 'checs 'taient ' ce point identifiables qu'ils en devinrent la mauvaise conscience de l'Etat central. M'tropole d'cadente, n'a-telle pas 't' longtemps victime d'une invisible ghetto'sation administrative et 'conomique qui, patiemment, a clochardis' ses m'urs citadines, d'pareill' son patrimoine urbain, avant de recourir aux solutions du pire en l'encerclant par des cit's concentrationnaires. En effet, n'est-il pas significatif que le th''tre du drame en question, celui que les urbanistes aux comp'tences approximatives ont baptis' 'nouvelle ville', est structur' spatialement par le sordide signe 'U.V'' C'est-'-dire un d'coupage en 'unit' de voisinage' qui ne diff're gu're du concept des 'stalags' allemands ! La comparaison est loin d''tre excessive, notamment pour ceux qui y r'sident et sont par cons'quent en mesure d'interpr'ter sociologiquement ce 'zonage' des populations. Or, que devait-on attendre d'une pr'tendue banlieue de Constantine, aux dimensions du Bronx ou de Soweto, si ce n'est l'excroissance de l'ins'curit' et de l''mergence rapide de la 'culture de la zone' ' Celle qui est d'finie par les dictionnaires comme une mani're de 'mener une existence en marge de la soci't' en vivant d'exp'dients', voire pire' ! C'est dire que tout ce qui est en train d'advenir de terrible n'est que la cons'quence d'une succession d'h'r'sies (au sens profane, entend-on nous) d'une politique de la ville que l'on a toujours confi'e ' une bureaucratie d'Etat ' l'incomp'tence crasse. Enfin avait-on id'e ailleurs de d'cr'ter qu'une ville, ' l'urbanit' estampill'e dans ses pierres et son savoir-vivre, pouvait nomadiser sans risque hors de ses v'ritables murs ' Or, Constantine en est aujourd'hui contrainte ' ce statut mortif're d's lors que s'est d'cid' ce genre de d'placement en masse de sa population. Vid', ' marche forc'e, de son humus humain, le Rocher a cess' d''tre une destination finale. Or, les nouveaux bivouacs o' l'on condamna la cit' ' se perp'tuer ont-ils jamais reproduit les crit'res infaillibles de la traditionnelle convivialit' sans laquelle il n'est gu're possible de tisser des solidarit's gr'ce auxquelles la s'curit' partag'e est la vertu cardinale. L' o' les sordides enfermements labellis's 'nouvelle ville', les re'oivent, ces d'racin's d'un type particulier s'adaptent ' une promiscuit' impos'e et renoncent de fait ' s'impliquer dans la vie sociale de leur nouvel espace. Ce retranchement individualiste qui fait du voisin de palier un inconnu permanent aurait, quelque part, contribu' au d'veloppement de la d'linquance laquelle est parvenue en peu de temps ' quadriller les fameuses unit's de voisinage. La mise en coupe r'gl'e par bandes organis'es de ces cit's n'a pourtant pas 'chapp' ' la puissance publique qui l'a cependant trait'e avec une sorte d'indiff'rence ou, au mieux, lui a administr' un traitement s'curitaire classique, bien en de'' des p'rils majeurs qui s'annon'aient. H'las, le double crime d'enfants dans ces polygones urbains, o' les terrains vagues sont plus nombreux et plus 'tendus que les espaces de loisir prot'g's, signe d'finitivement l'imposture d'une politique de la ville qui n'a d'ailleurs jamais exist'. Et cela justifie amplement la douloureuse r'volte de la population qui a laiss' dire que 'ce qui est arriv' 'tait presque redout'.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B H
Source : www.lesoirdalgerie.com