Plusieurs générations de Constantinois étaient de la partie. Nostalgie quand tu nous tiens!«Les Zinzins du café Riche» savaient l'affiche CSC-MOC suffisamment attrayante pour attirer beaucoup de monde et quand bien même s'y attendaient-ils dès avant l'ouverture de la session, les salles du café Riche bruissaient des commentaires des premiers invités.
Le record d'audience de la rencontre a sans doute été battu lors de cette reprise et, fait inédit, il n'y a pas eu de place pour tout le monde, ce qui est de bon augure après une pause de quelques semaines.
Sans doute l'excellent parcours du CSC en championnat de première Ligue a-t-il peu ou prou réconcilié les Constantinois avec le football et réactivé le souvenir d'anciennes ambitions et le retour programmé par «Les Zinzins» sur la mémoire du «plus fantastique des derbies algériens» - dixit Hadj Salah Hanchi, ancien gardien international du CSC et du MOC- allait-il aussi à la rencontre de lancinantes attentes.
La scène pouvait-elle espérer meilleure mise en train que la semaine de Mohamed Aggabou, figure populaire du journalisme sportif, mais aussi journaliste attentif à l'actualité du pays. Il mettra ainsi les turbulences du front social en tête des sujets d'actualité de la semaine et reviendra, sans surprise, sur la crise multiforme du football national dont les conflits entre la FAF et la Ligue de football professionnel offrent une navrante illustration.
La tension est vite montée d'un cran et les intervenants - Doudou Mamar, ancien du Mouloudia de Constantine, Hadj Salah Hanchi, entre autres - ont livré leur lecture des enjeux et des dérives de la gestion du football algérien sur un long cours. La liaison sera alors faite avec une pointe d'humour par le professeur Abdelmadjid Merdaci requis, pour la modération de la rencontre, qui note que «le foot d'aujourd'hui n'est sans doute pas celui d'hier et c'est la mémoire de ce dernier qui nous occupe aujourd'hui».
L'assistance, mixte comme d'habitude, comptait aussi parmi elle des figures connues des deux clubs emblématiques de Constantine, anciens dirigeants, fils d'anciens dirigeants qui devaient être, à tour de rôle, invités à revisiter la mémoire des derbies, qui pouvait se confondre avec la mémoire familiale.
Premier interpellé, Noureddine Bouderbala, fils de Hadj Mouloud Bouderbala, président du CSC et auteur d'un ouvrage sur l'histoire du Club qui marqua le caractère particulier, aux yeux de son père, des derbies opposant le CSC au MOC, rappelait d'abord cette recommandation paternelle: «Il faut savoir accepter la défaite.» Dans un témoignage marqué au coin de l'émotion, il annoncera la prochaine reprise de l'ouvrage de Hadj Mouloud et surtout le projet de création d'un musée consacré au CSC auquel il s'est attelé avec le concours de quelques amis dont le fils de Smaïn Haroun autre président du club. Mohamed Haroun reviendra quant à lui sur l'historique de la création du CSC, rappelant l'initiative pionnière du «Cercle Salah Bey» et le parcours de l'Ikbal Emancipation et de l'Etoile sportive configurations premières du CSC.
Le débat convoquera alors, dans une émotion notable et partagée, les noms de dirigeants à l'aura intacte comme Abdelkadir Boutaleb, Smain Bensmira, Hadj Slimane Beldjoudi du CSC, Abdelmadjid et Abdelkader Bencharif, Mokhtar Abdennouri, Hachemi Zoghmar, Omar Menadi du MOC.
Rappelant que cette rencontre des «Zinzins» coïncidait avec le soixante-dixième anniversaire du premier derby CSC-MOC - joué en 1948 - et qu'au total il y eut 49 oppositions directes entre les deux clubs, le professeur Merdaci invita ceux qui y prirent part à témoigner.
Omar Mahsas, député et ancien président du CSC, reviendra de manière détaillée sur «l'une des plus difficiles décisions que j'avais eu à prendre à la tête du club, déclarer forfait la veille du derby avec le MOC», mais il révélera aussi la discrétion avec laquelle, avec les dirigeants du club, ils introduisirent des réserves concluantes lors d'un autre derby conclu par un match nul.
Le docteur Mourad Belhadj-Mostefa, volleyeur international et porté à la tête du CSC avec une équipe d'universitaires, relatera sa stratégie dans la gestion du derby. «Je n'hésitais pas à faire une guerre psychologique, à faire monter la pression sur l'adversaire, mais nous navions jamais eu recours à la violence.»
Abdelhakim Madani - Hakoum, pour ses amis - président du MOC, rappellera les injonctions du walli de Constantine exigeant de lever le pied pour favoriser le club le mieux placé. «Je lui ai répondu que cela n'était pas nécessaire. Actuellement, le CSC est meilleur que le MOC et qu'il n'avait pas besoin d'un arrangement pour nous battre. Nous avons gagné sur le score de deux à un.»
Grand moment d'émotion aussi lorsque Hadj Salah Hanchi, gardien emblématique du CSC, fut interpellé par la salle sur ce qui avait été considéré comme une incompréhensible transgression, son passage dans les rangs du MOC. Hanchi, après avoir rappelé qu'il était à l'époque sous une suspension de six mois, reviendra sur les diverses propositions de clubs nationaux, celles notamment du MCO, pour rapporter que sa décision «était strictement motivée par une situation sociale difficile. Que le MOC me règle mon problème de logement et je signe. J'avais aussi refusé de l'argent. J'avais dit que je n'étais pas à vendre.»
Pour tout le monde, la preuve était bien faite qu'une histoire restait à écrire et la clôture était à l'image des trois heures qu'aura duré la rencontre lorsqu'il fut demandé aux présents de rappeler, en hommage à la mémoire des deux clubs, les noms de dirigeants, de supporters disparus.
Ce retour à la mémoire de la médina constantinoise ne pouvait appeler que les couleurs du malouf et c'est Nabil Yahiaoui qui assurera, marquant son retour à Constantine, par des extraits de la nouba ras eddil et un extrait d'un zedjel entraînant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L'Expression
Source : www.lexpressiondz.com